Sydney et Singapore

En quittant Fiji, nous nous sommes demandé la si simple question : “Par où on va maintenant”? Notre objectif était de quitter l’Océanie pour l’Asie. Idéalement, Singapore. Antoine était déjà allé et avait beaucoup aimé. De plus, c’est un centre commercial névralgique, son aéroport est donc une belle porte d’entrée, selon nos intentions ultérieures (encore incertaines à ce moment). Alors en faisant les recherches déjà testées quelques jours et semaines avant, nous apprenons que les billets Fiji-Singapore, en vol direct, ont subit une petite envolée de prix. C’est donc pour cette raison que finalement, nous avons décidé d’arrêter quelques jours à Sydney en Australie, tant qu’à y être, pour repartir vers Singapore.

Sydney – 31 mars au 3 avril

Ce qui est bien lorsque nous n’avons pas d’attente, c’est que tout est possible par la suite. L’australie n’était pas sur ma liste. Pourtant, plusieurs personnes nous en avaient parlé très positivement, mais je n’avais simplement pas l’appel. Je me gardais la région pour plus tard, un jour. Nous avons choisi le quartier de Newtown comme résidence temporaire, et le choix aura été parfait! De la bonne bouffe, des gens plein les rues, une effluve de liberté transportant des couleurs et des sourires, marqués par la mode et l’art, la jeunesse et les possibilités. Et en s’éloignant un peu du quartier, nous avons continué d’apprécier la ville. Si facile à arpenter, il y a toujours quelque chose à voir. Franchement, un endroit fort accueillant.

Opéra de Sydney
Opéra de Sydney

Singapore – 4-8 avril

Depuis notre retour en voyage, nous avons été choyés par l’abondance des saveurs. Tant à Fiji qu’à Sydney. Le goût du riz blanc des Amériques commence à se dissiper tranquillement. Mais à l’arrivée à Singapore… Ooohhhhh, l’importance de se contenir et de se tempérer. Nous avions un enjeu : trop d’envies culinaires, pas assez de repas dans la journée. À un point tel que parfois, nous prenions deux repas partagés pour mieux s’étendre sur les différents territoires. Notre première journée, nous avons déjeuné japonais, dîné indien du Sud, puis soupé chinois. MI-AM! Lorsqu’un repas se termine, on planifie non seulement le suivant, mais ceux des prochains jours : ne rien oublier, ne rien manquer, tout manger! C’est donc en butinant d’un resto à l’autre que nous avons procéder à notre visite de cette cité-état, l’une des trois sur terre, avec Monaco et le Vatican.

Ce qui fait que l’offre alimentaire est halucinante à Singapour, c’est la diversité, la quantité, et les prix. J’ai mangé pour 2.50$, et ce avec délectation, et avec mes doigts. Comme dit Antoine, le bonheur économique est important. Et comme la ville est remplie de grandes tours d’habitation pour loger ses 6 millions d’habitants, les rez de chaussée sont souvent occupés par des cours alimentaires (appelés ici des Hawkers centers). Selon des stastistiques glanées sur le web, 62% à 77% des Singapouriens mangent au moins un repas au restaurant, à tous les jours. Parce que, pourquoi pas, quand c’est plus facile et moins cher..! Nous sommes bienheureux : notre voyage culinaire est officiellement commencé et ne se terminera pas avant notre retour!

Outre la nourriture et ses gens, Singapore est emplie d’immeubles, certains bien classiques, d’autres plutôt créatifs, conférant à la ville un style bien unique.

Singapore
On voit assurément la Malaisie au fond.

Singapore

Bonjour Québec, Hello San Francisco, Bula Fiji!

La rafraichissante vision d’un couvert de neige blanche, le doux contact des draps frais lavés de notre propre lit, la satisfaction de faire notre lavage entre deux commissions dans nos petits commerces de proximité… des petits détails qui viennent compléter les moments forts de notre voyage au Québec, soit les retrouvailles avec la famille, les soirées avec les amis, les grandes rires avec les collègues. Le monde, notre monde, celui qu’on ne peut pas amener avec nous à l’autre bout du monde. C’est l’un des aspects particuliers de voyager longtemps, cet effet sur les liens : on se raconte, on se fait rire, on est contents de se voir, puis rapidement les discussions reprennent comme si on s’était vus la semaine précédante.

Nous avons donc pu profiter de cette ambiance des Fêtes en février, comme si l’on souhaitait reprendre un petit retard. Et nous nous sommes délectés de chaque petit moment que cette période nous a offert. Suffisamment pour susciter une petit émulsion voyageuse. Car après des mois de vagabondage américain, l’essouflement était palpable. Dû à la vitesse de traverse, à l’enfilade des paysages et des nouveautés, à l’accumulation des kilomètres comportant le défi de deux voyageurs gourmands qui ne veulent rien laisser dans l’assiette. Alors qu’à notre arrivée au Québec, il ne semblait plus me rester une miette d’appétit pour le voyage, au fil des semaines je recommençais à toucher à ce divin sentiment : la faim d’ailleurs. Je savais qu’elle allait revenir, cette faim, elle le fait toujours, alors je profitais tranquillement du moment présent en l’attendant.

C’est donc, fidèles à nos habitudes, quelques jours seulement avant notre second départ que nous avons assis nos plans. Ou en tout cas, la première destination de notre plan qui en comptera… plus, même si on ne sait pas exactement combien ni lesquelles! De mon côté, j’avais envie de poser les pieds en Océanie. Parce que les îles m’attiraient, d’une part, et puis en plus, nous n’avions jamais mis les pieds sur le continent, ni Antoine ni moi. Il s’agissait donc du seul continent, maintenant, que nous n’avions pas vu, alors que même l’Antarctique nous avait séduits. Cela peut paraitre banal de se donner un objectif du type “touchons à tous les continents”! Mais dans les faits, cela nous amènent parfois sur des recherches que nous n’aurions pas nécessairement faites autrement. Et, justement, nous avons trouvé des billets vraiment pas chers, un peu par hasard, pour les îles Fiji. Quand le hasard t’amène là… pourquoi chigner. Il faut dire oui! Afin de faciliter un peu les transferts d’avion et tout, nous avons pris une nuit à San Francisco.

San Francisco – 17 mars

Nous nous sommes donc envolés, Antoine, moi, et ma mère. Nous souhaitions nous rejoindre à un moment durant cette deuxième partie, sans savoir où et quand serait le plus optimal et finalement… elle aura fait comme nous et acheté ses billets à la dernière minute. C’est donc à la St-Patrick que nous déposons nos sacs en soirée, avant d’aller boire une pinte en l’honneur de l’Irlande. Le lendemain, notre vol était le soir donc nous avons pris toute la journée à marcher dans la ville, traversant ses magnifiques et diversifiés quartiers, reliant ses points d’attrait connus comme la rue en Zigzag, le pont ou le Chinatown.

Golden Gate Bridge

19 mars : journée annihilée!

Nous sommes partis le 18 mars vers 23h, de San Francisco, en avion. Donc, reculant dans les fuseaux horaires jusqu’au premier sur la carte, pour changer de côté complètement et avancer d’une journée et arriver le 20 mars en matinée. Nous avons donc sauter la journée du 19 mars.

Nadi, Fiji – 20-22 mars

Nous arrivons, accueillis par de chaleureux “bula!”, et l’ambiance insulaire se fait déjà sentir. Le sourir des gens, le temps qui est plus lent, la chaleur, le soleil et les fleurs… pas besoin de plus à Fiji.

Lors de plusieurs de nos voyages, nous nous procurons des guides pour chaque endroit prévu, nous avons des listes d’impératifs, des attentes propres à chacun de nous quant aux activités, sites ou intérêts. Cette fois-ci, nous mettons en pratique, par défaut, la bonne vieille méthode à-la-va-comme-je-te-pousse. Peut-être parce que les derniers mois ont été plus chargés en organisation et en limitations logistiques. Et parce que nous avions certains référents parsemés tout au long des Amériques. Actuellement, nous sommes donc relativement peu informés sur la culture et la réalité des gens qui nous accueilleront. Cela peut se vivre tant comme un manque de connaissance, mais aussi comme une disposition complète à recevoir sans filtre. C’est donc avec étonnement que nous avons découvert qu’une très grande diaspora indienne vit aux îles Fiji. Avec elle s’invitent notamment les temples hindous colorés et la nourriture si gouteuse et diversifiée que l’on trouve en Inde.

Nous restons dans la région de l’aéroport de Nadi, comme point de départ avant de voir ce que l’on souhaite visiter pour la suite.

Pacific Harbour (sud de l’île principale, Fiji) – 22-27 mars

Notre choix s’arrête sur ce petit coin, au Sud de l’île et à environ 4h de bus, puisqu’il nous permet d’éviter bateau et avion, d’une part, et que des plongées renommées s’y trouvent. C’est donc dans un petit complexe de time share, sur le bord d’une longue plage, que nous posons nos sacs. Nous avons la possibilité de profiter du soleil matinal de notre balcon, puis d’arpenter la plage baignés dans le soleil chaud de l’après-midi. Parmi toutes ces relaxantes activités, Antoine et moi partons à la conquête des fonds marins. Deux premières plongées avec les requins, qui auront été une expérience quand même surprenante. Guidés par un ex-policier états-unien, dans une ambiance quasi militaire, nous sommes descendus sous l’eau dans une réserve marine afin de regarder un banc de requins se nourir d’immenses poissons. Surprenante, l’expérience, disais-je, mais au final très excitante et sortant de l’ordinaire. Un peu comme d’être assis devant un écran géant, mais en pouvant goûter l’eau salée et profitant de l’apesanteur relative dans l’eau. Suffisant pour faire s’esclaffer et tenter de sortir un semblant de “wwwoooowww” au travers de son détendeur. C’est également l’occasion de jeter un oeil rapproché sur ces immenses poissons, et détailler leurs dents, leurs nageoirs, et, malheureusement, comptabiliser la proportion portant au coin de leur gueule, un hameçon rouillé.

Quelques jours plus tard, nous sommes allés plonger dans un autre secteur, afin de voir les coraux cette fois-ci. Ma mère était avec nous également, pouvant en profiter en apnée. Les couleurs variées et l’abondance de poissons offre une expérience magnifique. Car les îles Fiji sont surnommées la capitale mondiale du corail mou. À chaque plongée, on transporte avec nous le sentiment de flotter dans des forêts lumineuses qui pourraient inspirer le monde d’Avatar.

Naisoso Island – 27 mars

Nous revenons dans la région de l’aéroport de Nadi afin d’accompagner ma mère, qui quitte Fiji. Antoine et moi passons donc une nuit sur cette petite île entre l’aéroport et la marina d’où nous quitterons le lendemain matin pour notre prochaine destination. Nous avions choisi cet endroit pour la proximité, et le faible coût. Nous nous sommes retrouvés dans un espace qui semblait hors de Fiji : il s’agit d’un rassemblement d’immenses villas luxueuses, que l’on dirait peu habitées. Et l’on loue les chambres de certaines de ces villas aux visiteurs. C’est donc une petite banlieue cossue, où seules quelques notes de musiques provenant des festivités de la ville, plus loin sur la côte, parviennent.

Yasawa islands (plus spécifiquement Naukacuvu Island – 28-31 mars

Au petit matin, hop, sortis du lit rapidement afin de savourer l’excitation de prendre le bateau vers 8h pour les îles Yasawa. C’est d’ailleurs dans cette région que les deux films Le lagon bleu ont été tournés. Notre hôtel, un regroupement de plusieurs cabanas, était parfait pour passer quelques jours à relaxer, sans s’ennuyer. Vous l’aurez deviné, encore une fois il y avait de la plongée au menu! Sinon, quelques activités sportives, de la nage sur la plage parmi les poissons et les coraux. Ou encore se prélasser dans la piscine avant le souper. Nous avons bien apprécié ce petit moment, qui aura bien terminé notre aventure aux Îles Fiji.

Yasawa islands
La plage sur laquelle notre hôtel est

Yasawa

La suite

Je suis en retard dans la tenue de notre journal de voyage, parce que l’on avance vite! Depuis Fiji, nous avons fait quelques arrêts et sommes maintenant en Thailande. Peut-être que le calme ici me permettra de me mettre à jour… à suivre!

Uruguay et Paraguay

(Note : ce texte a été écrit principalement lorsque nous étions encore en Amérique… d’où le temps de verbe au présent)

 

Comme j’ai commencé à aborder dans ma dernière communication, nous sommes sur nos derniers milles de roadtrip, littéralement, au coeur de l’Amérique. C’est par ailleurs ironique de faire le continent au complet, à un moment où sa place dans le monde, sa constitution politique et son unité (ou absence de) est un sujet suffisamment brûlant pour se retrouver jusqu’au Super Bowl… M’enfin… nous avons affiché notre voiture, à donner par ailleurs, et nous conversons avec plein de gens pour transmettre des informations, répondre aux questions, évualuer les possibilités. C’est que le transfert de propriété de véhicule dépend de tellement de facteurs, comme la nationalité du vendeur, celle de l’acheteur… et celle du véhicule. Et puis, le pays de transaction, les intentions de l’acheteur, la durée du voyage, les destinations… la météo et la couleur des murs de la pièce dans laquelle on signe a sûrement un impact aussi, c’est dire à quel point c’est complexe.

Parallèlement à cette paperasserie, nous planifions nos dernières destinations: Uruguay et Paraguay, parce que pourquoi pas, une fois dans la région. Et tant qu’à faire, peut-être un bout de Brésil, vu que certains acheteurs y seront? Ok. Rajoutons à la paperasserie, demandons un visa pour Audrey. Parce qu’Antoine peut utiliser sa nationalité française et, du coup, entrer sans visa.

Argentine-Uruguay-Paraguay
Notre route des derniers jours, incluant nos derniers arrêts en Argentine

15 au 18 février – Montevideo, Uruguay

Nous quittons donc l’Argentine après notre traversée de cette dernière pour entrer en Uruguay. Notre objectif est surtout la capitale, puisqu’elle est relativement proche et que nous aimons bien les grandes villes. Nous aurions pu aller sur la côte, dans certaines régions balnéaires, ce qui nous aura été vivement recommandé, mais nous avons fait à notre tête..! Rendus dans la capitale, c’était tout de même cocasse et nous avons pu mesurer le poids des raisons pour lesquelles on nous recommandait la côte. En fait, c’est une semaine de carnaval et de congé d’été, alors pas mal tout le monde a quitté le milieu urbain pour les plages. Beaucoup de boutiques et de restos sont fermés. Mais ceux qui sont restés vont à la plage qui borde la ville, pour se faire griller, courrir ou pêcher. C’est donc une ambiance ralentie. Dans tous les cas, on boit un maté, cette motte de feuilles tassée dans une petite tasse faite d’une calebasse, un fruit dont l’écorce séchée ressemble à une petite gourde. Cette motte qui emplit la calebasse est régulièrement arrosée d’un peu d’eau chaude, que l’on boit à coup de quelques gorgées, nécessitant donc de trimballer un thermos d’eau chaude. Si le café est un incontournable chez nous, avec nos petites terrasses et petits cafés, je sens que l’on n’atteint pas le niveau de révérence que l’on porte ici au Maté. En Uruguay et en Argentine, il est intégré à toute activité, dans des contextes que deux petits Québécois peuvent trouver cocasses. TOUT LE MONDE se promène avec leur tasse et leur thermos. Même pas dans le sac à dos qu’ils portent, ne-non, le thermos sous le bras ou dans un petit sac de cuir en bandouillère spécialement conçu à cet effet. Parfois en courant, parfois en trekkant (pour vrai), en travaillant au resto, à la station service, arrêtés sur le bord de l’autouroute, partout. Cela dit, sa consommation est une tradition devenue sociale, également, rapprochant les gens dans un cercle de chaises de camping : le bonheur de passer du temps en famille ou entre amis est simple. C’est donc parmi tous ces gens en mode vacances, que nous avançons en Uruguay. La ville n’est pas déplaisante, et on ne peut qu’imaginer qu’elle est d’autant plus dynamique lorsque les gens l’habitent et la font vivre.

Montevideo

Montevideo

18 février – sur la route

El gatito y la aranaJ’avais remarqué, durant notre route en campagne, que la chaussée était très régulièrement traversée par des bestioles surprenantes. J’ai l’habitude de voir un écureuil, un oiseau, un chat, un chevreuil… et depuis quelques mois, un guanaco, un ému ou un renard. Qu’ajoute-t-on maintenant? Des mygales. ce que les anglophones surnomment des “tarentulas” et que l’on appelle à tort des tarentules. Appelez ça comme vous voulez, c’est une araignée de la grosseur d’un bébé chat. T’sais, quand tu peux l’apercevoir marcher de ton poste de conducteur d’une voiture qui va à 110 km/h? Brrrrrr…… Le truc, c’est que depuis quelques jours, depuis ma prise de conscience de la présence de ces trucs dans l’environnement, je redoute juste un petit peu le camping qui, je sais, est planifié en soirée le 18 février, pour couper notre route vers le Paraguay. Lorsque nous nous sommes arrêtés dans un “camping” (attention, ici un camping peut vouloir dire “emplacement à BBQ familial”), le propriétaire de l’endroit nous invite chaleureusement à poser notre tente où l’on veut bien sur son terrain, nous montre ses toilettes, lavabo, grill. Pendant que l’on discute, une mygale s’approche et se retrouve dans un jeu qu’elle ne souhaitait certainement pas : le chien et les deux chats de la place se mettent à l’asticoter à coup de petites pattes et de museau. Oh boy. Déjà que toutes les sauterelles, coquerelles et autres insectes qui me sautaient sur les mollets depuis notre arrivée m’invitaient gentilement à me gérer (lire ici “testaient ma capacité à ne pas décompenser pour conserver l’apparence d’une personne en contrôle de ses émotions”), la mygale m’a donné un petit coup additionnel…! Je m’imaginais me réveiller la nuit, le filet de la tente couvert de mygales, comme si Aragog et sa gang me prenaient d’assaut. Mais bon, j’ai finalement quitté le monde fantastique d’Harry Potter et repris une pente positive : parce que si tous les insectes sont plus gros ici, les crapeaux aussi! Et ça, j’adore, alors d’en voir un de la grosseur d’un chiot golden retriever m’a redonné le sourire. Surtout qu’à sa grosseur, il devait en manger des gros insectes. Ce fut donc notre dernière nuit de camping dans tout ce voyage, que nous avons passée au chaud (faisait quand même 42 degrés durant le jour…),… Antoine a eu un petit regain de nostalgie, nous sommes repartis une pe-peine au coeur.

18 au 23 février – Asunción, Paraguay

Un peu tout ce que nous lisions sur le Paraguay, et tout ce que nous transmettaient ceux à qui nous parlions, se résumait à un même fil conducteur: c’est un peu plate, y’a rien à voir, pourquoi vous allez là. Laissez-moi être en désaccord. Déjà à notre première soirée, j’aimais bien la ville (qui est collée à la frontière). Plusieurs belles maisons avec une architecture inspirante, une ambiance relaxe… plusieurs hôtels offrent une piscine afin de faire face aux grandes chaleurs, et l’offre de restos et bars est intéressante et diversifiée. Il demeure que je n’en aurais pas nécessairement fait une destination unique pour un voyage en partant de Montréal, mais j’ai été agréablement surprise (et satisfaite) d’y passer.

Un de mes coups de coeur de la ville fut la visite du cimetière. Ces derniers sont souvent des attraits touristiques dans de nombreux pays et grandes villes, Asunción ne fait pas exception. On y pénètre avec calme et réserve, pour prendre conscience que certains font l’inverse. Car si au premier oeil les petites et grandes dernières demeures se dressent bien rangées les unes au côté des autres, certains passages nous amènent là où le temps et les pilleurs ont laissé leur trace. Plusieurs caveaux sont défoncés, sinon la majorité, montrant au regard du passant les cercueils renversés, et parfois la personne qui y avait été déposée respectueusement par sa famille des décennies et même siècle auparavant. Et cette malheureuse action semble ne pas avoir été unique, ou rare, vu la proportion des chappelles funéraires et caveaux que nous avons retrouvés dans le même état. Nous avons tout de même été surpris, puisqu’à chaque endroit où nous posons les pieds, peu de caractéristiques ont un impact sur le respect qui est naturellement décerné aux lieux de sépultures. Pas la religion, ni la culture, ni le niveau de vie : la mort demeure un sacré partagé collectivement par l’Humanité. En même temps, je suis tout à fait consciente de la naïveté dans laquelle baigne cette dernière affirmation, l’Humanité ayant tout autant prouvé son inhumanité à de trop nombreuses reprises face à la mort, d’autrui bien entendu. Nous avons tenté de trouver des hypothèses qui pourraient avoir mené des gens à agir ainsi, et en sommes arrivés à la conclusion que la recherche de bijous et de dents en or était la plus plausible.

Cimetière Asuncion

Car si le pays est considéré actuellement comme l’une des économies les plus stables de l’Amérique latine, elle ne l’a pas toujours été. Elle est par ailleurs passée par des années de libéralisation financière mal supervisée, ayant mené à des crises bancaires rapprochées. Au cours des deux dernières décennies, des réformes importantes auraient été menées, explicant la situation de stabilité actuelle. L’ambiance dans la capitale en est le reflet : les grandes marques et grandes chaînes sont bien présentes, et l’on ne se cache pas pour inviter les grandes richesses des pays voisins à investir. Par un petit condo luxueux ici,  et une offre de grands restaurants là, et hop, on attire.

Finalement, après nous être promené un peu dans la ville, avoir bien mangé et avoir finalisé notre paperasserie, l’envie de s’en aller s’est faite plus présente, et l’appel de la maison du même coup. Comme nous avons trouvé une solution rapidement pour la voiture, nous avons donc décidé de conserver mon visa Brésilien pour une autre occasion, nous disposons quand même de 5 ans pour l’utiliser. Alors en moins de quelques heures, plus de voiture, décision prise, bagages faits, billets de retour achetés. Même notre famille l’a appris un peu sur le tard, occasionnant parfois des “hein, vous revenez dans quelques heures??”. Alors oui, une petite pause pour préparer la suite!

Asuncion
Nos derniers moments avec notre belle Vibe

Bilan première phase

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Au moment où j’écris ces lignes, nous voilà repartis pour l’Asie, deuxième phase de notre voyage.

Même si notre escale au Québec n’aura duré que trois semaines, j’ai l’impression qu’une éternité s’est écoulée depuis notre retour d’Amérique du Sud. Le phénomène est-il attribuable à ce dépaysement que l’on ressent après avoir quitté son quotidien depuis si longtemps? C’est probable. Lorsqu’on est en mode découverte, le cerveau redevient sensible à tout ce qui l’entoure et l’on devient bien plus conscient de tous ces petits détails normalement ignorés. Loin de la routine, le temps retrouve sa pleine ampleur et s’en voit même dilaté, car c’est la mémoire qui nous donne la mesure des jours qui passent.

Entre Montréal et Ushuaïa, il s’en est formé des souvenirs; assez d’ailleurs pour me donner l’impression d’être parti depuis des années. Tant de pays visités (certains plus que d’autres), tant de rencontres, tant de paysages… Les Amériques sont immenses et diverses. On en prend mal la mesure en regardant nos cartes.

À ce sentiment de voyage se sera superposé l’aventure et le défi, car se rendre à l’extrémité sud de notre continent en 7 mois en aura été tout un. En rétrospective, c’était ambitieux, mais nous y sommes arrivés quand même. Avec plus de temps, nous nous serions certainement arrêtés davantage, mais compte tenu du temps imparti, il fallait avancer. Plus qu’en mode visite, nous étions en mode road trip.

En ce qui me concerne, le travail aura ajouté un niveau de difficulté supplémentaire. Initialement, je m’étais donné comme objectif trois heures par jour. La promesse aura été tenue, mais au prix de nombreuses frictions et de beaucoup de stress. Devoir constamment passer du mode besogne au mode voyage, entrecoupé de réunions, est quelque chose d’éreintant. Travailler des heures durant dans un véhicule en mouvement, même sans mal des transports, fatigue bien plus qu’être confortablement assis à son bureau chez soi. J’aurais volontiers fait l’économie de toutes ces contraintes, mais je n’avais pas le choix.

Une chance d’ailleurs qu’Audrey a pris la relève du journal de voyage. Fidèle à son poste, elle vous en aura fait un récit riche en aventures et en émotions, avec une plume radicalement différente de la mienne.

La page de la première phase du voyage maintenant en train de se tourner (il manque quand même une publication), nous voilà donc dans les airs, en route pour l’Asie. Bien franchement, nous avions tous deux très hâte à cette partie. L’Amérique du Sud est intéressante, certes, mais elle n’a pas la profondeur et la richesse de l’Asie. Elle n’a pas non plus son attrait gastronomique. Certains se demanderont alors pourquoi nous n’y sommes pas allés une année entière. Pour la simple raison que toute la planète vaut la peine d’être explorée et que l’Amérique, c’est notre continent. Il faut donc le comprendre et le vivre; le voyage est une bonne manière d’y arriver.

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Dernières chroniques automobiles

En fait d’aventures mécaniques, il ne s’est pas passé grand-chose. Notre seule crevaison du voyage est arrivée au Chili (contre 12 lors de notre périple vers l’Asie Centrale).

Pas non plus d’embûches majeures. Nous sommes restés coincés dans le sable environ deux heures près de la frontière entre le Chili et la Bolivie, parce que nous avions tenté d’emprunter un petit chemin vers un cratère volcanique. Ayant mal évalué la surface de la route, la voiture est restée prise. Par chance, nous avons trouvé non loin des planches suffisamment solides pour supporter le véhicule et, méthodiquement, quelques dizaines de centimètres à la fois, nous avons pu manœuvrer hors de cette fâcheuse situation. Après l’incident, j’ai demandé à mes parents de m’apporter des aides de traction et j’ai acheté une pelle — qu’on s’est fait voler quelques semaines plus tard.

 

Un autre tronçon de route nous aura donné du fil à retordre : los 73 malditos entre El Chaltén et Bariloche sur la Ruta 40. Pavée sur toute sa longueur en théorie, ces 73 kilomètres sont toujours en terre battue en raison de conflits avec les estancias avoisinantes. Sans la pluie tombée la veille, nous n’aurions pas eu de problèmes, mais lors de notre passage, la chaussée s’était transformée en un mélange de terre glaiseuse — le genre qui colle à tout et réduit quasiment à néant toute traction. Nous avions si peu d’adhérence que dans les dix premiers kilomètres nous avons fait une sortie de route, heureusement sans dégâts. Je n’ai pas la prétention d’être un conducteur hors pair, mais je dois admettre que tant d’hivers passés à conduire dans les tempêtes québécoises m’ont donné une bonne dose d’expérience sur chaussée glissante. Il aura fallu trois heures d’habile jeu d’embrayage, de patinage contrôlé et une bonne dose d’adrénaline pour retrouver le pavage. À plusieurs reprises nous sommes passés à deux doigts de rester coincés, mais nous étions prêts à cette éventualité : j’avais un câble de remorquage et assez de vivres pour tenir quelques jours si nécessaire. Aurions-nous dû rebrousser chemin? Tous les conducteurs croisés — en 4×4 — nous avaient déconseillé de nous engager, mais le détour nous aurait rallongé de trois jours. Il fallait donc prendre le risque.

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Sortie de route

Au final, notre pari d’effectuer Montréal–Ushuaïa en simple véhicule à deux roues motrices aura été un succès. Ayant trouvé peu d’informations sur le web avant notre départ, je compte consigner mes impressions dans une publication séparée, en espérant qu’elle sera utile à de futurs aventuriers.

Se débarrasser de notre véhicule en fin de périple aura demandé quelques efforts, car importer un véhicule dans un pays d’Amérique du Sud est à toutes fins pratiques impossible. Il ne nous restait que l’option de le donner à un étranger, ce que nous avons pu faire au Paraguay. Notre fidèle Pontiac Vibe continuera donc ses aventures avec son nouveau propriétaire : un Québécois rencontré par hasard sur une terrasse d’Asunción. En espérant qu’elle lui rende de bons et loyaux services!

Patagonia – El Chaltén, Bariloche

El Chaltén – 2 février au 4 février

Nous nous étions donné une bonne petite claque dans le parc Torres del Paine, qui aura laissé quelques tensions sur certains ligaments et tendons. Nous avons donc été tout doucement sur la continuation de nos activités sportives à El Chaltén. Malgre tout, nous nous sommes assurés de poser les yeux sur le majestueux Fitz-Roy, pic dominant la région. Et puis, l’ambiance au village où fourmillent les randonneurs qui magasinent leurs collations ou qui prennent une bière au soleil en faisant sécher leur équipement, donne envie d’y flâner et d’y rester quelques jours. Et j’y reviendrai très probablement.

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Sur la route – 4 au 6 février

En quittant El Chaltén, nous avons pris la mythique Ruta 40. Ici, elle a l’aura de la Route 66 aux Etats-Unis. Beaucoup de motocyclistes et de voyageurs en Van la complètent, par aventure ou par défi, ou simplement afin d’y admirer les magnifiques paysages qui se succèdent. La route traverse le pays du Nord au Sud, en longeant la cordillière des Andes. Elle  se tortille donc entre monts et pampas, et offre son bitume tant aux éléments météorologiques qu’à la faune, guanacos et émus principalement. Et je dis bitume, mais celui-ci ne couvre pas la totalité de la route. Certains tronçons semblent prêts à être terminés, mais sont loin de l’être, par exemple dû à des enjeux juridiques avec des propriétaires terriens. Malgré tout, nous avions fait nos devoirs, avions validé il y a longtemps que notre petit véhicule à 2 roues motrices avait les performances suffisantes à la traversée, et nous étions prêts. Nous en avons vu d’autres, quand même, notamment en Asie centrale avec notre fidèle golf 1998. N’empêche, un des adages lié à la Patagonie, c’est que la température peut changer rapidement, et beaucoup! Ainsi, nous avons entamé notre parcours d’un tronçon célèbre qui venait de recevoir une dose de pluie. Le fameux bout porte même un surnom. Lequel? « Los 73 malditos ». En français, nous les aurions donc surnommés les 73 maudits, ou damnés. Joli, non? On dirait presque le nom d’une plaquette de poésie. Poésie sûrement mélancolique et sombre, mais pleine de beauté quand même. Mais la ruta 40 ne porte ce nom que pour mettre en relief le bordel dans lequel on PEUT s’y trouver. Et trouvés, nous nous y sommes. En fait le sable qui se trouve à quelques endroits est si fin que, mélangé à de l’eau, se transforme presque en flaque de béton. Si vous y entrez, vous êtes mieux d’en sortir avant que le tout sèche et immobilise vos jantes dans le sol. Et c’est glissant, en plus….! Comme une belle étendue de glace noire québécoise! Une fois bien engagés au coeur des 73 kilomètres, nous avons appris que… la police empêchait les véhicules n’ayant pas un 4 roues motrices à s’engager… Oupsie… personne ne nous l’a dit, de notre côté..! Mais là, on y est, alors faut s’en sortir. On aura réussi, malgré une sortie de route et quelques frousses! Surtout que l’on avait prévu des aides à la traction et une pelle pour ce type de situation, mais ils avaient été volés à Buenos Aires des semaines auparavant. Mais, défi relevé!

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Bariloche – 6 au 12 février (incluant une randonnée en autonomie du 8 au 11)

Ce magnifique petit coin de pays, qui nous aura par ailleurs été chaudement recommandé par quelques personnes, est surnommé le petit village suisse du pays. Suisse pour plusieurs raisons diverses, je crois. D’une part, la région regorge de magnifiques lacs, allant du bleu profond et clair au turquoise laiteux. Aussi, ses montagnes offrent des activités hivernales choyées par les Argentins durant l’hiver. De plus, notons que la région aura accueilli plusieurs immigrants Européens au cours du dernier siècle. Il est donc réellement facile de trouver un resto de fondue suisse ou une chocolaterie fine.

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Après ces quelques instants où nous avons profité de la ville et de ses commodités, nous souhaitions faire un trek de quelques jours, en autonomie. Trois, pour être plus précis, étaient à l’horaire. Un total de 43 kilomètres sur trois jours, ce qui est techniquement amplement dans nos capacités. C’est d’ailleurs presque la moitié de ce que nous avons fait à Torres del Paine au Chili, donc sur papier, ça devait aller. Et en plus, les cotes que nous avions trouvées pour les randonnées les plaçaient comme étant “moyennement difficiles” donc, ça va, quoi…! Et nous le faisions en trimballant notre tente, matelas et sacs de couchage, sans oublier vêtements et nourriture. Il y avait des refuges et endroits de camping sur le chemin, donc notre “autonomie” comportait son petit filet de sécurité, et nous permettait même d’avoir accès à de l’eau plutôt que de se remplir aux ruisseaux. La première journée à bien répondu aux attentes : un beau 16 kilomètres, de beaux panoramas, une belle soirée de camping, et une activation du corps qui fait du bien.

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La deuxième journée… alors elle, elle a moins livré. Ou plutôt, elle a solidement livré, malgré son petit 13 kilomètres. Tout d’abord, à l’instant où nous quittons avec nos sacs sur le dos, la pluie décide elle aussi de faire le trajet. Bah, pas trop problématique, que je me disais. On est bien équipés, et puis ça fera partie de l’expérience. Et plus on avance, plus la pluie s’intensifie, et persiste. Et plus le terrain est escarpé, le chemin difficile à suivre. On se retrouve même dans un endroit surnommé “el mar de piedra”, la mer de pierre : nous devrons marcher, escalader, des rochers empilés comme si la montagne avait déboulé…

À un moment, je réalise que mon imperméable a abandonné. M’a carrément laissée tomber. Il est maintenant perméable. C’est donc après seulement quelques heures de randonnée que nous sommes mouillés, tous les deux, de la tête aux pieds, tellement la pluie est présente. Et les degrés commencent à s’égrainer… nous commençons à avoir tellement froid, que de seulement s’arrêter pour manger ne semble pas être une option. Nous n’avons même pas faim, de toute façon. Et quelques kilomètres plus loin… la pluie se transforme. De la grêle, puis de la neige. Nous sommes donc dans les sommets de montagnes, mouillés, transis, sous la neige, et plusieurs kilomètres sont encore devant nous avant de rejoindre le prochain refuge. Et là, il devient certain que nous allons nous y arrêter plutôt que d’utiliser notre tente. Nous lui donnerons ses lettres de noblesse de “refuge”, parce que c’est réellement ce rôle qu’il prendra pour nous. Et la randonnée demeure difficile, glissante, froide, et ma jambe blessée au cours des dernières randonnées me tiraille et me fait faire de faux mouvements. Antoine et moi entrons donc en mode survie. Pas parce que nos vie sont actuellement en danger, non. Car nous savons que nous avons une tente en cas d’urgence, que nous avons des vêtements secs, bien emballés dans des sacs imperméables (pour vrai, eux), et que nous avons suffisamment de nourriture et d’eau pour durer. Nous sommes donc bien préparés malgré tout.

Au détour d’une montée, on aperçoit, finalement, le refuge droit devant nous, sur une crête. Comme un mirage, une cabane fièrement dressée devant le vide, dont la couleur rouge contraste de manière presque incandescente contre le blanc du brouillard et de la neige et le vert de la forêt au sein de laquelle il semble avoir été déposé. Nous sommes soulagés, même si nous sommes conscients que nous devons nous-mêmes traverser quelques crêtes, donc monter et descendre, afin d’y parvenir. Nous en avons pour une bonne heure trente, selon nos estimations. Qu’à cela ne tienne, ne pas s’y rendre semble une éventualité encore moins attirante.

Durant tout ce chemin, qui aura au total duré 7h30, nous n’aurons échangé que peu de mots, chacun concentré sur le défi. Chacun de notre côté, nous aurons évalué la situation : quels sont nos plans A, B, C. Quels sont les risques? Nous sommes-nous trompé de chemin? Le refuge sera-t-il fermé? Y aura-t-il de la place? Et j’en ai aussi profité pour faire du magasinage dans ma tête. J’ai visité plusieurs boutiques virtuelles, fantasmant sur un excellent manteau de gore-tex, sur des gants imperméables, sur de belles nouvelles bottes performantes. Aaaahhh que la réalité se frotte rapidement au matérialisme, la matérialité dans ses extrêmes…! Antoine ayant fait l’armée, il avait déjà été placé dans des situations devant l’amener à développer ses compétences de survie en nature. Pour ma part, c’était la première fois que je me retrouvais dans une situation où une mauvaise préparation, ou simplement une inaction, pouvait me mettre en danger. S’assoir dans le sentier en pleurant comme un enfant qui manque de sommeil ne pouvait donc pas être une solution, même si la tentation y était! Et malgré la difficulté, les craintes et la douleur, je ne cessais de me répéter que je vivais une expérience qui allait m’être utile, qui allait aussi m’apprendre. Bizarrement, j’étais quand même contente de le faire.

Finalement, nous arrivons au refuge, sans réservation. Ça sent bon, les gens discutent tranquillement, il fait une température confortable à l’intérieur. Le calme au sein des murs est si contrastant du vent qui hurlait peu de temps avant dans nos capuchons. On nous confirme rapidement qu’il y a assez de place et on réchauffe nos mains endolories par le froid en y déposant une tasse de soupe. Doucement, nous nous éloignons de l’hypothermie que nous commencions à frôler. Nous avons donc pu manger un copieux repas que l’on s’est préparé, nous avons dormi au chaud, et nous étions alors prêts pour repartir le lendemain pour notre dernière journée, un 14 kilomètres. Nous avons également appris, lors de notre passage au refuge, que le parc national dans lequel nous marchions a fermé tous ses sentiers durant notre présence, dû à la météo trop dangeureuse. Tu parles…!

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Nous sommes donc redescendus vers notre auto (et son chauffage), toujours dans la pluie, la bouette et l’humidité à 100%. Mais là au moins, la neige ne nous aura pas surpris, nous la savions présente. Et le souper, de retour à Bariloche, fut digne des plus grands banquets!

Sur la route (encore) – 12 au 15 février

PXL_20260212_235643719Comme nous longions la frontière Ouest de l’Argentine depuis un moment, et donc aussi la chaîne de montagnes des Andes, nous devions retraverser le pays vers l’Est, afin de nous diriger vers nos prochains objectifs. Cette traversée, surtout en camping, fut donc une période où méditer sur les mois passés, et la fin imminente de notre aventure. Parce que oui, nos objectifs se résument surtout à trouver preneur pour notre véhicule, et jeter un (rapide) coup d’oeil à l’Uruguay et au Paraguay. Il ne nous reste donc qu’un petit deux semaines, tout au plus, en Amerique du Sud. On dit souvent que la période de “décrochage” de la fin d’un voyage est proportionnelle à la durée totale du voyage. Par exemple, un voyage d’une semaine ne permet pas vraiment de se tanner, sauf peut-être la dernière heure où on ne sait plus trop où se mettre en attendant le bus, le train, l’avion. Lors d’un voyage de trois mois, les quelques derniers jours laisseront place à une petite nostalgie de la maison, des amis et de la famille, de quelques habitudes perdues. Et après une année, les dernières semaines peuvent y être teintées. C’est donc dans cette zone que je me trouve actuellement : j’ai hâte de voir mon monde, de faire mon lavage tranquille en buvant un café dans ma cuisine, d’aller faire mon épicerie. Toutes ces petites activités normalement boudées, mais maintenant souhaitées. C’est tout de même une anticipation délicieuse, même si elle peut de pas en avoir l’air. L’équilibre est donc important à conserver, actuellement, puisque je sais qu’il nous reste de belles aventures dans les prochains jours. Je dois donc bien doser cette projection dans l’avenir, la délectation dans le moment présent, et le chérissement de nos souvenirs passés : j’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs années condensées en 7-8 mois, c’est une sensation qui emplit l’esprit d’allégresse, et d’une certaine béatitude. Antoine, pour sa part, me confiait être déjà rendu à penser à l’Asie ou l’Océanie, nos possibles prochaines destinations du printemps! Et quelques jours plus tard, il était plutôt nostalgique… Comme quoi, chacun procède différemment.

Nous sommes arrivés à Montevideo, en Uruguay, le 15 février, que nous venons de quitter pour aller vers le nord.