En quittant Fiji, nous nous sommes demandé la si simple question : “Par où on va maintenant”? Notre objectif était de quitter l’Océanie pour l’Asie. Idéalement, Singapore. Antoine était déjà allé et avait beaucoup aimé. De plus, c’est un centre commercial névralgique, son aéroport est donc une belle porte d’entrée, selon nos intentions ultérieures (encore incertaines à ce moment). Alors en faisant les recherches déjà testées quelques jours et semaines avant, nous apprenons que les billets Fiji-Singapore, en vol direct, ont subit une petite envolée de prix. C’est donc pour cette raison que finalement, nous avons décidé d’arrêter quelques jours à Sydney en Australie, tant qu’à y être, pour repartir vers Singapore.
Sydney – 31 mars au 3 avril
Ce qui est bien lorsque nous n’avons pas d’attente, c’est que tout est possible par la suite. L’Australie n’était pas sur ma liste. Pourtant, plusieurs personnes nous en avaient parlé très positivement, mais je n’avais simplement pas l’appel. Je me gardais la région pour plus tard, un jour. Nous avons choisi le quartier de Newtown comme résidence temporaire, et le choix aura été parfait! De la bonne bouffe, des gens plein les rues, une effluve de liberté transportant des couleurs et des sourires, marqués par la mode et l’art, la jeunesse et les possibilités. Et en s’éloignant un peu du quartier, nous avons continué d’apprécier la ville. Si facile à arpenter, il y a toujours quelque chose à voir. Franchement, un endroit fort accueillant.
Opéra de Sydney
Singapore – 4-8 avril
Depuis notre retour en voyage, nous avons été choyés par l’abondance des saveurs. Tant à Fiji qu’à Sydney. Le goût du riz blanc des Amériques commence à se dissiper tranquillement. Mais à l’arrivée à Singapore… Ooohhhhh, l’importance de se contenir et de se tempérer. Nous avions un enjeu : trop d’envies culinaires, pas assez de repas dans la journée. À un point tel que parfois, nous prenions deux repas partagés pour mieux s’étendre sur les différents territoires. Notre première journée, nous avons déjeuné japonais, dîné indien du Sud, puis soupé chinois. MI-AM! Lorsqu’un repas se termine, on planifie non seulement le suivant, mais ceux des prochains jours : ne rien oublier, ne rien manquer, tout manger! C’est donc en butinant d’un resto à l’autre que nous avons procéder à notre visite de cette cité-état, l’une des trois sur terre, avec Monaco et le Vatican.
Comme en Inde, avec les doigts
Petit-déjeuner!
Étoilé Michelin!
Ce qui fait que l’offre alimentaire est halucinante à Singapour, c’est la diversité, la quantité, et les prix. J’ai mangé pour 2.50$, et ce avec délectation, et avec mes doigts. Comme dit Antoine, le bonheur économique est important. Et comme la ville est remplie de grandes tours d’habitation pour loger ses 6 millions d’habitants, les rez de chaussée sont souvent occupés par des cours alimentaires (appelés ici des Hawkers centers). Selon des stastistiques glanées sur le web, 62% à 77% des singapouriens mangent au moins un repas au restaurant, à tous les jours. Parce que, pourquoi pas, quand c’est plus facile et moins cher..! Nous sommes bienheureux : notre voyage culinaire est officiellement commencé et ne se terminera pas avant notre retour!
Outre la nourriture et ses gens, Singapore est emplie d’immeubles, certains bien classiques, d’autres plutôt créatifs, conférant à la ville un style bien unique.
Au moment où j’écris ces lignes, nous voilà repartis pour l’Asie, deuxième phase de notre voyage.
Même si notre escale au Québec n’aura duré que trois semaines, j’ai l’impression qu’une éternité s’est écoulée depuis notre retour d’Amérique du Sud. Le phénomène est-il attribuable à ce dépaysement que l’on ressent après avoir quitté son quotidien depuis si longtemps? C’est probable. Lorsqu’on est en mode découverte, le cerveau redevient sensible à tout ce qui l’entoure et l’on devient bien plus conscient de tous ces petits détails normalement ignorés. Loin de la routine, le temps retrouve sa pleine ampleur et s’en voit même dilaté, car c’est la mémoire qui nous donne la mesure des jours qui passent.
Entre Montréal et Ushuaïa, il s’en est formé des souvenirs; assez d’ailleurs pour me donner l’impression d’être parti depuis des années. Tant de pays visités (certains plus que d’autres), tant de rencontres, tant de paysages… Les Amériques sont immenses et diverses. On en prend mal la mesure en regardant nos cartes.
À ce sentiment de voyage se sera superposé l’aventure et le défi, car se rendre à l’extrémité sud de notre continent en 7 mois en aura été tout un. En rétrospective, c’était ambitieux, mais nous y sommes arrivés quand même. Avec plus de temps, nous nous serions certainement arrêtés davantage, mais compte tenu du temps imparti, il fallait avancer. Plus qu’en mode visite, nous étions en mode road trip.
En ce qui me concerne, le travail aura ajouté un niveau de difficulté supplémentaire. Initialement, je m’étais donné comme objectif trois heures par jour. La promesse aura été tenue, mais au prix de nombreuses frictions et de beaucoup de stress. Devoir constamment passer du mode besogne au mode voyage, entrecoupé de réunions, est quelque chose d’éreintant. Travailler des heures durant dans un véhicule en mouvement, même sans mal des transports, fatigue bien plus qu’être confortablement assis à son bureau chez soi. J’aurais volontiers fait l’économie de toutes ces contraintes, mais je n’avais pas le choix.
Une chance d’ailleurs qu’Audrey a pris la relève du journal de voyage. Fidèle à son poste, elle vous en aura fait un récit riche en aventures et en émotions, avec une plume radicalement différente de la mienne.
La page de la première phase du voyage maintenant en train de se tourner (il manque quand même une publication), nous voilà donc dans les airs, en route pour l’Asie. Bien franchement, nous avions tous deux très hâte à cette partie. L’Amérique du Sud est intéressante, certes, mais elle n’a pas la profondeur et la richesse de l’Asie. Elle n’a pas non plus son attrait gastronomique. Certains se demanderont alors pourquoi nous n’y sommes pas allés une année entière. Pour la simple raison que toute la planète vaut la peine d’être explorée et que l’Amérique, c’est notre continent. Il faut donc le comprendre et le vivre; le voyage est une bonne manière d’y arriver.
Dernières chroniques automobiles
En fait d’aventures mécaniques, il ne s’est pas passé grand-chose. Notre seule crevaison du voyage est arrivée au Chili (contre 12 lors de notre périple vers l’Asie Centrale).
Pas non plus d’embûches majeures. Nous sommes restés coincés dans le sable environ deux heures près de la frontière entre le Chili et la Bolivie, parce que nous avions tenté d’emprunter un petit chemin vers un cratère volcanique. Ayant mal évalué la surface de la route, la voiture est restée prise. Par chance, nous avons trouvé non loin des planches suffisamment solides pour supporter le véhicule et, méthodiquement, quelques dizaines de centimètres à la fois, nous avons pu manœuvrer hors de cette fâcheuse situation. Après l’incident, j’ai demandé à mes parents de m’apporter des aides de traction et j’ai acheté une pelle — qu’on s’est fait voler quelques semaines plus tard.
Un autre tronçon de route nous aura donné du fil à retordre : los 73 malditos entre El Chaltén et Bariloche sur la Ruta 40. Pavée sur toute sa longueur en théorie, ces 73 kilomètres sont toujours en terre battue en raison de conflits avec les estancias avoisinantes. Sans la pluie tombée la veille, nous n’aurions pas eu de problèmes, mais lors de notre passage, la chaussée s’était transformée en un mélange de terre glaiseuse — le genre qui colle à tout et réduit quasiment à néant toute traction. Nous avions si peu d’adhérence que dans les dix premiers kilomètres nous avons fait une sortie de route, heureusement sans dégâts. Je n’ai pas la prétention d’être un conducteur hors pair, mais je dois admettre que tant d’hivers passés à conduire dans les tempêtes québécoises m’ont donné une bonne dose d’expérience sur chaussée glissante. Il aura fallu trois heures d’habile jeu d’embrayage, de patinage contrôlé et une bonne dose d’adrénaline pour retrouver le pavage. À plusieurs reprises nous sommes passés à deux doigts de rester coincés, mais nous étions prêts à cette éventualité : j’avais un câble de remorquage et assez de vivres pour tenir quelques jours si nécessaire. Aurions-nous dû rebrousser chemin? Tous les conducteurs croisés — en 4×4 — nous avaient déconseillé de nous engager, mais le détour nous aurait rallongé de trois jours. Il fallait donc prendre le risque.
Sortie de route
Au final, notre pari d’effectuer Montréal–Ushuaïa en simple véhicule à deux roues motrices aura été un succès. Ayant trouvé peu d’informations sur le web avant notre départ, je compte consigner mes impressions dans une publication séparée, en espérant qu’elle sera utile à de futurs aventuriers.
Se débarrasser de notre véhicule en fin de périple aura demandé quelques efforts, car importer un véhicule dans un pays d’Amérique du Sud est à toutes fins pratiques impossible. Il ne nous restait que l’option de le donner à un étranger, ce que nous avons pu faire au Paraguay. Notre fidèle Pontiac Vibe continuera donc ses aventures avec son nouveau propriétaire : un Québécois rencontré par hasard sur une terrasse d’Asunción. En espérant qu’elle lui rende de bons et loyaux services!
Voilà bientôt deux mois que nous sommes revenus et toujours aucune publication sur notre dernière destination de ce grand périple. Disons qu’avec le rythme effréné du retour au pays, la motivation a manqué, mais je n’allais quand même pas laisser inachevés tous ces efforts de documentation de notre voyage.
Lors de ma dernière visite de Tokyo, je n’y avais passé que trois jours et à me relire, il semblait que l’expérience m’avait quelque peu déçue (en regard des autres villes japonaises); peut-être était-ce l’hiver… Toutefois, le temps adoucissant tout souvenir, j’appréhendais notre séjour dans la capitale avec un positivisme débordant. Mes mémoires de l’endroit, plus que dans les autres villes japonaises, étaient restées relativement fraîches et j’avais hâte de revisiter en compagnie d’Audrey les lieux phares de l’incontournable métropole.
Tokyo a des canaux!
La pluie qui tombait à notre arrivée depuis Magome-juku ne m’a pas empêché, caméra en main, d’aller arpenter le quartier autour de notre gîte. Le silence ambiant et la réflexion des lampadaires et des phares sur le bitume humide donnaient à l’endroit un air mystérieux. En déambulant, j’en ai aussi profité pour faire une étude photographique des machines distributrices japonaises histoire d’ajouter à ma petite série d’articles sur quelques fascinants aspects de ce pays (arcades, politesse).
Le lendemain, énorme programme de marche. Comme si nous n’avions disposé que d’une seule journée pour faire le tour de la capitale, j’avais concocté un itinéraire qui allait nous faire passer par le principal et le plus touristique. En passant par Asakusa et Ginza, nous nous sommes rendus dans l’un des quartiers d’affaires afin d’y débusquer une tour à bureau qui dans mes souvenirs, se laissait escalader et offrait un beau coup d’oeil sur la ville.
Skibuya
Par la suite, Roppongi, puis Shibuya, ce quartier électrifiant célèbre pour son intersection, apparemment la plus fréquentée de la planète. Sans rentrer dans les détails de tout ce que nous avons pu visiter en cette journée bien chargée, nous avons entamés le demi-tour de notre course touristique effrénée à 15 kilomètres de notre hôtel. Loin d’avoir l’intention de revenir en transports en commun, c’est bière à la main que nous avons entrepris le chemin du retour, profitant de la multitude de machines et de dépanneurs sur notre route pour nous garder bien hydratés. À mi-course, un arrêt izakaya (ces petits pubs bien japonais) s’est imposé où sur l’espace de deux heures, nos hôtes nous ont entretenu dans un anglais rudimentaire, mais ne manquant pas de nous offrir au passage quelques verres et yakitoris, petites brochettes de viande et de légumes.
Izakaya!
Naturellement, après une telle journée, le réveil du lendemain s’est avéré plus ardu que prévu, à la fois par la faute de l’abus de bonne chère, mais surtout de par les plus de 30 kilomètres marchés ce jour là. En temps normal, mes pieds n’auraient pas trop bronché, mais après dix mois, l’usure commençait à se faire sentir. Programme léger donc. Petite visite d’Akihabara, surnommée ville électrique anciennement pour son foisonnement de petits magasins d’électroniques, mais aujourd’hui le bastion de la culture manga. Par la suite, direction station de métro pour nous rendre en périphérie du centre-ville à l’izakaya/restaurant Toriki.
Akihabara
Ce n’est pas son étoile Michelin qui rend Toriki bien spécial, mais le fait que son chef y prépare du sashimi de poulet (torisashi). Eurk? Salmonelle? Non. Du moins, pas si exécuté par un maître japonais. Avec le bon poulet et les bonnes techniques, il est possible de rendre cette viande propre à la consommation crue, car ultimement, ce sont nos méthodes d’abattage industrialisées qui la souillent. À mon grand regret, une fois sur place, un préposé nous indique que depuis peu ils ne sont plus autorisés par la santé publique à servir leur plat signature, pour faute d’émules maladroits qui par négligence ont rendu leur clientèle malade. Qu’importe, pour avoir fait tout ce train, nous n’allions pas faire demi-tour. Après avoir parcouru le menu et commandé certains items, le chef nous convainc d’y ajouter son plat le plus populaire.
En succession, nous recevons notre commande, prenant le temps de savourer un repas jusque-là pas tout à fait à la hauteur de mes attentes, mais qui valait tout de même le déplacement. Le tout en échangeant avec le chef qui devant nous prépare ses poulets et les manipule main nues sur le charbon. L’ambiance est bonne et le moment plaisant. Finalement, alors que nous l’avions complètement oublié, il nous sert son assiette si prisée: quelques morceaux de poulet tout juste grillés servis avec une petite marinade. Le poulet n’est cuit qu’approximativement et certaines pièces sont simplement saisies. Je goûte et conclue aussitôt n’avoir jamais mangé de si bon poulet. Dans ma tête, je vis pleinement l’un de ces rares moments gastronomiques où nos sens monopolisés par une habile orchestration de saveurs, odeurs, textures et présentations, l’on réalise que la perfection est de ce monde. Hautement ravis par une expérience culinaire qui se sera finalement hissée dans mon top 5, nous avons regagnés tranquillement notre hôtel pour y attendre Jean et Hélène, que nous croisions pour la troisième fois de ce voyage (première fois en Inde, deuxième fois au Sri Lanka). Audrey comme moi était excitée de partager avec ses proches à quel point le Japon lui plaisait.
Plus en forme le matin suivant que la veille, nous avons débuté la journée par un bon Matsuya. Matsuya (j’y avais mangé un nombre incalculable de fois lors de ma première visite du Japon sans en connaître le nom) est une chaîne restauration rapide généralement ouverte 24 heures et se spécialisant dans le gyumeshi, un simple bol de riz avec du boeuf. À l’instar de nos restaurants de type fast food, on y passe peu de de temps et la nourriture y est bon marché. Cependant le service est impeccable, les plats réellement succulents (pas genre gras et salé; vraiment bons) et l’imagerie qui figure sur les menus est exactement conforme à ce qui se retrouvera dans notre assiette. Je n’en dirait pas autant des établissements auquel nous sommes accoutumés… Aie-je mentionné que toutes les commandes venaient avec une soupe miso? Parlant de menu, on ne commande pas son Matsuya à un japonais, mais plutôt une machine qui bien heureusement offre son interface en anglais. On a sans exagérer dû manger au Matsuya en moyenne une fois par jour. Non pas par facilité, mais surtout par souci d’un bon rapport prix/goût. Sans être au courant du Matsuya, l’on pourrait facilement passer des semaines au Japon sans les remarquer. Heureusement, Jean et Hélène nous avaient en leur présence pour les initier aux rouages d’un voyage en terre nippone.
Bien repus, c’est vers la ligne de monorail qui traverse le quartier futuriste d’Odaiba que nous avons débuté notre programme tokyoite. Vanté pour son look futuriste, Odaiba est constitué de quelques kilomètres carrés d’îles artificielles et il était possible d’en avoir un bon aperçu en empruntant son monorail. Surtout composé de centres d’achats et autres immenses bâtiments aux fonctions commerciales, le tour s’est avéré être un peu décevant. Je me suis même surpris à préférer le Palm Jumeira de Dubai. Qu’importe, pour nous rattraper en terme de vista urbaine, l’ascension de la mairie de Tokyo. Arrivés pile au bon moment, nous avons pu profiter du soleil tombant pour admirer l’immense métropole de jour et de nuit. Redescendus de notre perchoir, nous y sommes allés pour une balade à pied jusqu’à Shibuya puis d’un copieux repas dans ces fameux trains de sushis suivi d’un retour à l’hôtel à une heure plutôt potable.
Qu’est-ce qu’on fait le dernier jour d’un voyage de plus de 10 mois. On est un peu las, mais on tente d’en tirer le maximum. Bref, dans tous les morceaux de Tokyo qui nous manquaient, nous avons choisi le plus évident et aussi le plus populaire, soit Asakusa, ce fameux temple. Non pas car l’endroit est spécial, mais il nous fallait faire quelques emplettes en prévision d’une distribution de cadeaux au retour. La frénésie de magasinage s’est même poursuivie vers les quartiers voisins, où nous sommes tombés sur la rue qui.
AsakusaIl y a fort à parier que ces deux-là ne sont pas japonaises
Les cimetières japonais sont à l’images de la ville: ordonné, propre, austère et noble.
Mario Kart sur le pas de départ
En guise de dernier repas, un petit restaurant de yakitori (brochettes) déniché dans une allée. Au milieu de notre repas, un homme s’approche et demande s’il peut se joindre à nous. Il nous a entendu parler français et désire se faire l’oreille à cette langue qu’il tente lui-même d’apprendre en ce moment (preuve à l’appui, il nous montre même ses livres et dictionnaires). Soucieux de bien s’intégrer, il commande aussitôt deux bouteilles de vin. Les conversations qui animaient notre ultime soirée passeront momentanément à un niveau plus rudimentaire histoire d’accommoder notre nouvel interlocuteur, mais pas pour le moins enrichissantes.
Au terme du repas, notre hôte inattendu nous aura non seulement fourni en alcool, mais se sera en plus chargé de l’entièreté de l’addition d’une excellente bouffe. À la sortie du restaurant, il tire poliment sa révérence et s’en va titubant en direction opposée. C’est ça, le Japon. Bien imbibés, nous poursuivront la soirée à discuter jusqu’à très tard devant l’hôtel.
Le lendemain, c’est le grand départ. Sans encombres, nous nous rendons à l’aéroport de Narita. Ensuite Detroit où nous passons à deux doigts de manquer notre transfert en raison d’une fouille un peu trop zélée de la TSA. Finalement, arrivée à Montréal où une fête d’amis nous attends. Dans mes souvenirs, tout s’est déroulé l’instant d’un flash. D’aventuriers de long cours, nous avons été re-téléportés dans cette vie que nous avions laissé plus de 300 jours auparavant. Cette existence si distante dans le temps et l’espace que de la redécouvrir a suscité en nous l’impression de … voyager.
Mourir de soif au Japon? Impossible! Moyennant quelques yens, il y a dans le paysage urbain des machines distributrices sur littéralement chaque coin de rue, toutes prêtes à offrir tout ce dont vos papilles gustatives pourraient avoir envie. Thé, café chaud ou froid, incontournables de la boisson gazeuse sucrée ou autre concoctions bien spécifiques à l’île, on trouve même de la bière et du saké par endroit (bien pratique pour agrémenter nos errances de fin de soirée).
Trouvez les machines distributrices! (indice: il y en a plus de 9 dans cette seule image)
Me promenant seul dans une Tokyo humide à une heure tardive, je leur ai trouvé un je ne sais quoi d’esthétique. Plantées en petits groupes dans les ruelles, ne manquant jamais d’attirer le regard par leur offre colorée et le scintillement de leurs DELs, j’en ai capturé quelques unes en image.
Complètement à gauche, une machine distributrice de cigarettesCelle-là vend de la bièreLes dépanneurs sont presque autant légion ici au Japon
Si ce n’était pas des transports, le Japon ne serait en fin de compte pas si coûteux qu’il n’y paraît. La nourriture y est plutôt abordable et les hôtels, si l’on se donne la peine de chercher les aubaines, sont bien moins chers qu’au Canada. Question déplacement, par contre, pas moyen de s’en tirer à bon compte, à un point tel que prendre l’avion reviendra moins cher que le train sur de longues distances. Cependant, il fallait qu’Audrey vive l’expérience Shinkansen, le TGV japonais. Si rapide, mais si fluide, filant à toute allure parmi rizières et montagnes. Nous avons donc déboursé le gros prix pour l’emprunter jusqu’à Nagoya et ensuite revenir sur le réseau ferroviaire régional jusqu’à Magome-juku.
Nous n’avions même pas mis les pieds au Japon qu’Audrey avait souhaité aller faire un tour dans la campagne; aspect de ce pays que j’avais omis de visiter lors de mon premier passage. Le choix évident dans l’axe Osaka-Tokyo était bien entendu le mont Fuji, mais étant trop de bonne heure en saison, il n’allait pas être possible de le gravir et même là, l’endroit nous paraissait un peu surfait. Suite à un brin de recherche, Audrey est tombée sur Magome-juku, un village-étape sur l’ancienne route Kyoto-Tokyo ayant conservé son charme de l’époque. D’ailleurs, le suffixe -juku signifie «poste».
Audrey, captivée par un étang de carpes
Juché dans les collines, Magome-juku se rejoint en prenant le bus depuis la gare de Nakatsugawa. Arrivés sur place, il n’était même pas encore cinq heures de l’après-midi, mais presque tout dans le village était déjà fermé à l’exception d’une boutique d’aliments du terroir et d’un petit marché. Notre gîte, un ancient pensionnat pour garçon et un magnifique bâtiment construit tout de bois, n’hébergeait qu’une poignée de touristes. Magome-juku était définitivement un endroit tranquille. La principale attraction de la région était le sentier Nakasendo, cette vielle route postale reliant Kyoto et Edo (maintenant Tokyo) passant au travers de pittoresques villages et lequel nous avions l’intention de parcourir jusqu’à la halte suivante le lendemain. En attendant, la soirée allait être tranquille, nous nous sommes cuisinés un repas de pâtes sauce tomate avec salade de chou achetés au marché du village puis nous sommes couchés après un peu de temps passés devant nos écrans. Vu qu’il n’y avait aucun restaurant ouvert en soirée à Magome-juku, nous avions étés contraints de nous procurer des victuailles au marché. Non seulement cuisiner soi-même au Japon ne représente pas une si grande économie, mais c’est surtout une opportunité perdue d’aller savourer un excellent repas japonais.
La forêt au Japon, pas si différente que la nôtre
Après un solide déjeuner nord-américain bacon-oeufs-patates, nous nous sommes engagés sur le sentier Nakasendo pour une journée de marche. Le trajet était définitivement populaire, mais les villages que nous traversions l’étaient encore plus. Un résident de la région, servant le thé bénévolement dans une maison d’époque nous a expliqué que le sentier était très visité par les touristes européens et japonais, mais que les chinois et coréens – fidèles à leurs habitudes – circulaient en autocar sans daigner de marcher le chemin. Pour notre part, une fois rendu au village étape suivant, nous avons emprunté le train pour revenir à Nakatsugawa et parcourir à pied les quelques dix kilomètres pour revenir à Magome-juku, prenant quelques détours involontaires dans la ville afin de retrouver le sentier. Qu’importe, se perdre au Japon n’a rien de déplaisant. De retour à notre auberge, nous avons complété notre journée dans un onsen, ces bains chauds japonais qui ont eu tôt fait de nous remettre d’un bon 30 kilomètres de randonnée. Séparé d’Audrey pour l’occasion (les onsens se fréquentent complètement nus), j’ai fait la rencontre d’un péruvien avec qui j’ai pu pratiquer de l’espagnol. Cocasse vu que lors de mon dernier passage dans un autre établissement du type, j’avais pu pratiqué cette même langue avec un autre touriste.
Une ancienne halte de repos pour les voyageurs
Le jour suivant, nous nous sommes rendus à Nakatsugawa à la marche et nous sommes concentrés sur de l’exploration urbaine dans une petit centre régional, constatant qu’ici comme dans les plus grandes villes, nous retrouvions sans trop chercher le charme japonais. Quand même excellent cette initiative qu’a eu Audrey d’aller visiter ce petit coin de pays. Le lendemain, c’est sous un temps pluvieux que nous avons pris le train jusqu’à Tokyo, notre ultime destination de ce périple de plus de dix mois, mais non la moindre.