Chine

Sur la Chine, on entend, on lit, on interprète. J’avais donc une bonne idée du type de pays dans lequel j’allais entrer, mais avec quelques données inconnues. Déjà, dans le passé il semblait être impossible d’entrer si un tampon de Taïwan était présent à notre passeport. Finalement, après quelques recherches… non, l’entrée est possible, même qu’un vol direct nous aura transportés de Taïpei vers Shanghai. Et lorsque nous avons débuté nos préparatifs, la visite de Mark Carney en Chine avait fait débouller une entente permettant d’entrer sans Visa. C’est donc grâce à cette nouveauté de février 2026 que nous sommes entrés.

Une fois rendus, je ressens à nouveau la complexité voyagère qu’est la barrière de communication. Enfin! Car maintenant, avec les cartes SIM faciles à se procurer, les applications de traduction, les systèmes partagés mondialement (ne serait-ce que pour les cartes bancaires), le voyage peut être drôlement plus facile qu’on le pense. En Chine, plusieurs de ces outils ne fonctionnent pas, et beaucoup moins de gens parlent anglais. Et le français, on passe. C’est donc avec un peu d’hilarité que nous nous sommes retrouvés confrontés à notre premier métro : on fait quoi, on va où, on paie comment… on ne le savait pas à ce moment mais notre chemin entre l’aéroport et notre premier hôtel, qui était sur papier de 2h, allait en prendre 5h. En fait, moi je le vivais dans l’hilarité parce que je trouvais cela réellement drôle. Et stimulant. Antoine était un peu moins dans l’hilarité, mais plutôt dans l’irritation de voir les applications planter, mal fonctionner et devenir une barrière à notre avancée. Déformation professionnelle, j’imagine. Car ici, à sa dernière visite il y a une quinzaine d’année, il pouvait retirer de l’argent facilement puis se dépatouiller en pointant ce qu’il voulait et obtenir thé, repas, tickets de bus. Maintenant, l’argent, c’est out! Tout passe par une application mobile dont l’efficacité est encore à prouver. Et il ne faut pas oublier que nous ne partageons pas le même alphabet, alors même si on essaie de dire, pointer, montrer une adresse, l’info ne se traduit pas tout le temps. Mais cette relative vulnérabilité demeure douce, puisque les gens sont très volontaires, généreux, et s’arrêtent souvent pour aider. Et finalement, nous trouvons la façon de pouvoir traduire tant nos questions que les menus. C’est parfois approximatif, mais cela nous amène habituellement au bon objectif.

Suzhou – la Venise de l’Est – 3 au 7 mai

Son petit surnom dit bien son attrait principal : plusieurs villes où les canaux sont un personnage central. C’est par ailleurs un endroit que les Chinois visitent beaucoup eux-mêmes, un peu comme nous irions à Tremblant ou à Kamouraska. Et ce qui est drôle, c’est que rendus ici, première soirée, nous apprenons que c’est la Golden Week, une semaine de congé généralisé au pays. Nous sommes donc dans l’équivalent du Vieux-Québec en pleine semaine de la construction. Il ne manque pas de monde! Mais c’est magnifique, c’est comme si en plus de voir les attraits touristiques, nous sommes témoins de leurs vacances. J’ai l’impression de regarder un film en plein air. Beaucoup de femmes sont habillées en costumes traditionnels, fartées et maquillées, coiffées de hautes sculptures capillaires. Ça pose ici et là, partout. Et quand je dis partout, c’est réellement le cas : des photographes professionnels à la pelle accompagnent leur clients pour le cliché parfait, pendant que plusieurs autres petits groupes se prennent en photo entre eux. Une coexistence presque sans faille entre la modernité où l’on pose le regard sur ce que l’on projette et l’essence ancien du jardin devant apaiser l’âme dans la cultivation patiente de la nature. Je ne peux m’empêcher de sourire à la réflexion philosophique que le sujet me pose.

La ville de Suzhou en elle-même est tout de même intéressante, les rues sont belles, les parcs sont utilisés pour des danses en groupe, pour discuter, pour siester, toutes les raisons sont bonnes. Et l’ambiance est chouette, des petits restos qui donnent l’eau à la bouche, que ce soit pour un délicieux hotpot (la vraie fondue chinoise), des nouilles goûteuses ou des dumplings à se jeter par terre. On est confortables dans notre hôtel hyper “artsy” (pas mal dans le top 3 des plus chouettes qu’on ait eu depuis le début). Bref, on a apprécié notre temps là-bas. Cette ville nous aura donc permis de nous adapter à la Chine, avec quelques surprises. Notamment une annecdote présentée par le fait qu’il y a peu de bars en Chine, selon notre expérience. Les gens consomment au restaurant lors de leur souper, par exemple, ou à la maison. Alors, lorsque nous avons vu un petit bar, nous sommes entrés, et avons reçu un accueil très chaleureux! Surpris, mais chaleureux! Les quelques femmes nous sourient, replacent leurs cheveux subtilement nerveusement, nous servent une bière, des arachides… et je remarque que certaines continuent d’arriver. Qu’en rotation, elle se refont une beauté au miroir. Qu’il y a près des tables des petites boites avec brosse à cheveux, déo, rouge à lèvres. Je me dis que nous sommes peut-être tombées dans un repaire pour les femmes fêtant entre elles. Finalement, pas vraiment… Les femmes qui entrent et font comme si elles travaillent ici en passant derrière le bar, finissent par être rejointes par un Monsieur peu de temps après. Et certains montent vers un 2e étage. On comprend que l’on est peut-être tombés sur un bar où la compagnie se loue, finalement. Le regard de surprise initial s’explique un peu, alors.

Shanghaï – 7 au 12 mai

Nous avons quitté notre petit espace touristique pour aller vers la grande Shanghaï, où nous devions rejoindre mon père et sa conjointe. Ensemble, nous avons donc goûté à tout ce que la Chine met de l’avant dans ce qui est l’un de ses joyaux. Joyaux, car elle est sa plus grande ville. Car elle est un centre financier international important. Car elle propose grandes marques, luxe, restaurants de qualité, divertissement quasi continu. Et c’est vrai qu’elle est belle. Vue de sa promenade au bord du cours d’eau la traversant, qui offre à ses visiteurs plusieurs immeubles coloniaux magnifiques et ses tours futuristes illuminées. Ou vue de ses terrasses en hauteur, sur le toit d’un 15e étage, ou au 91e étage d’une de ses géantes…

Nous avons visité quelques sites “traditionnels”, et ici l’important seraient les guillemets. Car malheureusement, on détruit parfois pour reconstruire. La vieille ville semble donc nouvellement reconstruite, et certains des sites listés à notre vieux guide du routard étaient, rendus sur place, fermés, remplacés par un nouveaux centre commercial dernier cri ou entourés de barrières sur lesquelles on annonçaient la reconstruction d’une nouvelle ancienne ville. On détruit donc les vieilles maisons pour refaire un faux palais qui accueillera des crèmeries et des boutiques d’aimants et de pâtisseries. C’est, disons-le, tout de même dommage. Et à mon sens, moins riche en culture : on perd la vraie saveur de ce que l’on souhaite préserver et transmettre. En même temps, c’est un pays qui a recréé la tour Eiffel et le village autrichien d’Hallstatt en son sein, c’est donc peu surprenant. Soyez donc avisés, si vous visitez la Chine, prenez un guide récent.

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Shanghai
Pourquoi pas? L’apéro devant le soleil se couchant sur Shanghai

Beijing (ou Pékin) – 12 au 18 mai

Après quelques heures de train, nous voilà dans une autre ambiance. Si Shanghaï ne cachait pas trop son intention de vouloir paraître neuve, à l’affût, brillante, Beijing revêt plutôt ses habits de grande dame. Elle représente l’histoire, la sagesse, le pouvoir et… on y sent une petite effluve d’austérité. Ici, les palais portent le jaune ou le vert de la royauté, alors que les maisons des vieux quartiers revêtent le gris de la population ouvrière. Encore aujourd’hui, les rénovations conservent ce gris omniprésent. Et que dire de la présence militaire et policière. À notre première journée, nous avons tenté de nous rapprocher de la Place Tian’Anmen. Un symbole fort pour les revendications populaires, tant en Chine que pour le reste du monde. Après avoir montré nos identifications à plusieurs policiers, nous sommes finalement renvoyés hors de l’espace. C’est que nous n’avons pas pris rendez-vous (encore une fois, nos trop vieilles infos). Parce que c’est certain que c’est plus facile de poursuivre des manifestants si on sait exactement qui était présent, numéros de documents d’identité à l’appui. Ok, pas de trouble, nous allons prendre rendez-vous plus tard pour visiter la Cité interdite (ancien palais royal) ainsi que la fameuse place, pas très loin. Rendus au point de rencontre la matin de notre visite, nous apprenons que finalement, pas de Place Tian’Anmen aujourd’hui. Elle est fermée dû à la présence du président américain. Sérieusement? Bon ok, on part donc visiter la Cité interdite et on échange notre rendez-vous pour la place qui sera dans quelques jours. Finalement, nous nous pointons à notre rendez-vous, avec plusieurs milliers de personnes, pour la descente du drapeau, exécutée par les militaires à tous les jours au coucher du soleil. La sécurité à l’entrée est plus rigoureuse qu’à l’aéroport, et les policiers retirent des sacs armes, briquets, allumettes… et certains items pouvant faire du bruit. Gardiens de la sobriété jusqu’au bout. Je sens qu’on indique au visiteur qu’aucune écartade ne sera tolérée. Nous faisons donc finalement le tour de la place et nous nous installons sous le regard des multiples caméras pour regarder l’événement. C’est tout de même un moment fort, plusieurs ayant un drapeau chinois à la main, une caméra à l’autre pour immortaliser le symbole. Au moment exact où la cérémonie débute, la pluie le fait également. C’est donc dans une mer de parapluie, dans un silence relatif et une grisaille brumeuse, que l’on regarde le drapeau descendre sous les yeux attentifs et émus. Pendant tout ce temps, je ne peux m’empêcher de penser à ce qui est reproché à cette grande nation par la communauté internationale, et à ceux qui se sont levés par patriotisme, mais sont maintenus à l’abris des regards. Définitivement, un pays de contrastes. La pluie continuera pour les prochaines 24 heures.

 

La cité interdite
La cité interdite : ancien complexe royal

Nous avons visité un quartier qui a été revitalisé en conservant les vestiges des industries l’ayant constitué des années auparavant, le parc de Shougang. Et le résultat est vraiment très intéressant. Comme quoi c’est possible de conserver.

La grande muraille de Chine – petite escapade de 36 heures durant notre séjour à Beijing

Il y a de ces endroits, qui laissent sans mot. Ou plutôt, qui nous font répéter les mêmes perpétuellement, de l’ordre du “oh my god que c’est beau” ou le classique “prends une photo, c’est malade”. La poésie reste dans ce qui nous entoure et s’imprime sur nos rétines, plutôt que sur nos langues, comme vous pouvez le constater. La grande muraille est en fait plusieurs murs à divers endroits en Chine et non un long mur traversant le pays. Ils ont été construits pour repousser l’ennemi venant du Nord, et se sont avérés être moins efficaces qu’espérés. Ils ont simplement été contournés, la dynastie des Ming n’aura d’ailleurs pas survécu à une invasion.

Mais si vous voulez vous assurer de goûter à l’expérience qui vous plaira, il faut donc choisir la bonne section. L’une d’entre elles est proche de Beijing et est fortement visitée. Nous n’y sommes pas allés, mais Antoine l’avait déjà vue lors de sa dernière visite. Elle est apparemment rénovée, un peu sous le mode préablement décrit : on fait du vieux neuf en reconstruisant. Nous souhaitions toutefois une expérience plus calme, plus authentique et plus sportive. Nous avons donc choisi un tronçon qui faisait débuter notre randonnée à Jinshanling pour revenir à Gubeikou, où nous passions une nuit. C’est donc environ 18 kilomètres et un nombre incalculable de marches à monter et descendre. On débute par une section qui a été rénovée un peu, mais dont le résultat ne parrait pas outrageux. Après quelques kilomètres, on nous fait dévier dans la forêt durant un petit bout, puisque cette portion de la muraille a été réquisitionnée par l’armée. Puis on remonte sur le mur, dans une portion non rénovée. Certaines sections ne sont donc pas sécurisées, et quelques marches manquent à l’appel. Mais c’est tellement beau. Du début à la fin. Et nous aurons été seuls durant des heures. Seuls sur la muraille de Chine, je ne pensais même pas que c’était possible. Mais cela aura été une opportunité de réfléchir sur la richesses des cultures de la région, et sur leur importance historique indéniable. Des peuples qui auront construit de grandes choses, et cumulé des connaissances en divers domaines, comme en sciences, en construction ou en arts. Avec un grand pouvoir devrait venir un grand sens de responsbilité, comme disaient Oncle Ben et Roosevelt, selon la référence qui vous parle le plus.

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One Reply to “Chine”

  1. Toutes ces photos et vos commentaires m’ont rappelé de très beaux souvenirs. Je ne retournerais pas en Chine pour différentes raisons mais il faut savoir profiter du moment.
    Bonne poursuite
    Paul 🙂🙂

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