Taïwan

Le tour de l’île – 25 avril au 3 mai

Nous avons récidivé. Parce que le vent de liberté qui nous faisait porter nos sacs à dos au travers des gares de train, des stations d’autobus ou des aéroports, ne soufflait apparemment pas suffisamment fort. L’envie de rajouter des contraintes sous la forme de machines est revenue nous titiller. À moto, cette fois-ci, donc chacun sa paire de roues.

Ah mais ces roues permettent de demeurer dans le vent, littérallement. Elles permettent de traverser, de survoler presque les paysages et les villages. Car à moto, tous les sens sont aux aguets. Pour garantir la sécurité du conducteur, l’aspect beaucoup plus terre-à-terre de l’équation, mais aussi parce que nous sommes transportés par tellement à voir et à sentir. L’effervescence des villes, l’odeur d’une industrie ou d’un champ fleuri, le vent frais sur notre visage et la chaleur du soleil sur notre dos… puis nos muscles qui se contractent pour conserver le contrôle sur notre accélération et nos freins, notre cerveau qui évalue constamment qui des sept mobilettes autour est la plus susceptible de nous accrocher.

Et je dirais qu’en plus, il y a un aspect très intime dans ce type de voyage. Des heures, seule dans mon casque, à penser, commenter pour mon unique plaisir, réfléchir. Ces heures m’appartiennent entièrement, puisque je ne communique pas avec Antoine, je ne prends pas de photos, rien. Comme une relation privilégiée avec un pays que l’on découvre kilomètre par kilomètre. Au Québec, nous disposons d’un système de communication pour nos escapades à moto, il nous arrive donc d’attirer l’attention de l’autre sur ce qui se passe autour ou même, de planifier les rénovations à l’agenda des prochains jours. Mais lors de ce périple, nous nous suivons mais nous effectuons un voyage distinct l’un de l’autre, ce qui demeure tout de même intéressant. Si certains motocyclistes disposent de caméras sur leur casque, nous n’avons pas cette possibilité de consigner chaque petite découverte. C’est donc un moment à vivre pleinement, sans l’orienter vers un message, une discussion ou une volonté de transmettre des photos, ou même de se souvenir. Exister dans le moment présent, et en profiter, tout simplement. La moto et la plongée sont deux activités où bizarrement, j’ai cette propension à savourer tout naturellement. Grâce à la contemplation, l’immersion et la réflexion qui viennent s’allier pour me transporter où tout le reste prend le bord, j’imagine. Les craintes et les espérances, le passé et le futur, le temps en lui-même ne semble pas exister. Une paix remplie de stimulations, exemptes de divertissements par tout ce que l’on ajoute habituellement dans nos quotidiens. Pas de musique, pas de nouvelles, pas d’écran. Mais le temps passe, sans trop que je m’en rende compte, malgré tout, et sans que mon sourire béat ne disparaisse sous mon casque.

PXL_20260501_030747527
Côte Est

PXL_20260429_070339525.PANO

IMG_E1342_1

Nous avons débuté notre tour de Taïwan dans le sens anti-horaire. Nous débutons donc par descendre la côte Ouest, qui fait face à la Chine. Elle est densément peuplée, et densément industrialisée. L’orientation est très possiblement choisie dû au terrain le permettant, mais cette oposition de deux entités, d’une culture commune mais de politiques opposées, me semble une image forte. Nous sommes donc majoritairement entourés de villes qui se déroulent devant nous et se succèdent, pour parfois laisser un peu de place à l’agriculture, notamment des rizières et de la pisciculture. Sans oublier les montagnes coupantes qui comblent le centre de l’île et qui sont toujours en vue dans notre horizon. En se rapprochant du Sud, chaque ville a sa culture fruitière de prédilection. Les bananes, puis les pommes de cire (ou jamalac), puis les mangues. Lorsque nous remontons vers le Nord par la côte Est, les villes demeurent grandes, mais la côte rocheuse, avec ses falaises dramatiques, s’impose pour entrecouper le tout et y déposer des pauses de verdure, enrubannées de nuages. À plusieurs endroits, on passe à côté de grands complexes industriels, avec leurs bassins, leurs tours, leurs échelles métalliques précaires et rouillées, qui se croisent et montent vers des silos ou des pièces qui tiennent sur des piloris à une hauteur presque ridicule. On dirait un décor d’un jeu vidéo dont on n’aurait pas limité la créativité des concepteurs. Cétait réellement fascinant à voir.

Après avoir laissé nos montures à l’entrée de la ville, nous revenons légers vers le centre de la ville de Taïpei, pour en profiter pour les prochaines 36 heures avant notre départ.

PXL_20260502_100358998
Mémorial à Tchang Kaï-Chek, ancien président et figure importante dans l’histoire de Taïwan et de la Chine

J’ai tout aimé de Taïwan, tout. Les gens, les villes, les campagnes, la nourriture, tout. Y compris sa savoureuse et aisée alliance entre traditions et fierté identitaire avec une ouverture sans conteste vers le monde dans lequel elle évolue.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *