Taïwan

Le tour de l’île – 25 avril au 3 mai

Nous avons récidivé. Parce que le vent de liberté qui nous faisait porter nos sacs à dos au travers des gares de train, des stations d’autobus ou des aéroports, ne soufflait apparemment pas suffisamment fort. L’envie de rajouter des contraintes sous la forme de machines est revenue nous titiller. À moto, cette fois-ci, donc chacun sa paire de roues.

Ah mais ces roues permettent de demeurer dans le vent, littérallement. Elles permettent de traverser, de survoler presque les paysages et les villages. Car à moto, tous les sens sont aux aguets. Pour garantir la sécurité du conducteur, l’aspect beaucoup plus terre-à-terre de l’équation, mais aussi parce que nous sommes transportés par tellement à voir et à sentir. L’effervescence des villes, l’odeur d’une industrie ou d’un champ fleuri, le vent frais sur notre visage et la chaleur du soleil sur notre dos… puis nos muscles qui se contractent pour conserver le contrôle sur notre accélération et nos freins, notre cerveau qui évalue constamment qui des sept mobilettes autour est la plus susceptible de nous accrocher.

Et je dirais qu’en plus, il y a un aspect très intime dans ce type de voyage. Des heures, seule dans mon casque, à penser, commenter pour mon unique plaisir, réfléchir. Ces heures m’appartiennent entièrement, puisque je ne communique pas avec Antoine, je ne prends pas de photos, rien. Comme une relation privilégiée avec un pays que l’on découvre kilomètre par kilomètre. Au Québec, nous disposons d’un système de communication pour nos escapades à moto, il nous arrive donc d’attirer l’attention de l’autre sur ce qui se passe autour ou même, de planifier les rénovations à l’agenda des prochains jours. Mais lors de ce périple, nous nous suivons mais nous effectuons un voyage distinct l’un de l’autre, ce qui demeure tout de même intéressant. Si certains motocyclistes disposent de caméras sur leur casque, nous n’avons pas cette possibilité de consigner chaque petite découverte. C’est donc un moment à vivre pleinement, sans l’orienter vers un message, une discussion ou une volonté de transmettre des photos, ou même de se souvenir. Exister dans le moment présent, et en profiter, tout simplement. La moto et la plongée sont deux activités où bizarrement, j’ai cette propension à savourer tout naturellement. Grâce à la contemplation, l’immersion et la réflexion qui viennent s’allier pour me transporter où tout le reste prend le bord, j’imagine. Les craintes et les espérances, le passé et le futur, le temps en lui-même ne semble pas exister. Une paix remplie de stimulations, exemptes de divertissements par tout ce que l’on ajoute habituellement dans nos quotidiens. Pas de musique, pas de nouvelles, pas d’écran. Mais le temps passe, sans trop que je m’en rende compte, malgré tout, et sans que mon sourire béat ne disparaisse sous mon casque.

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Côte Est

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Nous avons débuté notre tour de Taïwan dans le sens anti-horaire. Nous débutons donc par descendre la côte Ouest, qui fait face à la Chine. Elle est densément peuplée, et densément industrialisée. L’orientation est très possiblement choisie dû au terrain le permettant, mais cette oposition de deux entités, d’une culture commune mais de politiques opposées, me semble une image forte. Nous sommes donc majoritairement entourés de villes qui se déroulent devant nous et se succèdent, pour parfois laisser un peu de place à l’agriculture, notamment des rizières et de la pisciculture. Sans oublier les montagnes coupantes qui comblent le centre de l’île et qui sont toujours en vue dans notre horizon. En se rapprochant du Sud, chaque ville a sa culture fruitière de prédilection. Les bananes, puis les pommes de cire (ou jamalac), puis les mangues. Lorsque nous remontons vers le Nord par la côte Est, les villes demeurent grandes, mais la côte rocheuse, avec ses falaises dramatiques, s’impose pour entrecouper le tout et y déposer des pauses de verdure, enrubannées de nuages. À plusieurs endroits, on passe à côté de grands complexes industriels, avec leurs bassins, leurs tours, leurs échelles métalliques précaires et rouillées, qui se croisent et montent vers des silos ou des pièces qui tiennent sur des piloris à une hauteur presque ridicule. On dirait un décor d’un jeu vidéo dont on n’aurait pas limité la créativité des concepteurs. Cétait réellement fascinant à voir.

Après avoir laissé nos montures à l’entrée de la ville, nous revenons légers vers le centre de la ville de Taïpei, pour en profiter pour les prochaines 36 heures avant notre départ.

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Mémorial à Tchang Kaï-Chek, ancien président et figure importante dans l’histoire de Taïwan et de la Chine

J’ai tout aimé de Taïwan, tout. Les gens, les villes, les campagnes, la nourriture, tout. Y compris sa savoureuse et aisée alliance entre traditions et fierté identitaire avec une ouverture sans conteste vers le monde dans lequel elle évolue.

Can you cross the Americas with a two wheel drive vehicle ?

Most overlanders travel through the Americas in big 4WDs or campers; we did it in a 2005 Pontiac Vibe, a perfectly normal car, and without limiting ourselves in any way. Roads in South and Central America are generally in acceptable condition across most countries (we didn’t go to Brazil, however).

Prêts au départ

First off, traveling in a “normal” car has several advantages:

  1. cheap to buy;
  2. low fuel consumption;
  3. easy and inexpensive to repair;
  4. doesn’t attract attention (we had zero trouble with police or locals throughout the entire trip);
  5. easier to sell once you reach your destination (if you’re doing a one-way trip);
  6. cheaper to ship across the Darien Gap (see Passing a vehicle from Panama to Colombia or the opposite (across the Darien gap));
  7. lighter, so easier to extract if you get stuck.

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Getting there does take some preparation. Here are a few tips to be ready for most situations:

  1. Pick a reliable, common brand — meaning Japanese or Korean. Our Pontiac Vibe was actually a rebadged Toyota Matrix and shared most of its parts with the Toyota Corolla, an extremely robust and popular vehicle throughout the Americas.
    1. Avoid Subarus, as they’re rare in South America (except in Chile). Their AWD might seem appealing, but if you break down, good luck finding parts.
  2. Don’t pick a vehicle that’s too recent. Very modern cars are mechanically and electronically complex, parts are harder to source, and they require expertise you won’t find in a small village in the Andes.
  3. Make sure you have decent ground clearance — roads are often rough. Mid-trip, we had our car lifted by an inch (2.5 cm), a fairly cheap operation that local mechanics are used to. After that, we cleared everything without scraping.
  4. Bring a real spare tire, not just a puncture repair kit like modern vehicles often come with. Tires can literally blow out. A patch is useless if your tire is split open.
  5. It gets hot — A/C is a must.
  6. Fit winter or all-terrain tires. We did the trip on summer tires, but better grip in dirt and mud would have spared us several scares and one off-road excursion.
  7. Pack the following gear:
    1. a tow strap in case you get stuck;
    2. a shovel;
    3. traction boards;
    4. a fire extinguisher and a warning triangle;
    5. some wire to tie up your exhaust if it breaks loose (North American cars are rusty…).
  8. It’s always a good idea to carry an extra jerry can of gas. Stations are frequent, but they can run dry (especially in Bolivia).
  9. If you leave gear strapped to the outside of the car, secure it with zip ties to make theft less convenient.
  10. If your car only has a rear license plate (as is the case in Quebec and a few US states), make a laminated copy of the plate and mount it on the rear (moving the original to the front, so agents see it first when passing checkpoints). Police pulled us over countless times because we had no front plate. It never ended in a bribe, but the fewer reasons they have to stop you, the better.
  11. Automatic or manual? My preference is manual: more robust, more reliable, and better control in poor road conditions. Either way, you can fake a kind of traction control by working the throttle and brake at the same time to lock up the differential if a wheel spins.
  12. Swap your headlight bulbs for high-output LEDs. When you’re driving at night, it helps spot the guanacos standing in the middle of the road.
  13. Pick a vehicle roomy enough to sleep in if needed. In the mountains and in Patagonia, weather conditions can be harsh.

Finally, 2WD or 4WD, ask locals about road conditions. If you see small cars heading the same way you are, it’s usually a good sign. The iOverlander app is also a huge help — get a subscription and contribute your own impressions on campsites and roads.

Happy adventuring!

Entre Chimbote et Caraz

Est-ce qu’on peut traverser les Amériques avec un véhicules deux roues motrices?

La plupart des overlanders voyagent dans les Amériques avec de gros 4×4 ou des campeurs ; on l’a fait avec une Pontiac Vibe 2005, une voiture tout à fait normale, et ce sans nous limiter. Les routes en Amérique du Sud et centrale sont généralement dans un état acceptable, et ce dans la plupart des pays (nous ne sommes pas allés au Brésil par contre).

Prêts au départ

Tout d’abord, voyager avec une voiture « normale » confère plusieurs avantages :

  1. peu chère à l’achat ;
  2. consomme peu d’essence ;
  3. facile et économique à réparer ;
  4. n’attire pas l’attention (nous n’avons eu aucune embrouille avec la police ou les locaux de toute notre traversée) ;
  5. plus facile à revendre une fois rendu à destination (si vous faites un aller simple) ;
  6. traversée du Darien moins coûteuse (voir Passer un véhicule du Panama vers la Colombie ou vice-versa (au travers du Darien)) ;
  7. plus légère, donc plus facile à sortir du pétrin si vous vous enlisez.

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Y arriver demande un peu de préparation quand même. Voici quelques conseils pour être paré à la plupart des situations :

  1. Choisissez une marque fiable et commune, donc une japonaise ou une coréenne. Notre Pontiac Vibe était en fait une Toyota Matrix rebadgée et partageait la majorité de ses pièces avec la Toyota Corolla, un véhicule extrêmement robuste et populaire partout dans les Amériques.
    1. Évitez les Subaru, car elles sont très rares en Amérique du Sud (sauf au Chili). Leur traction intégrale peut sembler intéressante, mais si vous tombez en panne, bonne chance pour les réparer.
  2. Choisissez un véhicule pas trop récent. Les voitures très modernes sont mécaniquement et électroniquement compliquées, les pièces sont plus difficiles à trouver et elles demandent une certaine expertise pour les réparer, expertise que vous ne trouverez pas dans un petit village des Andes.
  3. Ayez une bonne garde au sol, car les routes sont souvent cahoteuses. En cours de route, nous avons fait lever notre véhicule de 2,5 cm, une opération somme toute peu coûteuse et à laquelle les mécaniciens locaux sont habitués. On passait partout sans frotter par la suite.
  4. Ayez une vraie roue de secours et pas juste un kit pour réparer les crevaisons, comme c’est fréquemment le cas de série sur les véhicules modernes. Les pneus peuvent littéralement exploser. Une rustine ne vous sera d’aucune utilité si votre roue est carrément fendue.
  5. Il fait chaud : la climatisation est un must.
  6. Installez des pneus d’hiver ou tout-terrain. Nous avons fait le trajet avec des pneus d’été, mais une meilleure adhérence dans la terre et la boue nous aurait évité plusieurs frousses et une sortie de route.
  7. Partez avec les équipements suivants :
    1. un câble pour vous faire tracter si vous vous enlisez ;
    2. une pelle ;
    3. des traction aids (plaques de désensablage) ;
    4. un extincteur et un triangle de sécurité ;
    5. du fil de fer pour attacher votre échappement s’il se casse (les voitures nord-américaines sont rouillées…).
  8. C’est toujours une bonne idée d’avoir un bidon d’essence supplémentaire. Les stations-service sont fréquentes, mais elles peuvent parfois être à sec (surtout en Bolivie).
  9. Si vous laissez des équipements attachés à l’extérieur, sécurisez-les avec des attaches rapides (tie wraps) pour diminuer les chances qu’on vous les vole.
  10. Si votre voiture n’a des plaques d’immatriculation qu’à l’arrière (comme c’est le cas au Québec et dans quelques États américains), faites une copie plastifiée de votre plaque et installez-la en arrière (en déplaçant l’authentique à l’avant, pour qu’au passage des contrôles les agents puissent la voir en premier). La police nous a arrêtés un nombre incalculable de fois parce que nous n’avions pas de plaque avant. Ça ne s’est jamais terminé en pot-de-vin, mais moins ils ont de raisons de vous contrôler, mieux c’est.
  11. Automatique ou manuelle ? Ma préférence va vers la manuelle : plus robuste, plus fiable et meilleur contrôle en mauvaises conditions routières. Dans les deux cas, il est possible d’émuler une sorte de contrôle de traction en jouant de l’accélérateur et du frein simultanément, afin de bloquer le différentiel si une roue patine.
  12. Changez vos ampoules de phares pour des LED haute puissance. Lorsqu’on roule de nuit, ça aide à voir les guanacos en plein milieu du chemin.
  13. Prenez un véhicule assez spacieux pour pouvoir y dormir au besoin. En montagne et en Patagonie, les conditions climatiques peuvent être rudes.

Finalement, 2×4 ou 4×4, renseignez-vous auprès des locaux sur les conditions routières. Si vous voyez de petites voitures circuler dans la direction où vous allez, c’est généralement bon signe. L’application iOverlander est aussi d’une grande aide. Prenez un abonnement et contribuez vos impressions sur les sites de camping et les routes.

Bonne aventure !

Entre Chimbote et Caraz
Elle nous aura amené partout !

Uruguay et Paraguay

(Note : ce texte a été écrit principalement lorsque nous étions encore en Amérique… d’où le temps de verbe au présent)

Comme j’ai commencé à aborder dans ma dernière communication, nous sommes sur nos derniers milles de roadtrip, littéralement, au coeur de l’Amérique. C’est par ailleurs ironique de faire le continent au complet, à un moment où sa place dans le monde, sa constitution politique et son unité (ou absence de) est un sujet suffisamment brûlant pour se retrouver jusqu’au Super Bowl… M’enfin… nous avons affiché notre voiture, à donner par ailleurs, et nous conversons avec plein de gens pour transmettre des informations, répondre aux questions, évualuer les possibilités. C’est que le transfert de propriété de véhicule dépend de tellement de facteurs, comme la nationalité du vendeur, celle de l’acheteur… et celle du véhicule. Et puis, le pays de transaction, les intentions de l’acheteur, la durée du voyage, les destinations… la météo et la couleur des murs de la pièce dans laquelle on signe a sûrement un impact aussi, c’est dire à quel point c’est complexe.

Parallèlement à cette paperasserie, nous planifions nos dernières destinations: Uruguay et Paraguay, parce que pourquoi pas, une fois dans la région. Et tant qu’à faire, peut-être un bout de Brésil, vu que certains acheteurs y seront? Ok. Rajoutons à la paperasserie, demandons un visa pour Audrey. Parce qu’Antoine peut utiliser sa nationalité française et, du coup, entrer sans visa.

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Notre route des derniers jours, incluant nos derniers arrêts en Argentine

15 au 18 février – Montevideo, Uruguay

Nous quittons donc l’Argentine après notre traversée de cette dernière pour entrer en Uruguay. Notre objectif est surtout la capitale, puisqu’elle est relativement proche et que nous aimons bien les grandes villes. Nous aurions pu aller sur la côte, dans certaines régions balnéaires, ce qui nous aura été vivement recommandé, mais nous avons fait à notre tête..! Rendus dans la capitale, c’était tout de même cocasse et nous avons pu mesurer le poids des raisons pour lesquelles on nous recommandait la côte. En fait, c’est une semaine de carnaval et de congé d’été, alors pas mal tout le monde a quitté le milieu urbain pour les plages. Beaucoup de boutiques et de restos sont fermés. Mais ceux qui sont restés vont à la plage qui borde la ville, pour se faire griller, courrir ou pêcher. C’est donc une ambiance ralentie. Dans tous les cas, on boit un maté, cette motte de feuilles tassée dans une petite tasse faite d’une calebasse, un fruit dont l’écorce séchée ressemble à une petite gourde. Cette motte qui emplit la calebasse est régulièrement arrosée d’un peu d’eau chaude, que l’on boit à coup de quelques gorgées, nécessitant donc de trimballer un thermos d’eau chaude. Si le café est un incontournable chez nous, avec nos petites terrasses et petits cafés, je sens que l’on n’atteint pas le niveau de révérence que l’on porte ici au Maté. En Uruguay et en Argentine, il est intégré à toute activité, dans des contextes que deux petits Québécois peuvent trouver cocasses. TOUT LE MONDE se promène avec leur tasse et leur thermos. Même pas dans le sac à dos qu’ils portent, ne-non, le thermos sous le bras ou dans un petit sac de cuir en bandouillère spécialement conçu à cet effet. Parfois en courant, parfois en trekkant (pour vrai), en travaillant au resto, à la station service, arrêtés sur le bord de l’autouroute, partout. Cela dit, sa consommation est une tradition devenue sociale, également, rapprochant les gens dans un cercle de chaises de camping : le bonheur de passer du temps en famille ou entre amis est simple. C’est donc parmi tous ces gens en mode vacances, que nous avançons en Uruguay. La ville n’est pas déplaisante, et on ne peut qu’imaginer qu’elle est d’autant plus dynamique lorsque les gens l’habitent et la font vivre.

Montevideo

Montevideo

18 février – sur la route

El gatito y la aranaJ’avais remarqué, durant notre route en campagne, que la chaussée était très régulièrement traversée par des bestioles surprenantes. J’ai l’habitude de voir un écureuil, un oiseau, un chat, un chevreuil… et depuis quelques mois, un guanaco, un ému ou un renard. Qu’ajoute-t-on maintenant? Des mygales. ce que les anglophones surnomment des “tarentulas” et que l’on appelle à tort des tarentules. Appelez ça comme vous voulez, c’est une araignée de la grosseur d’un bébé chat. T’sais, quand tu peux l’apercevoir marcher de ton poste de conducteur d’une voiture qui va à 110 km/h? Brrrrrr…… Le truc, c’est que depuis quelques jours, depuis ma prise de conscience de la présence de ces trucs dans l’environnement, je redoute juste un petit peu le camping qui, je sais, est planifié en soirée le 18 février, pour couper notre route vers le Paraguay. Lorsque nous nous sommes arrêtés dans un “camping” (attention, ici un camping peut vouloir dire “emplacement à BBQ familial”), le propriétaire de l’endroit nous invite chaleureusement à poser notre tente où l’on veut bien sur son terrain, nous montre ses toilettes, lavabo, grill. Pendant que l’on discute, une mygale s’approche et se retrouve dans un jeu qu’elle ne souhaitait certainement pas : le chien et les deux chats de la place se mettent à l’asticoter à coup de petites pattes et de museau. Oh boy. Déjà que toutes les sauterelles, coquerelles et autres insectes qui me sautaient sur les mollets depuis notre arrivée m’invitaient gentilement à me gérer (lire ici “testaient ma capacité à ne pas décompenser pour conserver l’apparence d’une personne en contrôle de ses émotions”), la mygale m’a donné un petit coup additionnel…! Je m’imaginais me réveiller la nuit, le filet de la tente couvert de mygales, comme si Aragog et sa gang me prenaient d’assaut. Mais bon, j’ai finalement quitté le monde fantastique d’Harry Potter et repris une pente positive : parce que si tous les insectes sont plus gros ici, les crapeaux aussi! Et ça, j’adore, alors d’en voir un de la grosseur d’un chiot golden retriever m’a redonné le sourire. Surtout qu’à sa grosseur, il devait en manger des gros insectes. Ce fut donc notre dernière nuit de camping dans tout ce voyage, que nous avons passée au chaud (faisait quand même 42 degrés durant le jour…),… Antoine a eu un petit regain de nostalgie, nous sommes repartis une pe-peine au coeur.

18 au 23 février – Asunción, Paraguay

Un peu tout ce que nous lisions sur le Paraguay, et tout ce que nous transmettaient ceux à qui nous parlions, se résumait à un même fil conducteur: c’est un peu plate, y’a rien à voir, pourquoi vous allez là. Laissez-moi être en désaccord. Déjà à notre première soirée, j’aimais bien la ville (qui est collée à la frontière). Plusieurs belles maisons avec une architecture inspirante, une ambiance relaxe… plusieurs hôtels offrent une piscine afin de faire face aux grandes chaleurs, et l’offre de restos et bars est intéressante et diversifiée. Il demeure que je n’en aurais pas nécessairement fait une destination unique pour un voyage en partant de Montréal, mais j’ai été agréablement surprise (et satisfaite) d’y passer.

Un de mes coups de coeur de la ville fut la visite du cimetière. Ces derniers sont souvent des attraits touristiques dans de nombreux pays et grandes villes, Asunción ne fait pas exception. On y pénètre avec calme et réserve, pour prendre conscience que certains font l’inverse. Car si au premier oeil les petites et grandes dernières demeures se dressent bien rangées les unes au côté des autres, certains passages nous amènent là où le temps et les pilleurs ont laissé leur trace. Plusieurs caveaux sont défoncés, sinon la majorité, montrant au regard du passant les cercueils renversés, et parfois la personne qui y avait été déposée respectueusement par sa famille des décennies et même siècle auparavant. Et cette malheureuse action semble ne pas avoir été unique, ou rare, vu la proportion des chappelles funéraires et caveaux que nous avons retrouvés dans le même état. Nous avons tout de même été surpris, puisqu’à chaque endroit où nous posons les pieds, peu de caractéristiques ont un impact sur le respect qui est naturellement décerné aux lieux de sépultures. Pas la religion, ni la culture, ni le niveau de vie : la mort demeure un sacré partagé collectivement par l’Humanité. En même temps, je suis tout à fait consciente de la naïveté dans laquelle baigne cette dernière affirmation, l’Humanité ayant tout autant prouvé son inhumanité à de trop nombreuses reprises face à la mort, d’autrui bien entendu. Nous avons tenté de trouver des hypothèses qui pourraient avoir mené des gens à agir ainsi, et en sommes arrivés à la conclusion que la recherche de bijous et de dents en or était la plus plausible.

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Car si le pays est considéré actuellement comme l’une des économies les plus stables de l’Amérique latine, elle ne l’a pas toujours été. Elle est par ailleurs passée par des années de libéralisation financière mal supervisée, ayant mené à des crises bancaires rapprochées. Au cours des deux dernières décennies, des réformes importantes auraient été menées, explicant la situation de stabilité actuelle. L’ambiance dans la capitale en est le reflet : les grandes marques et grandes chaînes sont bien présentes, et l’on ne se cache pas pour inviter les grandes richesses des pays voisins à investir. Par un petit condo luxueux ici,  et une offre de grands restaurants là, et hop, on attire.

Finalement, après nous être promené un peu dans la ville, avoir bien mangé et avoir finalisé notre paperasserie, l’envie de s’en aller s’est faite plus présente, et l’appel de la maison du même coup. Comme nous avons trouvé une solution rapidement pour la voiture, nous avons donc décidé de conserver mon visa Brésilien pour une autre occasion, nous disposons quand même de 5 ans pour l’utiliser. Alors en moins de quelques heures, plus de voiture, décision prise, bagages faits, billets de retour achetés. Même notre famille l’a appris un peu sur le tard, occasionnant parfois des “hein, vous revenez dans quelques heures??”. Alors oui, une petite pause pour préparer la suite!

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Nos derniers moments avec notre belle Vibe

Bilan première phase

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Au moment où j’écris ces lignes, nous voilà repartis pour l’Asie, deuxième phase de notre voyage.

Même si notre escale au Québec n’aura duré que trois semaines, j’ai l’impression qu’une éternité s’est écoulée depuis notre retour d’Amérique du Sud. Le phénomène est-il attribuable à ce dépaysement que l’on ressent après avoir quitté son quotidien depuis si longtemps? C’est probable. Lorsqu’on est en mode découverte, le cerveau redevient sensible à tout ce qui l’entoure et l’on devient bien plus conscient de tous ces petits détails normalement ignorés. Loin de la routine, le temps retrouve sa pleine ampleur et s’en voit même dilaté, car c’est la mémoire qui nous donne la mesure des jours qui passent.

Entre Montréal et Ushuaïa, il s’en est formé des souvenirs; assez d’ailleurs pour me donner l’impression d’être parti depuis des années. Tant de pays visités (certains plus que d’autres), tant de rencontres, tant de paysages… Les Amériques sont immenses et diverses. On en prend mal la mesure en regardant nos cartes.

À ce sentiment de voyage se sera superposé l’aventure et le défi, car se rendre à l’extrémité sud de notre continent en 7 mois en aura été tout un. En rétrospective, c’était ambitieux, mais nous y sommes arrivés quand même. Avec plus de temps, nous nous serions certainement arrêtés davantage, mais compte tenu du temps imparti, il fallait avancer. Plus qu’en mode visite, nous étions en mode road trip.

En ce qui me concerne, le travail aura ajouté un niveau de difficulté supplémentaire. Initialement, je m’étais donné comme objectif trois heures par jour. La promesse aura été tenue, mais au prix de nombreuses frictions et de beaucoup de stress. Devoir constamment passer du mode besogne au mode voyage, entrecoupé de réunions, est quelque chose d’éreintant. Travailler des heures durant dans un véhicule en mouvement, même sans mal des transports, fatigue bien plus qu’être confortablement assis à son bureau chez soi. J’aurais volontiers fait l’économie de toutes ces contraintes, mais je n’avais pas le choix.

Une chance d’ailleurs qu’Audrey a pris la relève du journal de voyage. Fidèle à son poste, elle vous en aura fait un récit riche en aventures et en émotions, avec une plume radicalement différente de la mienne.

La page de la première phase du voyage maintenant en train de se tourner (il manque quand même une publication), nous voilà donc dans les airs, en route pour l’Asie. Bien franchement, nous avions tous deux très hâte à cette partie. L’Amérique du Sud est intéressante, certes, mais elle n’a pas la profondeur et la richesse de l’Asie. Elle n’a pas non plus son attrait gastronomique. Certains se demanderont alors pourquoi nous n’y sommes pas allés une année entière. Pour la simple raison que toute la planète vaut la peine d’être explorée et que l’Amérique, c’est notre continent. Il faut donc le comprendre et le vivre; le voyage est une bonne manière d’y arriver.

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Dernières chroniques automobiles

En fait d’aventures mécaniques, il ne s’est pas passé grand-chose. Notre seule crevaison du voyage est arrivée au Chili (contre 12 lors de notre périple vers l’Asie Centrale).

Pas non plus d’embûches majeures. Nous sommes restés coincés dans le sable environ deux heures près de la frontière entre le Chili et la Bolivie, parce que nous avions tenté d’emprunter un petit chemin vers un cratère volcanique. Ayant mal évalué la surface de la route, la voiture est restée prise. Par chance, nous avons trouvé non loin des planches suffisamment solides pour supporter le véhicule et, méthodiquement, quelques dizaines de centimètres à la fois, nous avons pu manœuvrer hors de cette fâcheuse situation. Après l’incident, j’ai demandé à mes parents de m’apporter des aides de traction et j’ai acheté une pelle — qu’on s’est fait voler quelques semaines plus tard.

 

Un autre tronçon de route nous aura donné du fil à retordre : los 73 malditos entre El Chaltén et Bariloche sur la Ruta 40. Pavée sur toute sa longueur en théorie, ces 73 kilomètres sont toujours en terre battue en raison de conflits avec les estancias avoisinantes. Sans la pluie tombée la veille, nous n’aurions pas eu de problèmes, mais lors de notre passage, la chaussée s’était transformée en un mélange de terre glaiseuse — le genre qui colle à tout et réduit quasiment à néant toute traction. Nous avions si peu d’adhérence que dans les dix premiers kilomètres nous avons fait une sortie de route, heureusement sans dégâts. Je n’ai pas la prétention d’être un conducteur hors pair, mais je dois admettre que tant d’hivers passés à conduire dans les tempêtes québécoises m’ont donné une bonne dose d’expérience sur chaussée glissante. Il aura fallu trois heures d’habile jeu d’embrayage, de patinage contrôlé et une bonne dose d’adrénaline pour retrouver le pavage. À plusieurs reprises nous sommes passés à deux doigts de rester coincés, mais nous étions prêts à cette éventualité : j’avais un câble de remorquage et assez de vivres pour tenir quelques jours si nécessaire. Aurions-nous dû rebrousser chemin? Tous les conducteurs croisés — en 4×4 — nous avaient déconseillé de nous engager, mais le détour nous aurait rallongé de trois jours. Il fallait donc prendre le risque.

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Sortie de route

Au final, notre pari d’effectuer Montréal–Ushuaïa en simple véhicule à deux roues motrices aura été un succès. Ayant trouvé peu d’informations sur le web avant notre départ, je compte consigner mes impressions dans une publication séparée, en espérant qu’elle sera utile à de futurs aventuriers.

Se débarrasser de notre véhicule en fin de périple aura demandé quelques efforts, car importer un véhicule dans un pays d’Amérique du Sud est à toutes fins pratiques impossible. Il ne nous restait que l’option de le donner à un étranger, ce que nous avons pu faire au Paraguay. Notre fidèle Pontiac Vibe continuera donc ses aventures avec son nouveau propriétaire : un Québécois rencontré par hasard sur une terrasse d’Asunción. En espérant qu’elle lui rende de bons et loyaux services!