Nous sommes descendus de notre cher navire au matin du 24 janvier, non sans apaisement de revoir la terre ferme et de quitter les eaux troubles, mais tout de même avec une légère pe-peine au coeur. La suite devait promettre d’être à la hauteur, question de dissiper notre petite brume de nostalgie. Et afin de nous en assurer, nous avons de suite dirigé notre vaillant véhicule vers le Chili, pour le parc de Torres del Paine. J’avais hâte de donner une orientation sportive à notre voyage, ce que les prochaines destinations allaient nous permettre.
Sur la route
Torres del Paine – 25 au 29 janvier
Nous avons mis 2 jours de route à nous rendre à ce parc. Son plus grand attrait est sans conteste la randonnée, dont notamment la mythique W : un itinéraire d’environ 75km que les gens font sur 4 ou 5 jours, en trimballant leur sac à dos de refuge en refuge. Au menu, glacier, montagnes, vent, eaux turquoises, tout s’y trouve. Par contre, ce trek est très prisé et il doit être réservé des semaines voire des mois à l’avance. Toutefois, nous avions la possibilité de camper de l’autre côté du lac et de s’y rendre à la journée en petit bateau, ce que nous avons fait. Nous avons donc fait 3 jours de randonnée, en priorisant les plus belles sections et en en couvrant la grande majorité. Vu que notre façon de faire occasionnait quelques fois de revenir sur nos pas, nous avons justement fait un 75 km de marche sur trois jours. On s’est donné une bonne claque, comme on dit. Mais la qualité du sommeil qui vient avec cela!
Nos diverses randonnées se trouvent de l’autre côté de ce lac, de part et d’autre des montagnes, au centre et derrière… un vrai terrain de jeu pour trekkeurs.De notre camping
Notre première journée nous a donc amené vers la base des fameuses tours (torres) donnant leur nom au parc. Probablement la section la plus marchée, parce que la plus caractéristique de l’endroit. Et la plus accessible en autobus ou voiture. Nous avons été très chanceux avec la météo : pas de pluie ni de vent, malgré que la Patagonie soit reconnue pour être complètement imprévisible et servir régulièrement un cocktail météo diversifié.
Lors de notre deuxième journée, nous nous dirigions vers le lac Grey et son glacier, tout autant nommé Grey. Cette coquette petite randonnée, magnifique, nous aura fait vivre le vif vent de Patagonie. Celui qui vous fait assurément perdre casquettes et chapeaux s’ils ne sont pas attachés, et qui vous fait potentiellement arrêter votre avancée par moment afin de vous permettre de vous concentrer sur votre équilibre et vous assurer de ne pas tomber.
Notre troisième journée nous aura amenés au centre des montagnes, entre la randonnée du glacier et celle des torres, vers le mirador frances. Il aurait été possible d’aller un peu plus loin jusqu’au mirador britannico, mais notre obligation de revenir pour le dernier bateau de la journée nous emêchait d’ajouter un 6km à notre journée déjà bien garnie.
Mirador Frances
Au final, j’ai adoré ce parc, et j’y retournerait sans hésitation. Les itinéraires sont exigeants mais satisfaisants, et la constante proximité avec de grands complexes rocheux donne un aspect impressionnant à l’endroit.
El Calafate – 29 au 2 février
El Calafate, la ville, propose une ambiance très intéressante pour des campeurs en recherche d’une petite pause. Petits hôtels, restos et pubs, où flâner est certainement permis. Nous y sommes restés deux nuits, question de refaire le plein de vêtements propres, de nourriture et de petites soirées relaxes. Son attrait principal est le glacier Perito Moreno à 1h de là. Le glacier en lui-même a une superficie d’environ 250 km², ce que l’on visite est plutôt l’une de ses coulées. C’est bizarrement très cocasse de traîner sur les passerelles qui nous permettent de le regarder sous tous les angles. On l’entend craquer, souffler, bouger. Et une fois de temps en temps, un morceau se décroche et va flotter un peu plus loin, occasionnant des “ooohhhh” et des “aaahhhhh” parmis les visiteurs. L’eau est d’un bleu laiteux qui donne envie de s’en servir un verre.
Après cet attrait, nous nous sommes éloignés un peu pour aller chercher un peu plus de calme, tout en restant dans le même parc national Los Glaciares, pour camper et marcher un peu.
El Chaltén – 2 février à … ?
Nous sommes actuellement à El Chaltén, véritable centre prisé pour les sports de plein air. Le village en lui-même compte environ 3000 habitants actuellement, alors qu’ils étaient estimés à environ 1800 en 2022 et… quelques centaines seulement en 2001. Parsemés sur ses quelques rues, on y trouvent facilement 6-7 campings, de nombreuses cabanas, et beaucoup de randonnées partant directement d’ici. Le plein air est donc réellement la raison d’être de l’endroit, attirants autant les randonneurs que les escaladeurs. Nous analysons quelles sont nos visées ici, donc à suivre!
Et voilà, c’est fait. Notre objectif était de faire voyager notre petit véhicule et nos deux grandes personnes de Montréal à Ushuaïa, la ville la plus au Sud du monde. Et nous avons réussi. Pas que nous en doutions, mais bon, nous partions avec un véhicule de 2005 et près de 200 000 kilomètres au compteur, le risque de ne pas se rendre n’était donc pas simplement théorique.
La côte argentine – 3 au 8 janvier
La distance entre Buenos Aires et Ushuaïa est… d’un peu plus de 3000 kilomètres…! Et laissez-moi vous dire que de la pampa, y’en a. C’est donc très désertique, où le paysage se déroule continuellement sous les mêmes couleurs, parsemé d’émeus et de guanacos en quantité niveau “écureuils au Québec”. Le moment est presque méditatif, jusqu’à ce que tranquillement le sable et les courts bosquets secs soient remplacés par les arbres verts et les montagnes tressées de petits ruisseaux.
Quelques animaux marins se dorent sous le soleil et un puissant 40 degrés
Pinguinos
Toujours de beaux spots
Éviter le vent côtier
Peu stressé
Ushuaïa et le parc national de la Tierra del Fuego – 8 au 15 janvier
Nous nous trouvons, encore au moment où j’envoie ces lignes, dans l’archipel de la Tierra del fuego, la Terre de feu, que ses habitants semblent aimer avec une forte fierté. Les Fueguinos vivent d’air pur et de fleurs le temps de quelques semaines estivales, sinon ils s’abreuvent de vent, de pluie et de neige, dans ce que tous ces éléments peuvent créer de plus beau. Depuis notre arrivée, nous en profitons donc pour randonner dans les bois et sur la côte, et pour camper sous la protection des montagnes et le regard des divers animaux. Nous côtoyons des endroits mythiques, comme le détroit de Magellan ou le Canal Beagle. Et comme le laisse présager le surnom de la ville d’Ushuaïa, “La fin del Mundo”, il est vrai qu’elle suscite ce sentiment d’aventure, d’avoir abouti, d’avoir complété une traversée. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aussi l’objectif de nombre de voyageurs sur roues, allant des cyclistes aux grands VR, en passant par les motocyclistes.
Photo classique… on ne peut faire autrement!
Une autre frontière, que nous n’avions pas prévue..!
Le camping dans le parc national de la terre de feu est magique, magnifique: les chevaux sauvages se promènent librement, la matin peu apporter des sommets fraichement enneigés, et le bruit de la rivière nous aura accompagné comme une douce berceuse.
Prochaine étape
Alors, que fait-on lorsque l’on atteint un objectif? On célèbre, certes, mais est-ce que l’on se perd dans une mer de désoeuvrement? Nous avons trouvé une solution rusée afin d’éviter cette triste transition….! Nous avons donc modifié ce que l’on interprétait comme “se rendre le plus au Sud possible”. Pour ce faire, nous devons toutefois laisser notre fidèle voiture derrière afin d’embarquer sur un navire qui prendra la relève. Car celui-ci devra nous faire voyager par delà le détroit de Drake (ou passage de Drake). Ce dernier, d’une longueur d’environ 1000 kilomètres, est la plus courte distance qui peut relier la terre ferme et… l’Antarctique!
Si le passage de Drake est le plus court, il est aussi fameusement reconnu pour son agitation, causée notamment par la rencontre entre les océans Pacifique et Atlantique, combinée à la baisse des températures vers l’océan Austral. Le courant circumpolaire antarctique vient ajouter sa puissance à la recette, avec ses 150 millions de mètres cubes par seconde, faisant de lui le courant marin au plus grand volume au monde. Et n’oublions pas les vents d’Ouest : on dit que les vent en deça du 40e parallèle sont rugissants, du 50e hurlants et du 60e, déferlants… ça promet! Mais à chaque lecture que je fais, on parle de rite de passage, de traversée légendaire, d’aventure qui permet de gagner son droit à poser le pied sur le continent. Dans tous les cas, on ne pourra qu’être servis en excitation face à cette grandiose expédition!!
Nous quittons aujourd’hui même (OH MY!!), pour un retour le 24 janvier. Nous ramènerons photos, expériences, et sûrement une quantité d’anecdotes pas possibles à raconter!
Ce fut un relatif changement de traverser de la Bolivie vers le Chili. Certains aspects demeurent partagés, comme l’utilisation de briques rouges pour les maisons en région, ou l’aspect désertique. L’oeil conserve donc certains repères. Toutefois, de petits détails nous laissent comprendre que nous entrons en territoire moins surprenant. Les routes sont bien entretenues, l’eau est potable, les infrastructures sont bien développées… notre capacité d’adaptation sera possiblement moins sollicitée à partir de maintenant, quitte à nous surprendre moins souvent. Au quotidien, on cherche parfois à se laisser surprendre le moins souvent possible, alors on planifie, on calcule, on prévoit… on vit partiellement à l’avance ce que l’on place dans notre horaire. Bien des avantages viennent avec cela, mais l’effet de surprise relégué au second plan nous fait également perdre des opportunités. Opprtunités d’émerveillement, de bonheur pur, de satisfaction complète. Ainsi, bien qu’un relatif soulagement vienne avec la facilité, nous devions aborder les prochaines semaines et mois avec attention afin de protéger cet équilibre entre rassurance et surprise.
Voici donc ce nous avons fait:
Chile
Le Nord et la côte chilienne – Camping le 24 et 25 novembre et Caleta Chañaral du 26 au 28 novembre
Sur notre route, nous avons passé rapidement San Pedro de Atacama, dans le Nord du pays. C’est en fait une petite bourgade, toute de blanc revêtue, qui accueille avec grand plaisir pas mal de touristes. Ici donc, on vient pour marcher et voir le désert, et se retrouver entre jeunes autour d’une pizza et d’une bière. Nous n’y sommes pas restés, notre attrait étant surtout orienté vers la Vallée de la lune, un parc stupéfiant par ses points de vue arides mais chaleureux.
Quelques centaines de kilomètres plus bas, sur le côte du Pacifique
Sur la côte, nous avons surtout profité du temps magnifique, du vent et des couchers de soleil. Un peu de plongée aussi.
Valparaiso (28 nov) et Santiago, Chile (29 nov au 5 décembre
Cette région me semblait fougueusement punk… drôle à dire comme première impression…! Surtout du côté de Valparaiso. Il y a une effervescence culturelle, une diversité vestimentaire, qui est souvent l’un des premiers moyens de communication d’une personne. Les rues sont animées par plein de jeunes, ce qui me donnait l’impression que la ville s’ouvrait à la vie et aux échanges.
Valparaiso
Santiago
Une autre belle vue d’un autre bel appartement… quelle chance.
C’est à Santiago que les parents d’Antoine sont venus nous rejoindre pour participer à notre road trip. Ils sont restés avec nous jusqu’à Buenos Aires, notre obejctif à quatre.
Argentina
C’était donc une courte incursion au Chile, pays auquel nous disions au revoir afin de suivre notre périple vers Buenos Aires. Mais sur le chemin, de nombreux endroits allaient nous arrêter afin que l’on puisse apprivoiser et savourer l’Argentine. Apprivoiser, parce que bon, faut bien s’habituer à souper à 22h… et savourer, parce que bon, les parillas (grillades) et le Malbec.
Uspallata – 5 décembre
Nous avons fait une petit arrêt dans cette région de villégiature locale : camping et petits chalets sont à l’honneur!
Sur notre chemin, entre Santiago et Uspallata
Vallée de Uco – 6 décembre
Une autre petite pause dans une région vinicole pour… se reposer en campagne et goûter le Malbec, très prédominant dans la région.
Mendoza , Argentina – 7 au 9 décembre
Nous avons beaucoup aimé l’ambiance de la ville, son caractère et ses belles grandes rues couvertes, mais nous n’avons que peu de photo… Faudra vous y déplacer pour en savoir plus!
Villa San Agustin – 9 au 11 décembre
À ce moment, nous sommes remontés un peu vers le Nord et quelques parcs nationaux du coin : Talampaya et Ischigualasto. Nous avons finalement visité le premier seulement. Mais quelle beauté…!
Cordoba – 11 au 14 décembre
Cette ville était présentée par notre guide comme étant souvent « délaissée » par les touristes. Peut-être parce qu’elle est avant tout un pôle industriel et commercial, autant qu’universitaire, et que les gens lui préfèrent Mendoza ou Buenos Aires. Choisir c’est renoncer, comme on dit. De notre côté, vu notre déplacement en voiture, nous passions nécessairement par là, ce qui ne pouvait que me plaire. L’ambiance allie quotidien naturel et animation, nous permettant de goûter à sa réalité tout en profitant de promenades sur le bord de la rivière, sous le couvert des arbres.
Nous avons aussi fait un petit croche par Alta Gracia, petite ville pas très loin, notamment afin de visiter la maison d’enfance de Che Guevara.
Buenos Aires – 14 décembre au 3 janvier
J’ai un nouveau coup de coeur… J’adore tellement de villes partout sur Terre, et celle-ci est la petite dernière. Un oncle d’Antoine y est venu de façon régulière durant plusieurs années et je peux certes comprendre son attrait. Cette ville se vit, se mange, se boit, s’écoute, se danse… Nous y serons restés un bon trois semaines, au final, et en aucun cas nous ne nous sommes ennuyés. Jamais une petite miette. Elle est belle, elle séduit et envoûte, par son offre culturelle, ses charmantes rues où les quartiers rivalisent pour attirer. Nous avons marché dans tous les sens et avons profité des terrasses, bistros et restaurants de grillades. Nous en sommes ressortis essoufflés, je dois dire, car la ville n’arrête jamais!
Et bien. Les publications se suivent et se ressemblent. Pas nécessairement sur le contenu et les lieux que l’on ajoute à nos carnets de voyage, mais surtout sur le retard d’écriture qui les accompagne..! Car oui, je vais maintenant vous raconter ce que l’on a vu il y a un mois et demi… Au cours du mois de décembre, nous avons reçu la visite des parents d’Antoine, puis le temps des Fêtes est arrivé. C’est donc sans aucune gêne que je n’ai pas respecté ma promesse d’écrire rapidement..! Faut bien se permettre des écarts quand on écrit pour le plaisir, pour partager et pour broder notre mémoire de certains détails forts.
La Paz – 11 au 17 novembre
En quittant le Pérou, nous avons fait plusieurs kilomètres dans l’Altiplano, cette vaste plaine qui s’étend sur environ 1500 kilomètres. Elle débute au Pérou justement, traverse la Bolivie et descend jusqu’au Chili et à l’Argentine. Cette plaine est en altitude (en moyenne 3800 mètres). En y roulant, on croise donc beaucoup d’herbes de la Pampa, quelques villages et du bétail. A un moment, la densification urbaine se fait sentir, mais nous ne voyons que les maisons de briques collées se multiplier devant nos yeux jusqu’à des pics montagneux au loin. Et soudainement, la plaine laisse place à un immense creux, entre elle et les montagnes. Comme si la terre avait fondu pour retourner vers son noyau, et partout la surface est recouvertes de maisons et d’immeubles. Et la ville n’est pas de tout repos, car de multiples collinettes jalonnent son fond et ses parois, essoufflant tant les marcheurs que les voitures. Car tous deux sont touchés par la pente en altitude! Une solution est clairement présente, soit le transport en commun. D’une part, une quantité surprenante de vagonettes à une dizaine de passagers déplace les gens du nord au sud, et du fond à la surface. En plus, un réseau de téléphériques que je comparerais au métro de Montréal dans son étendue, joint l’utile à l’agréable.
Aucun espace ne se perd…
La Paz est un mélange entre Medellín et l’Inde: l’enveloppe architecturale rappelle cette magnifique ville de Colombie, alors que l’effervescence et la densité de population rappelle l’Inde. Lors d’une journée de marche, nous sommes remontés par téléphérique vers les hauteurs, appelées El Alto, afin d’en faire un petit tour sur son bord pour redescendre à pied vers le centre de la ville. Et bien, nous nous sommes retrouvés dans un marché, qui aura grignoté des kilomètres et des kilomètres de rues. Ici, vous pouvez tout trouver. Nourriture, vêtements, pièces de voiture, tout. Neuf ou usagé. Et ce qui donne une couleur, ma foi, colorée… ce sont les cholitas. Depuis plusieurs pays nous croisons des femmes dignes, parées pour de grands événements même pour aller au champs, mais ici, on a rajouté une couche. Littéralement, car les femmes, surnommées cholitas, portent plusieurs couches de tissus en guise de jupe, accentuant de façon artificielle la courbe de leurs hanches. Un symbole de fertilité, qui leur est parfois difficile de faire passer entre deux tables. Ces jupes bouffantes auraient apparemment été, selon notre guide, adoptées par les femmes autochtones en modèle des Espagnoles qui arrivaient par bateau à l’époque de la colonisation, avec leurs amples robes de la Renaissance. Leur chapeau melon viendrait également de cette colonisation. Ces femmes ont longtemps été stigmatisées, mais ce terme qui était initialement péjoratif est maintenant un symbole de fierté et d’affirmation. Elle embrassent tous ces symboles, qui sont ironiquement intimement liés au passé colonial de la région.
Impossible de ne pas trouver sa couleur de jupe.
Patates séchées
Des foetus de lamas (morts naturelles), utilisés comme offrandes à Pachamama lors de la construction d’un maison.
Sucre – 17 au 19 novembre
Cette ville, aussi blanche et douce que son nom, semble un peu en parallèle du reste du pays. Elle est officiellement la capitale du pays, même si absolument tout est plutôt à La Paz, y compris les autorités juridiques, législatives et exécutives. Mais on y trouve une ville jeune et dynamique. Elle se présente bien à ceux qui viennent la voir, comme un petit espace de calme.
Potosi – 19 au 21 novembre
Cette ville fut un jour la plus peuplée et la plus riche de l’Amérique du Sud, grâce à ses mines. Avant l’époque coloniale, les peuples habitant la région respectaient la montagne, sans y toucher, par croyance. Peut-être parce qu’elle regorgeait de galettes d’argent pur, et que leur seule vision sortait de l’ordinaire. Les yeux des Espagnols aussi se sont illuminés à cette vue, sans toutefois faire résonner les mêmes cordes : la foi en la divinité de la richesse plutôt que celle en une divinité de la nature. Ils en ont donc ramené une quantité importante en Espagne. De nos jours, les mines fonctionnent encore, mais bien sûr le travail est plus ardu parce que l’argent et les autres minéraux sont plus diffus dans la roche. On ne récolte donc plus l’argent comme si on se coupait une tranche de fromage.
Parlant de ce travail ardu… l’un des attraits de cette ville pour les touristes est la visite des mines. Sinon, c’est une ville qui ne sort pas nécessairement de l’ordinaire, qui se couche tôt, et qui offre peu (ou pas) d’activités en nature dans ses alentours. Et cette fameuse activité suscite parfois des débats moraux. Même Antoine et moi avons eu ce débat entre nous. Car les conditions de travail sont dangereuses et, selon ce que l’on nous a souligné, l’espérance de vie d’un mineur est d’environ 45-55 ans, notamment vu la fréquence des décès dû à une silicose. Cette maladie pulmonaire incurable est causée par l’inhalation de particules fines de silice sur une longue période. Donc. Même en connaissant ces enjeux depuis des décennies, les hommes continuent de choisir ce métier. J’utilise le verbe choisir, mais j’aimerais tout de même demander… s’agit-il d’un véritable choix? Pour plusieurs, j’en doute. Dans tous les cas, environ 14 000 hommes minent la montagne (et quelques unes autour) contre une rémunération considérée comme étant plus élevée que plusieurs autres. Certains d’entre eux, notamment ceux qui apprenent l’anglais, ont donc la possibilité de devenir guide de mine. Au lieu de travailler 12 heures consécutives, ils font donc des petites entrées de 2h à la fois, pour peut-être 2 ou 3 entrées maximum par jour. C’est donc un emploi avec des salaires plus élevées et des heures de travail moins élevées. Je balançais donc entre ma volonté de voir, de connaître, de me sensibiliser. Car tout ce que je lisais à ce sujet revenait à un aspect central: les voyageurs soulignaient à quel point l’expérience les a complètement chamboulés, puisqu’elle vous amène dans les profondeurs sombres de la réalités d’humains qui partagent la même planète que nous, mais n’ont peut-être pas tiré une paille de la même longueur. Pour plusieurs, l’expérience était saisissante de prise de conscience. D’un autre côté, même si cet intérêt de connaître et comprendre était fort (intérêt que certains appelleraient une curiosité morbide), j’avais de la difficulté avec le fait de participer à une industrie qui occasionne des enjeux de santé. J’ai donc décidé de ne pas y aller. Antoine y est allé, il vous fera par ailleurs le récit de son expérience plus tard. Dans tous les cas, au cours des dernières années, j’ai souvent entendu parler de tourisme noir, ou tourisme de catastrophe, ou encore tourisme de désolation. Plusieurs personnes le dénoncent, par ailleurs, considérant que c’est une forme d’exploitation de la souffrance, de la tristesse, du sort que d’autres personnes portent. Je me permettrais respectueusement d’être en désaccord. Tout d’abord, plusieurs de ces sites permettent un exercice de mémoire, trop important dans notre monde économique, politique, social et scientifique. Nous devons nous rappeler les erreurs que nous avons commises, au nom de la patrie, par inadvertance crasse, ou appât du gain. Car ces erreurs, même si elles sont liées à un gouvernement, à une équipe scientifique ou à une organisation, elles sont portées par l’Humanité toute entière. (Vous pouvez aller lire l’article du blog écrit à la suite de notre visite de Tchernobyl, en 2017, qui parle justement de cette notion de tourisme vs voyeurisme)
J’ai toutefois visité une usine de transformation du minerai, avant qu’il soit envoyé dans des usines métallurgiques pour leur transformation finale (surtout au Chili). La professionnelle RH en moi n’a pas été impressionnée par les outils de prévention mis en place…. Les seules personnes portant le casque et le gilet de sécurité étaient… nous. Et les machines, ciel, les machines… J’ai repensé au travail et à nos diverses politiques et programmes : qui aurait pu penser que des termes SST comme SIMDUT, cadenassage et EPI m’accompagneraient jusqu’ici…
La montagne argentée, encore minée à ce jour.Vue de notre hostel
Uyuni – 21 au 23 novembre
Cet endroit est probabement l’un des plus visité, celui qui fascine les voyageurs de tous types. Une immense étendue de… sel. À perte de vue, parfois recouverte d’une légère couche d’eau la rendant aussi réflective qu’un miroir, selon la saison. Il est vrai que de se promener des heures dans un véhicule qui fend le vent où l’on ne peut que contempler une autre merveille créative de la Terre, ne peut qu’être méditatif.
Cimetière de trains
Le sport de l’endroit : le selfie
L’heure du goûter
Unne petite île aux cactus
En quittant, vive les flamands roses
Un pays qui touche, qui empreigne
Au final, la Bolivie m’aura laissé une impression forte. De résilience, de culture assumée, de contradictions parfois inévitables. Un pays coincé par son manque de devises et de combustible, mais nourri par la force de caractère de ses peuples.
Nous n’avons vu qu’une petite portion de ce grand pays…
La suite… où sommes-nous?
En quittant la Bolivie, nous sommes entrés au Chili, où nous avons rejoint les parents d’Antoine à Santiago. Puis, ensemble nous avons traversé vers l’Argentine jusqu’à Buenos Aires, où Antoine et moi avons passé le temps des fêtes, avec des amis rencontrés en voyage à quelques reprises au cours des derniers mois. Nous avons depuis quitté la ville pour descendre jusqu’à notre objectif final, Ushuaïa!! Nous devrions y arriver ce soir, pouvez-vous y croire?? Je ne suis même pas certaine que j’y crois… Et vous êtes quelques-uns à nous avoir informés des incendies et évacuations récentes en Patagonie. Nous n’en avons pas vues jusqu’à maintenant, mais nous gardons en effet un oeil sur le tout puisque nous sommes supposés passer par là où les 3000 évacuations ont eu lieu (d’ici 2 à 4 semaines, selon les choix que nous ferons au cours des prochains jours). Nous demeurons donc informés et vous tenons au courant!
Ici, je vous partage nos dernières aventures dans le magnifique pays del Perú. En retard, certes, puisque nous sommes actuellement à Santiago de Chile! Et entre les deux pays nous avons également traversé la Bolivie… puisque nous traversons bientot vers l’Argentine, je vais au moins essayer de conserver un maximum de 2 pays de retard..! L’exercice d’écriture demeure tout de même une portion intéressante du périple car, en plus de tenir au courant ceux qui souhaitaient nous suivre, cela me permet également de me remémorer le périple, et de réfléchir sur ce qui nous a touché.
Arequipa – 5 au 8 novembre
Cette ville, considérée parfois comme la petite sœur de Cuzco pour sa beauté, fut somme toute agréable. À mon sens, c’est surtout une ville facile et confortable, sans peut-être l’éclat ou la fascination que peut dégager sa grande sœur. Une des surprises que j’ai eue fut toutefois le couvent de Santa Catalina. Ayant initialement été ouvert au 16e siècle afin d’accueillir jeunes filles riches et veuves toutes aussi riches, il est le plus grand du monde (2 hectares). Je parle du statut financier de ses premières occupantes, simplement parce que plusieurs d’entre elles achetaient en effet un appartement, pour ainsi dire, dans le couvent. Elles vivaient donc cloîtrées, mais en paix, et certaines possédaient quelques pièces et avaient plusieurs serviteurs à leur service. On dit également que certains événements mondains étaient organisés, divertissant ainsi les résidentes du couvent et leurs invités de marque. Un cloître avec une paroi de dentelle par endroit, donc. Il en résulte une collection de chambres, de cuisines, de petits jardins, de grandes salles, qui vient en fait à en faire un petit village. Le couvent aura toutefois été réformé au 19e siècle, le pape envoyant une religieuse stricte afin de réordonner un peu le quotidien des soeurs. Sa façon de faire parvenir un message que l’on pourrait traduire par “là, ça va faire”. Ainsi, fini les esclaves, le personnel et les festivités. Les sœurs sont restées cloîtrées jusqu’aux années 70 ou 80 du 20e siècle.
En voyage, visiter les lieux de culte est souvent l’un des moments forts, peu importe le pays. Les édifices sont grandioses, l’attention mise à la décoration et aux objets est souvent minutieuse, et le seul fait de s’y retrouver invite au calme et à la méditation. Je me suis donc donné comme objectif de poser le pied dans chaque pièce nous étant accessible, ce que j’ai en effet réussi sans aucun problème. Il faut tout de même garder en tête que l’écrasante majorité du territoire du monastère est seulement utilisé pour les visites du public, les quelques sœurs restantes étant logées dans le seul édifice apparement récent dans l’enceinte. Ce n’est donc pas le présent que l’on visite mais bien le passé, et beaucoup de temps et d’argent ont été mis à la restauration du site. N’empêche, que cela demeure possible en 2025 parle de l’importance historique de l’endroit. Et je l’avoue, j’ai complètement perdu le contrôle sur le nombre de photos…
Couvent Santa Catalina
Canyon de Colca – 8 au 10 novembre
Entre Arequipa et le Lac Titicaca, nous avons repris un peu de hauteur afin d’aller voir, spécifiquement, ce canyon, dont les mérites nous ont été vantés. Déjà la beauté époustouflante apportée par le plus profond canyon au monde (maintenant détrôné par un petit voisin au pays). Et en plus, la chance d’apercevoir des condors. Chance dont nous avons profité, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Car oui, bien que ce soit un animal choyé et vénéré des peuples andins, c’est aussi un volatile plus que gracieux, qui glisse sur les courants d’air comme s’il possédait les environs.
Subtil…
Encore du beau camping pour se rendre au canyon
Lac Titicaca (ville de Puno) – 10 au 11 novembre
Alors, cette immense étendue d’eau navigable, la plus élevée au monde, nous aura accueillie une soirée. Le lac, en fait, est traversé par la frontière partagée entre le Perú et la Bolivia. Le lac est donc tout aussi partagé… Au premier abord, la ville de Puno est bien classiquement péruvienne: remplie de marchands sur le bord de la rue, dynamique et active. Sinon, l’attrait principal de l’endroit est le lac et ses îles, notamment ses îles flottantes en roseaux. Elles sont une particularité propre à ce lac, et une solution trouvée par la population Uros à l’époque de la colonisation espagnole. Avec ces îles, ils pouvaient tout simplement voguer plus loin avec l’ensemble de leurs possessions pour échapper à l’envahisseur. On dit parfois que la dernière représentante de ce peuple serait décédée dans les années 50, on dit aussi que c’est plutôt une acculturation des Uros par leurs voisins riverains Aymaras… dans tous les cas, certaines traditions demeurent mais d’autres se sont perdues, notamment la langue. De nos jours, beaucoup de gens y vivent encore, mais disons que l’objectif a changé: certaines personnes vont souvent travailler en ville, comme chauffeur de taxi-bateau ou dans les diverses industries, et d’autres restent pour accueillir les touristes. Il y a plusieurs îles distinctes et ont y emmène en rotation les touristes, afin de faire profiter à chacun de cette manne. C’est donc… un peu malaisant comme activité (on ne le dira pas trop fort, mais je n’avais initialement pas vraiment envie de faire la visite…). On nous amène sur une île, où nous serons accueillis par 2-3 personnes ayant couvert leur gaminet aux couleurs de leur équipe de foot favorite par un poncho traditionnel, et ayant ajouté une tuque tressée par dessus leur casquette (je n’exagère même pas). Ils proposent donc des items souvenirs après quelques infos transmises sur la fabrication des îles. Puis on passe à l’autre île, l’île « restaurant », où l’on a finalement pris un thé avant de repartir pour la terre ferme.
C’est le type de situation qui m’amène à réfléchir aux raisons qui font en sorte que je voyage. Qu’est-ce que je je veux voir, ou pas, et qu’elle est ma relation a l’authenticité. Et je pose un regard critique sur ma propre personne mais aussi sur mes comparses voyageurs. La ligne est mince entre vouloir connaître, s’informer, s’éduquer, et occasionner par notre propre tourisme un effet de cirque. Car le choix de conserver un mode de vie ancestral est-il mû par un réel souhait de conservation des traditions, ou par une opportunité commerciale, ou potentiellement un peu des deux..? Dans les faits, il n’y a pas de mauvaise réponse, tous les choix se valent. Mais de mon côté, ai-je appris, où ai-je fermé les yeux avec une petite touche de naïveté et d’hypocrisie? Car j’ai déjà visité des endroits où l’on a reconstitué un ancien village de nouvelle France, par exemple, mais les lignes sont claires: on sait qu’il y a des acteurs, et que l’objectif est pédagogique. En voyageant, parfois, j’ai le sentiment que notre seule présence occasionne une distorsion entre le passé et l’actuel, où la frontière se floue. Parce l’on veut voir ce que l’on pense être « le vrai ». Mais dans les faits, ce que l’on nous montre est parfois le « vrai » d’il y a quelques décennies. Des sentiments parfois difficiles à réconcilier…