Premier arrêt à Osh. Tout comme Bishkek, nous y reviendront après le Pamir et prendrons le temps à ce moment pour la visiter. Nos défis de la journée: encore des courses pour de la nourriture, un chargeur de remplacement pour mon ordinateur, des cahiers et des stylos à donner aux enfants, un autre pneu, une doublure de sac de couchage, des somonis tadjikes (pas d’ATM dans le Pamir) et autres. Pour satisfaire une bonne partie de ces besoins, le marché de Osh, l’un des plus grands en Asie-Centrale et largement plus étendu que le “marché de Osh” de Bishkek (il s’appelle vraiment ainsi). Nous y avons passé toute l’après-midi, parfois à chercher activement ce dont nous avions besoins, parfois à flâner. Ayant eu froid lors de notre dernière nuit en montagne, j’ai acheté quelques mètres carrés de tissu et les ai fait coudre afin d’en faire une doublure pour mon sac de couchage. Le tout pour un 5$, décidément, le Kirghizistan est très peu cher.
Une fois le marché terminé, nous nous sommes dirigés vers le quartier automobile pour y acheter un pneu et le faire poser. Ceci fait, nous avons tenté sans succès de trouver une épicerie de bonne taille afin de compléter nos courses. Sur le chemin du retour vers l’hostel et après avoir perdu une bonne heure à chercher, qui ne décide pas de nous signaler de nous ranger sur le bord de la route? La police. En bon citoyens, nous nous sommes exécutés. Par contre, après cinq minutes et voyant que les agents étaient occupés à signaler d’autres voitures, nous avons simplement décidé de repartir. Allaient-ils nous poursuivre? Sûrement pas, d’autant qu’ils n’avaient aucun motif pour nous arrêter…
Plus tôt dans la journée en faisant l’appoint de liquide de refroidissement, j’avais remarqué qu’il s’était formé une espèce de mousse blanchâtre dans le réservoir. Suite au souper, je me suis attablé à l’ordinateur pour tenter d’en comprendre l’origine. En matière de santé véhiculaire (et d’humains), l’internet abonde en scénarios catastrophes: les forums pointaient tous vers un joint de culasse défectueux. Or, pas de trace de liquide de refroidissement dans l’huile. Plus de recherche et de temps à passer sous le capot m’ont heureusement permis d’écarter cette théorie (pour le moment). Il y a une fuite au niveau d’un collecteur de liquide de refroidissement et en faisant l’appoint il y a deux jours, nous aurions mélangé un type de liquide incompatible avec celui de la voiture. La réaction entre les deux aurait généré cette mousse. Autrement, le moteur ne chauffe pas et tout circule bien. À surveiller donc. La voiture n’a plus que quelques milliers de kilomètres à parcourir avant que nous la vendions; croisons les doigts.
Histoire de mettre toute mon écriture à jour, je me suis couché beaucoup trop tard pour la journée qui nous attend demain. Au moins, je quitte pour le Pamir l’esprit libéré! Enfin, je n’aurais qu’à me tracasser de mécanique…
La liste de préparatifs avant d’entamer la portion Pamir de notre voyage (deuxième route la plus haute au monde et l’objectif de notre road-trip) était plutôt longue, tant au niveau automobile que pour les humains qu’elle allait transporter. Photocopies de nos documents, changement d’huile, nouveau pneu, lavage, gaz à réchaud etc. Pas le temps de vraiment visiter Bishkek donc, nous le ferons à notre retour du Pamir. En demandant à la préposée de l’hostel où nous pouvions acheter du gaz à réchaud, cette dernière est allée fouiller dans une armoire et nous en a sorti un sac plein; des restes laissés par d’autres voyageurs. Quelle chance, ils nous auraient coûté 8$ pièce. Par la suite, nous avons remplis nos demandes de visa en ligne pour le Tadjikistan et sommes partis pour le marché de l’automobile.
Le marché automobile de Bishkek (fermé)
Malheureusement, les indications pour le marché des pièces automobile étaient erronées, alors il se faisait tard lorsque nous l’avons finalement trouvé. En fait un champ de conteneurs dans les quels les différentes boutiques étaient installées, il dépassait largement en taille ceux d’Almaty ou d’Astana au Kazakhstan (on commence à être des habitués…) Il était certain que nous allions trouver ce qu’il nous fallait. Ce soir par contre, seul les marchands de pneus étaient encore ouverts, donc c’est tout ce que nous avons pu acheter à ce moment. Heureusement, les garages qui s’occupaient de la pose de pneu et des changements d’huile fermaient tard, donc nous avons pu nous enquérir de ces tâches
Le marché automobile de Bishkek (ouvert)
Le lendemain, on poursuivait les emplettes. Premier arrêt, des photociopies de nos papiers de voiture et notre passeport, car il paraît que la police au Khirgyzistan est une nuisance et l’on ne doit en aucun cas leur donner les originaux sous peine de se les faire prendre en otage. Ensuite, retour au marché de l’auto pour des o-rings (pour le brûleur au propane), une courroie d’arbre à cames (celle en place a été très abîmée lorsque le tensionneur a lâché) puis des vis et des clampes pour l’échappement. Après, nous avons reconduis l’auto à l’hostel puis sommes partis à pied afin d’aller voir si les magasins de plein air de la ville vendaient du matériel intéressant, notamment une doublure de sac de couchage, car à 4000 mètres d’altitude, les nuits allaient être fraîches. Nous sommes malheureusement rentrés bredouilles, mais au moins nous avons pu marcher quelques kilomètres dans Bishkek. Tout comme Almaty, l’ambiance y est agréable et elle comporte de nombreux parcs et îlots de verdure, De retour à l’hostel dernière tâches de la journée : lavage de voiture (très salie par son aventure à Aralsk) puis achats de victuailles en préparation pour le Pamir.
Bishkek est pleine de verdure
En fait, nous pensions ne passer que deux nuits à Bishkek, mais la liste de chose à accomplir était telle qu’il nous a fallu rester une nuit supplémentaire. Évidemment, nous n’avons pas pu profiter de la ville, mais comme nous devons y revenir pour vendre la voiture, nous aurons amplement l’opportunité de la visiter à ce moment.
Aralsk, petite ville de 30000 habitants, jadis un important centre de pêcheries et de commerce sur la mer éponyme, mais aujourd’hui trop loin de son rivage pour pouvoir se prétendre portuaire. Vu que notre voiture est maintenant officiellement en panne mécanique, nous y voilà coincé pour un laps de temps indéterminé. Heureusement, les mécaniciens Kazakhes semblaient avoir les choses bien en main alors espérons-le, ils allaient trouver un moyen de nous remettre sur nos quatre roues.
Avec un Lada comme celle-là (ou un chameau) nous ne serions pas restés coincés si longtemps…
Après avoir passé une nuit à l’hôtel donc, je me lève et tout de suite après le dîner, je me rend à la voiture pour voir l’avancement des travaux. Personne en vue, mais tout le système de courroie d’entraînement a été démonté, c’est donc du progrès. Je ramasse quelques affaires, notamment des vêtements propres pour moi et Audrey en vue d’une autre nuit à Aral et reprend le chemin de l’hôte. Vers la fin de l’après-midi, on vient cogner à la porte de l’hôtel, j’ouvre et c’est l’un des mécanos. Apparemment, il n’ont pu dénicher un tensionneur de courroie de remplacement dans la ville et ses environs. Bon, c’est compréhensible vu la spécificité du truc et la petitesse de l’endroit. À l’aide de Google Translate, je communique tant bien que mal avec le type. Selon lui, il y en aurait un à Aktobe (650km) et deux à Taraz (1075km), il faudra donc le commander et il viendra par train (de ce que j’ai compris), logique. Je l’instruit donc de faire ce qu’il faut pour réparer la voiture et il repart. Nous allions donc passer au moins une journée de plus à Aral. Histoire de meubler notre temps avec des activités touristiques pertinentes, nous sommes tous les trois allés visiter le vieux port d’Aral, aujourd’hui un champ de bâtiments désaffectés et de grues rouillées. Devant ce qui devait être les quais, des fonds de coques rouillent dans une large mare d’eau stagnante et huileuse. Avec le coucher du soleil en arrière-plan, l’endroit s’est prêté à de magnifiques photos. En soirée, profitant de notre dernier moment en compagnie d’Aurélien, on a récidivé avec les bières de parc et la discussion jusqu’à très tard.
Le lendemain, on retourne à la voiture: rien n’a changé sur l’état du véhicule. Je retourne voir les mécanos, ils ne sont pas trouvables. On passe la soirée à regarder des épisodes Game of Thrones. Le surlendemain, de nouveau nous nous rendons auprès de la Golf. On tombe sur un mécano et celui-ci semble nous demander où se trouve la nouvelle pièce (???) et nous dit qu’il n’y en avait pas à Aktobe. Était-ce à nous d’aller la chercher? On se comprend tellement mal avec Google Translate, c’était entièrement possible. En ce qui me concerne, je commence réellement à frustrer. J’avais remarqué une voiture plaquée Angleterre au garage, il y avait donc d’autres touristes ici. Ensuite arrive une camionnette elle aussi du même pays. Je discute avec les propriétaires des véhicules et passe un bon moment à communiquer ma peine à gens en mesure de me comprendre.
Aral a tout de même un petit centre-villeD’autres touristes? À Aralsk?
Bien qu’ils étaient aussi là pour des soucis mécaniques, ils étaient loin d’être du même ordre que le nôtre. De manière à gagner du temps, Audrey était partie aller voir les horaires de train et de bus au cas-où nous allions devoir aller chercher la foutue pièce nous-mêmes. De toute évidence par contre, nous n’allions pas partir ce soir, alors j’ai convenu avec les autres touristes de nous rencontrer dans un restaurant afin de faire passer notre mal d’Aral. Frappé de plein fouet par la barrière de la langue, je m’étais finalement résolu à contacter Aurélien et lui demander si l’un de ses contacts kazakhes n’était pas prêt à nous sortir du pétrin. Celui-ci m’a aussitôt envoyé le numéro de Saltanat. De nouveau seul au garage et voyant que rien ne se passait, je l’ai appelé et lui ai poliment expliqué la situation. À bien y repenser, c’est ce que j’aurais dû faire dès le premier jour. Aussitôt après que mon sauveur kazakhe eu parlé au mécanos, les choses se sont débloquées à vitesse grand V. Ils allaient faire des appels le lendemain pour commander la pièce de Taraz puis communiquer avec Saltanat pour qu’elle nous relaye l’information. Enfin! Ce qui me sidérait toujours par contre, c’est de ne pas comprendre ce que les mécanos foutaient ces derniers jours après ne pas avoir trouvé la pièce à Aralsk. Est-ce que l’échange d’information leur avait laissé entendre que j’allais me débrouiller moi-même? Ou est-ce qu’ils étaient tous idiots? Tout ça m’agaçait vraiment. Attendre après une pièce, OK. Attendre après de l’incompétence (de ma part peut-être…), ça m’enrage. L’heure du repas venu, Audrey et moi avons retrouvé nos copains d’un soir: un couple en road-trip jusqu’en Asie du sud-est et deux amis (prenant une pause d’études de médecine) en route vers la Mongolie. Le bon repas qui a suivit et les plusieurs pintes subséquentes ont eu tôt fait de nous faire oublier la situation.
Notre pièce allait arrivée dans l’un de ces trains.
Au restaurant pour le dîner, Saltanat nous rappelle. La pièce a finalement été tracée à Taraz pour 10000 Tengues. Elle me demande si on la commande, je répond tout de suite par l’affirmative. Selon elle et les mécanos, il faudra une journée pour qu’elle se rende, il est donc probable que nous récupérions la voiture demain soir. Dans tous les cas, les mécanos devraient la contacter et elle nous relayera l’information. Excellent! J’ai aussitôt senti la tension retomber. Audrey et moi sommes retournés à l’hôtel pour travailler un peu puis sommes partis nous promener dans la ville d’Aral pour la dernière-fois espérons-le, car nous commencions réellement à devenir des familiers du coin. Premièrement, nous sommes allés visiter le cimetière de la ville, apparemment en désaffection, car la majorité de sépultures avaient été excavées. De cette longue marche, nous sommes revenus en passant par les rues sableuses des petits quartiers de la ville d’Aral. Au moins, les locaux sont gentils et ouverts. Les enfants, qui apprennent maintenant l’Anglais plutôt que le Russe à l’école ne manquent jamais ne nous lâcher des “Hello” et “What is your name”, les adultes nous klaxonnent, nous envoient des signes de la main ou prennent la peine de venir nous la serrer en nous demande d’où nous venons.
Les dépotoirs offrent de belles opportunités de photos
Naturellement, il nous a fallu attendre un journée de plus, car le lendemain, elle n’était toujours pas arrivée et encore moins installée. Cependant, le mécanicien avait reçu la confirmation qu’elle était bien à bord du train et qu’elle allait arriver dans la nuit. Encore fallu-t-il que ce soit effectivement la bonne pièce, mais là-dessus, nous avions confiance en notre mécano kazakhe.Tant pis, j’ai au moins pu travailler toute la journée et la soirée. Cette nuit devait être notre 6e et espérons-le la dernière.
Leçon de l’histoire lorsqu’on subit une panne dans des pays moins développés:
Encore une petite journée en hors route. Au lieu de revenir sur nos pas, nous avons décidé de boucler la boucle et de monter vers Aral par la route sableuse que l’on avait initialement tenté d’emprunter. Sven et sa copine gagnaient en confiance pour affronter les situations hors route à deux sur la moto et la Golf s’était montrée largement à la hauteur jusqu’à maintenant. Cependant, quelques kilomètres après le départ, le moteur s’est soudainement mis à émettre un bruit aigu dont la fréquence dépendait du régime. Bon, un autre problème, probablement une poulie qui était en voie de rendre l’âme. Tout le sable que le moteur s’était mangé dans les derniers jours avait probablement précipité le problème.
La tête dans le capot, il a fallu à moi et Aurélien un petit moment pour nous faire une idée du problème. La courroie d’arbre à cames était abîmée et le son provenait de cet endroit, c’était donc un roulement à billes dans la région. Encore à 20 kilomètres de la ville, nous avons décidé de poursuivre tout en gardant le moteur à bas régime pour ménager la pièce défectueuse. Heureusement, la Golf s’est rendue à bon port (vous captez la blague? Il y avait un port à Aralsk, il n’y en a plus car la mer s’est retirée…) Tomber en panne dans un tel endroit nous aurait valu de belles emmerdes.
Après avoir fait un arrêt bouffe dans un resto de la ville et s’être fait payé des bières par un Kazakhe en visite lui-aussi, nous nous sommes rendus dans un garage en compagnie d’Aurélien. Sven avait des courses à faire alors il allait nous rejoindre plus tard, mais de toute manière, il quittait ce soir pour Almaty. La Golf avait à ce moment deux soucis, un étrier de frein auquel il manquait un boulon et un roulement dans le moteur qui était en voie de rendre l’âme. Le premier mécanicien visité nous a confié ne pouvoir rien faire pour notre ennui de moteur. Lorsque questionné sur la possibilité de nous rendre jusqu’à Kyzylorda, la capitale régionale, il nous a répondu par l’entremise de Google Translate qui pour une fois semblait avoir compris le contexte de la conversation : “You won’t make it.”
Dans le deuxième garage, j’ai commencé par leur montrer le problème de frein pour voir ce qu’il allait en faire et au moins régler celui-là si nous allions tout de même décider de partir contre recommandations. Nous n’allions pas rouler à pleine vitesse sur l’autoroute avec un étrier à moitié attaché, c’était de la sécurité de base. Le mécanicien, un type quand même assez dégourdi, a commencé par cogiter sur la situation et tenté de voir s’il était possible de souder un autre boulon au lieu du boulon original puis de lui scier la tête. Malheureusement, il n’aurait plus été possible de changer les plaquettes par la suite, plutôt handicapant donc. Le principal défi ici est que Volkswagen n’a pas utilisé une pièce standard pour faire tenir l’étrier. Sur une autre voiture, tarauder l’orifice dans le moyeu et utiliser la taille de boulon au dessus aurait sans doute fait l’affaire mais là, le principe de fonctionnement faisait en sorte qu’il fallait reproduire le guide/boulon d’origine. J’ai suggéré de simplement forcer un boulon de suspension dans le trou. Fait d’un métal très dur, il est possible qu’il puisse refaire un filet dans le moyeu plus mou et donner un ancrage solide. Le mécanicien ne voulait rien savoir.
Dans l’atelier d’usinage
Se levant d’un coup, il me demande si j’ai de l’argent sur moi et m’indique de monter dans son véhicule. Cinq minute plus tard, nous arrivons devant le portail d’une maison non loin du garage. En rentrant et en apercevant tout le matériel d’usinage dans le garage du type, je comprend aussitôt qu’il va nous fabriquer un remplacement. Ça c’est de la débrouillardise! 1000 tengues (4$) et dix minutes plus tard, j’avais entre les mains un excellent substitut de la pièce originale. De retour au garage, tout a été remonté sans accrocs. Initialement, j’avais peur que les Kazakhes me bricolent un truc approximatif mais là, c’était une réparation de chef, aussi solide et totalement dans l’esprit de la pièce originale.
La nouvelle pièce usinée (à gauche)
Problème numéro un réglé on passe au problème numéro deux. Là, c’était un peu moins drôle. Après avoir inspecté la voiture à 4 personnes, ils nous ont expliqué (tant bien que mal par l’entremise de Google Translate) que le tensionneur de la courroie d’arbre à cames était bousillé. Lorsque j’ai de nouveau émis la possibilité de rouler jusqu’à Kyzylorda, ils ont tout été unanimes, j’allais tomber en panne bien avant. L’un d’eux à même renchérit que le moteur allait peut même en écoper si la courroie lâchait avec le moteur en fonction. Voilà de bien mauvaises nouvelles.
Comme il se faisait tard, les mécaniciens m’ont proposé de remorquer la voiture jusque dans un lieu sécuritaire pour la nuit et qu’ils allaient tenter de trouver une pièce de remplacement demain. Nous n’avions pas vraiment le choix. La voiture remorquée et sécurisée, nous nous sommes constitués de petits sacs à dos pour une nuit puis le garagiste nous a reconduit au même hôtel qu’Aurélien. Déjà, je sentais que nous allions rester coincés à Aral pour un moment. Ce genre de pièce allait être difficile à trouver c’était certain, de un parce que ce n’est pas quelque chose qui brise souvent, mais aussi parce nous étions à Aral, une petite ville de 30 000 personnes en plein milieu du Kazakhstan.
Chameaux, dromadaires et vaches se promènent en liberté dans Aral …
Une fois nos effets posés à l’hôtel, nous avons accompagné Aurélien à la gare ferroviaire pour investiguer la possibilité pour lui de quêter un trajet dans le poste de conduite d’un train de marchandise. Nos chemins se séparaient à Aral et il devait trouver un moyen de se rendre jusqu’à Aktau pour prendre un avion. Aurélien s’étant rendu jusqu’ici presque exclusivement en stop, il était naturel qu’il n’aille pas d’office acheter un billet de train. Par la suite, shawarma dans un café/disco local puis bières et discussion dans le parc près de la grand-place.
Vous remarquerez que la carte n’est plus tirée de Google Maps, mais plutôt d’OpenStreetMap, car les chemins que nous empruntions n’y sont pas affichés.
Debout à une heure raisonnable, nous avons déjeuné tranquillement en compagnie des chameaux et du paysage puis avons quitté notre camp direction mer d’Aral. Les camps dans la steppe ont définitivement quelque chose de magique. L’air y bon, bien que nous soyons totalement exposés, il y vente très peu et finalement, le ciel de nuit y est magnifique.
Nous avions près de 30 kilomètres à parcourir avant notre premier arrêt, ce qui est peu pour une journée de route au Kazakhstan, mais la route de gravier était très raboteuse, alors nous n’avancions pas très vite. Sven, plus agile avec sa moto, finissait toujours par nous devancer. Une dizaine de kilomètres avant Zhalanash, le village où se terminait la route et l’endroit où nous allions bifurquer vers la mer, un bruit métallique a commencé à se faire entendre dans la route avant gauche. J’arrête la voiture, je regarde en dessous, rien. Je remonte et j’avance un peu, le bruit recommence. Aurélien sort pour écouter pendant que je fais rouler la voiture et confirme l’origine du son et mon impression que cela doit venir de la suspension. Finalement, on démonte la roue et surprise, on découvre l’étrier du frein qui ne tenait plus qu’à quelques filets d’un boulon, l’autre étant tombé on ne sait où.
Nous sommes tous les trois sortis du véhicule et avons fait la battue de la route derrière nous pendant presque un kilomètre pour tenter de retrouver le boulon perdu. Sans succès, nous sommes retournés au véhicule et j’ai entrepris de trouver une manière de rattacher l’étrier. Après analyse du problème, le pas de vis du boulon inférieur, celui que nous avions perdu, était complètement mangé, ce qui signifiait potentiellement que le boulon était tombé il y a plusieurs milliers de kilomètres et que finalement, les vibrations avaient eu raison du boulon supérieur et l’avaient déserré. Qu’importe, circuler avec un frein à moitié attaché était tout de même quelque chose de plutôt risqué, mais comme nous ne roulions pas très vite, un boulon allait suffire jusqu’à notre retour à Aralsk. J’ai donc réinstallé le boulon supérieur et attaché le bas de l’étrier au moyeu avec du fil de fer. Pendant que nous travaillons sur la voiture, quatre Kazakhes sont passés en 4×4, on offert leur aide et voyant que la situation était sous contrôle, nous ont donné jus, eau, fruits et biscuits au cas où nous resterions coincés ici pour longtemps.
L’état du chemin…
La réparation faite, nous sommes repartis, mais non pas sans s’arrêter à tous les cinq kilomètres pour vérifier si rien ne s’était défait. Sven, qui avait eu le temps de se rendre jusqu’au village est finalement revenu à nous pour voir ce qui se passait et tout ensemble, nous sommes rentrés dans Zhalanash, un ancien village de pêcheur et le point de départ d’une route menant à un endroit où nous pouvions encore observer des carcasses de bateau laissées en plein désert par la mer qui s’était retirée il y a des décennies. La route menant aux carcasses n’était qu’une petite piste de sable et de terre surtout empruntés par des camions, mais avec notre garde au sol digne d’un 4×4, il n’y avait aucun problème et lorsque les ornières devenaient trop profondes, nous ne faisions que couper par l’ancien lit de la mer, aujourd’hui partie intégrante du désert alentour.
Des carcasses de bateau il ne restait plus que le fond. Tout avait été démantelé par les ferrailleurs. C’était quelque peu dommage, mais évidemment la bonne chose à faire avec des tas de métal pourrissant dans le paysage. Tout de même, il aura quand même fallu une bonne vingtaine d’année aux Kazakhes pour finalement s’en débarrasser. Seulement, il faudra mettre les guides de voyage à jour car le nôtre, datant de 2015, faisait encore état de ces épaves en plein désert.
Comme Sven peinait à maîtriser sa moto dans le sable, il nous a transféré Clotilde, sa passagère, car la Golf s’avérait bien plus à la hauteur pour ce type de terrain. Arrivés en bord de mer, nous avons été surpris de tomber sur une bande de pêcheur Kazakhes et un rivage boueux et plein de roseaux. Selon nos lectures, nous nous attendions à une immense mare en plein désert beaucoup trop salée pour que quoi que ce soit y vive. Nous nous étions évidemment trompés et tant mieux si les Kazakhes pouvaient encore tirer encore une petite subsistance de la mer d’Aral. Ayant été séparé en plusieurs segments par le recul des eaux, il se peut que l’endroit sur lequel nous avions lu se trouvait ailleurs. Peut-être en Ouzbékistan, peut-être quelques centaines de kilomètres plus loin dans le désert, qu’importe, c’était hors de notre portée.
À gauche, la mer d’Aral en 1989 et à droite, en 2014
Comme nous voulions un endroit paisible pour nous baigner et camper en bord de mer, nous avons quitté le coin des pêcheurs et nous sommes dirigés direction nord vers la ville d’Aralsk pour trouver un autre endroit. En allant tester ce qui semblait être au loin une plage, Sven s’est solidement embourbé dans le rivage boueux et il a fallu une bonne demi-heure à nous cinq pour sortir sa moto de là. Heureusement, notre prochain arrêt allait être le bon. Pas de plage, mais au moins un endroit sec pour poser la tente et un accès à l’eau. De toute manière, s’il existait des plages, elles avait dû maintenant être intégré au désert et donc à une bonne distance du rivage présent.
La baignade s’est avérée être une expérience boueuse, mais au moins un peu rafraîchissante. Tous lavés (propre, c’est débattable, car l’endroit est très pollué), nous avons soupé sur les provisions qu’il nous restait, soit potage et pâtes, car nous n’avions pas prévu de camper deux jours aux abords d’Aral. La nuit tombée, les pêcheurs fréquentant ce site avaient laissés assez de débris de bois et de roseaux coupés autour pour que nous puissions faire un feu (le premier du voyage!) en dégustant ce qu’il restait de nos réserves de vin français.