Perú – Arequipa et le Lac Titicaca

Ici, je vous partage nos dernières aventures dans le magnifique pays del Perú. En retard, certes, puisque nous sommes actuellement à Santiago de Chile! Et entre les deux pays nous avons également traversé la Bolivie… puisque nous traversons bientot vers l’Argentine, je vais au moins essayer de conserver un maximum de 2 pays de retard..! L’exercice d’écriture demeure tout de même une portion intéressante du périple car, en plus de tenir au courant ceux qui souhaitaient nous suivre, cela me permet également de me remémorer le périple, et de réfléchir sur ce qui nous a touché.

Arequipa – 5 au 8 novembre

Cette ville, considérée parfois comme la petite sœur de Cuzco pour sa beauté, fut somme toute agréable. À mon sens, c’est surtout une ville facile et confortable, sans peut-être l’éclat ou la fascination que peut dégager  sa grande sœur. Une des surprises que j’ai eue fut toutefois le couvent de Santa Catalina. Ayant initialement été ouvert au 16e siècle afin d’accueillir jeunes filles riches et veuves toutes aussi riches, il est le plus grand du monde (2 hectares). Je parle du statut financier de ses premières occupantes, simplement parce que plusieurs d’entre elles achetaient en effet un appartement, pour ainsi dire, dans le couvent. Elles vivaient donc cloîtrées, mais en paix, et certaines possédaient quelques pièces et avaient plusieurs serviteurs à leur service. On dit également que certains événements mondains étaient organisés, divertissant ainsi les résidentes du couvent et leurs invités de marque. Un cloître avec une paroi de dentelle par endroit, donc. Il en résulte une collection de chambres, de cuisines, de petits jardins, de grandes salles, qui vient en fait à en faire un petit village. Le couvent aura toutefois été réformé au 19e siècle, le pape envoyant une religieuse stricte afin de réordonner un peu le quotidien des soeurs. Sa façon de faire parvenir un message que l’on pourrait traduire par “là, ça va faire”. Ainsi, fini les esclaves, le personnel et les festivités. Les sœurs sont restées cloîtrées jusqu’aux années 70 ou 80 du 20e siècle.

En voyage, visiter les lieux de culte est souvent l’un des moments forts, peu importe le pays. Les édifices sont grandioses, l’attention mise à la décoration et aux objets est souvent minutieuse, et le seul fait de s’y retrouver invite au calme et à la méditation. Je me suis donc donné comme objectif de poser le pied dans chaque pièce nous étant accessible, ce que j’ai en effet réussi sans aucun problème. Il faut tout de même garder en tête que l’écrasante majorité du territoire du monastère est seulement utilisé pour les visites du public, les quelques sœurs restantes étant logées dans le seul édifice apparement récent dans l’enceinte. Ce n’est donc pas le présent que l’on visite mais bien le passé, et beaucoup de temps et d’argent ont été mis à la restauration du site. N’empêche, que cela demeure possible en 2025 parle de l’importance historique de l’endroit. Et je l’avoue, j’ai complètement perdu le contrôle sur le nombre de photos…

Couvent Santa Catalina
Couvent Santa Catalina

 

Santa Catalina

Canyon de Colca – 8 au 10 novembre

Entre Arequipa et le Lac Titicaca, nous avons repris un peu de hauteur afin d’aller voir, spécifiquement, ce canyon, dont les mérites nous ont été vantés. Déjà la beauté époustouflante apportée par le plus profond canyon au monde (maintenant détrôné par un petit voisin au pays). Et en plus, la chance d’apercevoir des condors. Chance dont nous avons profité, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Car oui, bien que ce soit un animal choyé et vénéré des peuples andins, c’est aussi un volatile plus que gracieux, qui glisse sur les courants d’air comme s’il possédait les environs.

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Canyon de Colca
Encore du beau camping pour se rendre au canyon

Lac Titicaca (ville de Puno) – 10 au 11 novembre

Alors, cette immense étendue d’eau navigable, la plus élevée au monde, nous aura accueillie une soirée. Le lac, en fait, est traversé par la frontière partagée entre le Perú et la Bolivia. Le lac est donc tout aussi partagé… Au premier abord, la ville de Puno est bien classiquement péruvienne: remplie de marchands sur le bord de la rue, dynamique et active. Sinon, l’attrait principal de l’endroit est le lac et ses îles, notamment ses îles flottantes en roseaux. Elles sont une particularité propre à ce lac, et une solution trouvée par la population Uros à l’époque de la colonisation espagnole. Avec ces îles, ils pouvaient tout simplement voguer plus loin avec l’ensemble de leurs possessions pour échapper à l’envahisseur. On dit parfois que la dernière représentante de ce peuple serait décédée dans les années 50, on dit aussi que c’est plutôt une acculturation des Uros par leurs voisins riverains Aymaras… dans tous les cas, certaines traditions demeurent mais d’autres se sont perdues, notamment la langue. De nos jours, beaucoup de gens y vivent encore, mais disons que l’objectif a changé: certaines personnes vont souvent travailler en ville, comme chauffeur de taxi-bateau ou dans les diverses industries, et d’autres restent pour accueillir les touristes. Il y a plusieurs îles distinctes et ont y emmène en rotation les touristes, afin de faire profiter à chacun de cette manne. C’est donc… un peu malaisant comme activité (on ne le dira pas trop fort, mais je n’avais initialement pas vraiment envie de faire la visite…). On nous amène sur une île, où nous serons accueillis par 2-3 personnes ayant couvert leur gaminet aux couleurs de leur équipe de foot favorite par un poncho traditionnel, et ayant ajouté une tuque tressée par dessus leur casquette (je n’exagère même pas). Ils proposent donc des items souvenirs après quelques infos transmises sur la fabrication des îles. Puis on passe à l’autre île, l’île « restaurant », où l’on a finalement pris un thé avant de repartir pour la terre ferme.

C’est le type de situation qui m’amène à réfléchir aux raisons qui font en sorte que je voyage. Qu’est-ce que je je veux voir, ou pas, et qu’elle est ma relation a l’authenticité. Et je pose un regard critique sur ma propre personne mais aussi sur mes comparses voyageurs. La ligne est mince entre vouloir connaître, s’informer, s’éduquer, et occasionner par notre propre tourisme un effet de cirque. Car le choix de conserver un mode de vie ancestral est-il mû par un réel souhait de conservation des traditions, ou par une opportunité commerciale, ou potentiellement un peu des deux..? Dans les faits, il n’y a pas de mauvaise réponse, tous les choix se valent. Mais de mon côté, ai-je appris, où ai-je fermé les yeux avec une petite touche de naïveté et d’hypocrisie? Car j’ai déjà visité des endroits où l’on a reconstitué un ancien village de nouvelle France, par exemple, mais les lignes sont claires: on sait qu’il y a des acteurs, et que l’objectif est pédagogique. En voyageant, parfois, j’ai le sentiment que notre seule présence occasionne une distorsion entre le passé et l’actuel, où la frontière se floue. Parce l’on veut voir ce que l’on pense être « le vrai ». Mais dans les faits, ce que l’on nous montre est parfois le « vrai » d’il y a quelques décennies. Des sentiments parfois difficiles à réconcilier…

Péru – dernière partie

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Perú – Cuzco, Machu Picchu, la vallée sacrée des Incas

Bon, bon, bon…. je dois vous parler du contexte de ma relation avec le Perú. Elle n’est pas extraordinaire, ni particulière, ni privilégiée. Mais chaque voyageur développe une relation avec le pays, l’endroit qu’il souhaite visiter. Certaines personnes nourrissent des rêves dès l’enfance d’un voyage bien spécifique, rêves parfois chéris bien au-delà de l’âge adulte. La rencontre revêt alors un sens tout particulier et devient encore plus spectaculaire. À moins d’être déçu bien sûr, mais ça c’est un autre enjeu, bien plus rare je l’espère! De mon côté, c’était un peu l’inverse au regard du Perú. Pour une raison que j’ignore, ce pays n’était pas sur mon radar. Pourtant je connais plusieurs personnes qui y sont allées, et qui ont été transportés par les merveilles qu’ils y ont vues. Mais peut-être est-ce justement là que mon (petit) désintérêt puise sa source : en avoir entendu parlé longuement. Et peut-être craindre d’en être déçue. Mais avant même de visiter les sites qui s’en viennent, et qui sont largement reconnus comme les perles péruviennes, j’avais déjà été conquise. La brutalité sablonneuse du Nord, la force de la résilience de ses peuples, l’incontournable beauté de ses pampas et de ses montagnes… à chaque détour d’un regard, le pays ne me permet pas de demeurer indifférente. J’aurais souhaité y rester seulement deux semaines, dans mes prévisions, au contraire d’Antoine qui de son côté, attendait avec une relative impatience notre entrée au pays. Et bien, nous y serons restés quatre semaines, et j’en veux encore, il m’en manque, je reste sur une soif insoupçonnée et non étanchée. Et lorsqu’un tel environnement nous fait perdre contrôle sur nos propres plans de voyage, c’est le signe que la découverte a été réelle.

Cusco – 29 octobre au 1er novembre

Il est vrai que Cusco est le joyaux le plus précieux parmi les villes encore habitées du Perú. Les monuments coloniaux semblent rivaliser avec les traces de l’Empire Inca pour le territoire, la gloire et l’importance. Car les uns se sont construits sur les autres, littéralement. Certains immeubles présentent par exemple la fondation d’un ancien temple inca, sur lequel un cloître chrétien a été placé pour solidifier et imager son emprise sur le peuple. Difficile de faire plus clair comme modèle d’imposition coloniale. Malgré le poids de l’histoire, déambuler dans la ville est particulièrement agréable et l’on peut comprendre pourquoi cette vile est la porte d’entrée des étrangers, parfois à la recherche d’un contact presque mystique avec la région. Cusco est le mélange de tout ce qui l’a construite au fil de ses siècles.

D’ailleurs, après avoir visité des temples incas et s’être émerveillés devant l’ingéniosité des Incas, nous avons vécu…l’Halloween! En fait, le 31 octobre est au Perú “el dia de la canción Criolla”, soit le jour de la chanson créole. On célèbre alors des chants inspirés tant des premiers peuples, des espagnols et des esclaves Africains. Le style de musique serait présent depuis longtemps, mais se serait cristallisé au XXe siècle, notamment avec l’arrivée de la radio. La journée est donc bien remplies en activitées de toutes sortes, et le nombre de personnes déguisées m’a tout de même surprise. Je ne pense pas avoir vu un 31 octobre aussi festif chez nous… enfants et adultes sont costumés, jusqu’à tard.

Cuzco

Aguas Calientes mais surtout, le Machu Picchu – 1er au 2 novembre

Pour se rendre à l’ancienne cité inca du Machu Picchu, qui signifie en Quechua “vieille montagne”, nous devions laisser notre voiture, puisque le seul accès se fait par train ou à pied. J’ai d’ailleurs vécu un petit sentiment d’avoir raté quelque chose en ne prenait pas la voie du “chemin de l’Inca”, qui amenait les Incas par la forêt à ce sanctuaire, leur faisant éviter les Espagnols. Mais bon, on ne peut pas tout faire.

En arrivant à Aguas Calientes, qui est aussi nommé Machu Picchu pueblo (le village du Machu Picchu), j’ai eu une pensée pour le quartier de Tamel, à Katmandou au Népal : un condensé de petits endroits se lovant les uns aux autres pour accueillir les étrangers. Et dans les deux cas, on voit des gens qui reviennent de treks de plusieurs jours, pour déguster une pizza et une bière. Parfois, la rencontre entre expérience spirituelle et confort relatif de la modernité ne tient qu’à une douche d’eau chaude…! Mais c’est frappant de voir cet équilibre précaire : comme si le tourisme a nécessairement amené une manne indéniable, forçant aussi un rapport bien plus fréquent avec la commercialité ou certains aspects de modernité, parfois en contradiction avec la tradition. On peut penser que cela dénature l’endroit, mais nous faisons tous le choix du confort (à des degrés différents, bien sûr). Il est donc un réflexe humain, tant au Québec, qu’au Perú, et chacun façonne le maintien de ses traditions à sa manière.

Normalement, les gens réservent à l’avance leurs entrées sur le site du Sanctuaire du Machu Picchu. Bien que nous étions hors saison, les billets pour le trajet que nous souhaitions faire (pas mal tout le site) n’étaient disponibles qu’en décembre, même lors de nos recherches en octobre. Il est toutefois possible de se procurer l’un des 1000 billets rendus disponibles chaque jour directement au village. C’est donc cette stratégie que nous avons retenue, puisque nous ne connaissions pas notre date exacte. Sur les blogs, nous avions lu qu’il fallait se présenter presque aux aurores, que les files étaient monstrueuses, etc, etc… Et bien, nous sommes arrivés vers 13h30 en train, 6 employés étaient disponibles pour nous, et nous avons acheté LE trajet que nous voulions pour le lendemain… wouhou! À notre défense, le Perú donne maintenant le nombre de billets restants en temps réel, nous avons donc pu évaluer les derniers jours. Nous nous étions aussi donné le droit de rester une journée de plus, au cas…

Alors, le lendemain matin… je me suis levée un peu angoissée. Des miettes, seulement, rien d’inquiétant. Mais tout de même, j’ai réalisé à ce moment que ces miettes s’accumulaient depuis quelques jours, culminant à cette nuit. Car jusqu’à maintenant, le Perú m’avait subjuguée, les volutes de brume de ses montagnes et ses vents chauds et remplis de sel et de sable m’avaient complètement enveloppée. J’avais glissé pour sa beauté, comme on s’abandonne les yeux fermés au chaud soleil d’un été québécois en écoutant les cigales. Que me réservait le lieu emblématique d’un pays, de ses habitants et croyances, passés et actuels? Même si le Perú n’était pas sur mon radar et que je n’avais aucune attente il y a quelques semaines à peine, je les avais construites au fil des heures de route. J’avais maintenant peur d’être décue. Dans l’autobus, qui ne fait que le lien entre le village au pied des montagnes et “la vielle montagne”, je contemplais chaque petite beauté au fil des serpentins qui nous faisaient grimper. Les fleurs du paradis, la vallée qui grandissait sous mes yeux, le ciel d’un bleu clair et quasi immaculé couronné de nuages ouateux, qui grandissait tout autant. Et tout à coup… des pierres, des vestiges, comme s’ils avaient été déposés tout récemment au sommet de la “vieille montagne”. Peut-être choisie justement pour la sagesse qu’elle représentait aux Incas, qui sait. Ce qui est certain c’est qu’elle est un endroit sécurisé, qui les rapprochaient du soleil et de la lune, deux entité particulièrement importantes dans leur spiritualité. L’angoisse se transformait donc tranquillement en excitation, mêlée bizarrement de sérénité. Excitée de pouvoir enfin voir ce lieu mythique, au beau soleil sans pluie, et sereine parce que l’endroit commande ce sentiment. Nous étions tous perchés sur une montagne qui semble être un promontoire au milieu d’une vallée l’entourant en fer-à-cheval, au-delà de laquelle se dressent d’autres montagnes. Un endroit fier, et protégé. L’environnement est aussi spectaculaire que le site en lui-même, à mon sens.

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Ollantaytambo – 2 novembre

Au coeur de la vallée sacrée des incas, la ville est magnifique, apparemment encore organisée selon les plans initiaux des Incas. On y trouvent donc les petits canaux d’eau qui traversent la ville, les bâtiments avec cour intérieure, et possiblement encore plusieurs pierres de l’époque.

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En quittant la ville, je souhaitais initialement faire une randonnée qui devait nous amener aux “salineras de Maras”. Il est finalement possible de s’y rendre en voiture, ce que nous avons fait. Car en fait,  en redescendant du Machu Picchu à pied, je me suis tordue une cheville… je sais, ce n’est pas une bonne idée et c’est un peu ridicule, mais que voulez-vous, on ne peut pas toutes les gagner. Ces salineras sont donc des bassins dans lequel de l’eau s’écoulant des colines autour s’accumule, dont le débit est contrôlé selon des techniques savament maitrisées par les familles y travaillant : le déplacement de quelques roches aux bons endroits..! Ces quelques 3000 bassins existaient bien avant l’Empire Inca. Au delà de la production de sel, ce site offre un point de vue magnifique.

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Pitumarca – 3 au 5 novembre

Nous souhaitions faire une petite visite des montagnes de couleur, qui se trouvent au sud de la vallée sacrée. Il y a quelques sites différents, quelques randonnées différentes, mais un arrêt ici nous permettait de nous rapprocher du site. Et, afin de laisser un peu de temps de récupération à ma cheville, cet arrêt nous permettait aussi de ralentir un peu.

En arrivant, nous avons tout de suite senti une ambiance calme, authentique. Premièrement, nous sommes les seuls étrangers actuellement, c’est la basse saison. Et durant notre séjour tombait la fête du village voisin, collé à Pitumarca et séparé seulement d’une rivière. Pour cette fête, tous les petits hamaux de la régions venaient participer à un grand défilé. Les habitants de chaque village revêtent donc les habits d’apparat qui les représentent le mieux, dansent et chantent. La ligne est mince entre leurs habits usuels et les habits d’apparat, puisque la chaleur des couleurs et la créativité de la décoration sont au rendez-vous dans les deux cas. Et sur la place principale, les villageois de Pitumarca regardent avec satisfaction cette démonstration de fierté, ces festivités. Je peinais à tout regarder, tant les participants à la parade que les spectateurs me fascinaient. Quand le hasard nous amène à être témoins de tels petits et grands événements, le voyage en est encore plus riche.

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Plusieurs générations, plusieurs styles, une même attention respectueuse

Après notre mini pause à Pitumarca, sur notre chemin vers Arequipa, nous nous sommes arrêtés aux montagnes de couleurs, notamment Vinicunca et la vallée rouge. Levés à 5h15 pour partir tôt, car ces montagnes sont l’une des destinations les plus populaires maintenant. Les bus de touristes quittent parfois Cusco vers 3h du matin afin d’amener les gens le plus tôt possible, question de posséder l’espace pour eux seuls. Car oui, même si l’Internet foisonne de photos Instagram (avec un petit filtre parfois, quand même), ces montagnes étaient presqu’inconnues avant 2013 : elles se situent à environ 5000 mètres, donc il y a une douzaines d’années, elle étaient continuellement… couvertes de neige. Un nouvel endroit duquel profiter, mais avec un petit goût amer vu la raison.

 

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Après la fameuse montagne Vinicunca, gravie à force d’efforts de respirations difficiles vue l’altitude et les petites chevilles fragiles, nous souhaitions traverser dans la “Valle Roja”. Au sommet d’une crête, nous regardions voir ce qui se trouvait de l’autre côté et une dame, vêtue tout ce qu’il y a de plus traditionnement, nous faisait signe de nous en aller. Non, vous ne fouinerez pas sans payer…! Sur ses habits traditionnels, elle portait une veste jaune de sécurité, dénotant son rôle coercicif dans l’affaire. Et même si son Quechua ne nous permettait pas de comprendre exactement les mots qu’elle utilisait, sa matraque brandie était claire…! Hélas, nous n’avions que quelques soles sur nous, avons donc fait mine de quitter, mais on nous aura laissé passer quand même. Si ma cheville ne m’avait pas restreinte, j’aurais passé la journée à arpenter les couleurs, d’une coline à une autre, d’un flottement à l’autre.

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Peru – Lima, puis la montée dans les montagnes avant Cuzco

De la Cordillère blanche à Cuzco, en passant par Lima
Le point de camping dans les montagnes est approximatif, nous n’étions pas très proche d’une ville.

Lima – 19 au 25 octobre

Redescendre de la Cordillère blanche vers le niveau de la mer aura pris une bonne journée de route, bien remplie, après laquelle nous pouvions espérer profiter de la culture culinaire de la ville, très forte selon ce que l’on nous avait rapporté. Déjà, depuis le début de notre traversée du pays, les gens nous demandent ce que l’on pense de la nourriture et nous proposent des plats typiques. C’est toute une fierté, partagée du Nord au Sud. À Lima, il nous aurait même été possible de manger au meilleur restaurant du Monde, rien de moins! Mais bon, en regardant le menu (et les prix), nous avons décidé qu’il ne valait pas la peine de sortir des REER ou de vendre un rein. Qu’importe, nous avons dégusté de délicieux repas où les saveurs se mélangent. Sauces, herbes, ceviches, grillades, il y a de tout pour tous. Le Pérou a accueilli bon nombre de japonais, la cuisine fusion entre les deux cultures est donc particulièrement présente.

Au delà de la nourriture, nous avons, encore un fois, marché de long en large la ville. Cette dernière se développe sur un plateau, qui tombe ensuite dramatiquement par une falaise dans la mer. Les points de vue pour observer le soleil se coucher sont donc nombreux.

 

Lima

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La place de la vieille ville coloniale

Nous avons par ailleurs profité de l’emplacement idéal de la ville pour faire du parapente! Ni Antoine ni moi n’avions déjà essayé cette folle activité, c’était donc vraiment chouette de le tenter. Il nous est même venue l’idée d’un jour faire notre cour, c’est dire à quel point nous avons apprécié! Le seul fait de se lancer d’une falaise, mettant toute notre confiance dans une aile, portée par le vent… Si les oiseaux réussisent…

Lima
Un homme heureux, et fébrile!

Une facette de la ville qui impressionne, après avoir traversé le Nord du pays, c’est la complète déceonnexion entre les deux réalités. De ce que nous avions remarqué jusqu’à maintenant, le niveau de vie moyen est plus bas qu’en Ecuador, par exemple. Mais Lima vit richement, et ne le cache pas. Les tours à condos luxueux ou les maisons sécurisées sont particulièrement nombreuses. En son centre, la ville propose même un golf, ce qui ne peut que donner un indice sur les moyens aux alentours.

On quitte la modernité de Lima pour un trajet vers l’histoire de Cusco

Le trajet entre la capitale politique et économique, et celle que je surnommerais la capitale touristique, est long. Il faut donc faire quelques arrêts. Mais ces arrêts sont fascinants, comme s’ils souhaitent nous rappeler la diversité et la richesse du Perú.

Huacachina – 25 au 27 octobre

Premier arrêt, un oasis dans les dunes de sable. Le sable n’est pas surprenant en soi, puisque l’ensemble de la côte en est constitué, mais ici les dunes sont immenses. Et les gens du coin l’ont rapidement compris, c’est donc un petit village touristique au bout de la ville. Les vues sont bien sûr majestueuses, et l’on peut en même temps se divertir par divers “sports”. Le ski de sable, le 4×4, et celui que nous avons essayé, le “sandboarding”. Comment ça se passe? On embarque 6-8 personnes dans un véhicule tout-terrain, on leur fout une petite trouille de temps en temps en dévalant les dunes à grande vitesse, puis on les fait descendre une gigantesque dune à plat ventre, sur une planche de bois. C’est comme aller glisser l’hiver, mais de pas mal plus haut! Et puis la neige finit par sécher. Le sable dans les souliers reste pour témoigner du plaisir que l’on a eu.

Huacachina

Huacachina
Deux petits fous qui jonglent avec l’idée de pousser l’autre en bas!

Camping dans les montagnes – 27 octobre

Quelques dizaines de kilomètres après ce désert de sable, nous en avons profité pour aller regarder les fameuses lignes de Nazca. Dans le sol rocailleux, des images et des lignes longues de plusieurs kilomètres ont été tracées il y a 1200 à 2300 ans. Plusieurs études ont été faites, on a pensé qu’il s’agissait d’un calendrier astonomique ou de sites rituels (ou même d’extra-terrestres, mais cette théorie fait moins consensus au sein de la communauté archéologique, disons). Encore à ce jour, tout n’est pas complèment compris, bien que l’on a déduit que l’utilisation de longues cordes, par exemple, avait possiblement permi de tracer des lignes droites de plusieurs kilomètres malgré le relief.

Nazca
On peut voir à gauche une portion du “reptile”, et quelques autres lignes

En quittant la côte, notre voiture zigzague pour monter dans les hauteurs de la pampa, cette vaste étendue en altitude, couverte de ce que l’on pourrait être tenté d’appeler du foin, mais qui porte justement le titre d’herbe de la pampa. Son reflêt légèrement argenté, qui dans au soleil, se marie bien avec les eaux sombres que l’on aperçoit ici et là. Pampa, par ailleurs, signifie “plaine” en Quechua, la langue largement parlée au temps des incas, avant l’arrivée des Espagnols. Elle est encore parlé par environ dix millions de personnes en Amérique du Sud (de la Colombie à l’Argentine), surtout par des gens habitant les Andes.

Et si le paysage n’était pas suffisant, nous croisons ce que nous pensons être des guanacos (selon notre petite analyse des camélidés, mais nous avons assurément aussi croisé des vicunas, tous cousins des lamas et des alpacas). À un moment, au détour d’un rapide regard, nous avons aperçu des flamands roses dans un petit lac à 4 200 mètres, au coucher du soleil… nous étions en voiture et venions de passer 2h30 dans une fermeture de l’unique route, alors s’arrêter pour immortaliser le moment ne pouvait être considéré. En même temps, ce besoin justement de tout immortaliser en image nous rassure, comme si la photo nous permettrait d’en posséder un petit bout. Mais bon, elle n’appartiendra seulement qu’à la nature, bien sûr, alors laisser aller ces images fortes à nos seuls souvenirs fait partie du voyage aussi.

Pampa
La pampa, avec ses montagnes ses petits lacs

Quelques kilomètres plus loin, le soleil se rapprochant de plus en plus vers l’horizon, nous nous sommes arrêtés pour établir notre campement. Tout simplement en sortant de la route sur un petit chemin de terre, comme nous aimions tant le faire en Asie centrale. La vue était, encore un fois, spectaculaire. Nous avons tout de même croisé quelques défis additionnels. Tout d’abord, comme le soleil se couche aux environs de 18h, 18h15, il cesse de nous réchauffer rapidement. Et en altitude, il peut rapidement faire un 2 ou 4 degrés… c’est moins agréable pour passer une soirée, cuisiner ou faire la vaisselle. Également, nous avons monté quand même assez rapidement, et une fois couchés, Antoine ne se sentait pas très bien dû au mal de l’altitude. Nous avons donc tout serrer vers minuit, puis avons fait plusieurs kilomètres afin de descendre d’environ 1000 mètres. Instantanément, Antoine se sentait mieux, et dans la petite auberge pour camioneurs que nous avons trouvée, il s’est endormi en 30 secondes. L’altitude, c’est un réel défi qu’il ne faut pas sous-estimer..! Et sa meilleure solution, ça reste souvent de descendre, pour se donner le temps de mieux remonter plus tard.

Après Puqio
Notre site de camping

Chalhuanca – 28 octobre

Au réveil, nous avons rapidement repris la route et avons pu rejoindre cette petite ville, pour une simple petite pause d’une soirée. Nous avons donc fait comme plusieurs locaux : nous avons mangé un petit repas de poulet rôti, puis avons passé quelques instants sur la petite place. Prochain arrêt, Cuzco la grande!

Londres, Angleterre

The London Eye

Voyager en novembre dans l’hémisphère nord, c’est jouer au chat et la souris avec le mauvais temps.

Dans quel endroit européen allions nous pouvoir passer quelques jours et qui:

  1. nous rapprochait du Canada
  2. nous permettait de revenir à Montréal sans escale
  3. offrait une météo intéressante.

Il n’y avait qu’un seul choix qui répondait à tous ces critères: Londres. Fort curieux direz-vous, car l’Angleterre à ce moment-ci de l’année (voir tout le temps) a la réputation d’être humide et pluvieuse. Le choix n’était pas pour me déplaire non plus car Londres, j’y étais allé une seule fois quand j’avais 14 ans et à cet âge, on ne visite pas les villes de la même manière qu’à 37. On suit le troupeau, on rouspète et on a seulement hâte d’aller se poser pour jouer à un jeux digital quelconque.

Billets réservés et tirelire cassée pour se trouver un hôtel, nous avons donc quittés Bratislava pour nous rendre à Vienne (à 1h30 de route) et prendre l’avion vers le Royaume-Uni.

Le pont Millenium

Il y a tant à faire à Londres ! Nos premières priorités ont été d’aller nous promener sur le bord de la Tamise pour d’un coup d’oeil aller chercher toutes les grosses attractions de la ville, puis d’aller prendre un verre dans un bon vieux pub anglais et enfin d’aller nous restaurer dans un établissement étoilé Michelin (détrompez-vous, certains ne sont pas si chers que ça).  Les Britanniques ne sont pas renommés pour leur cuisine, mais à titre de capitale internationale, l’offre culinaire à Londres est incroyable et attire des talents des quatre coins du monde. C’est donc pour cela qu’on a mangé ce soir-là des tapas de luxe dans le quartier de Soho.

On était vendredi soir et il y avait du monde au pied carré. Du monde ? Comme on en a vu en Inde et je ne plaisante pas. La seule différence était qu’ils étaient majoritairement blancs et en état d’hébriété.

Autobus rouge et pub

Pour cette phase du voyage Audrey était en charge de la cartographie et fidèle a ses habitudes, elle est allée dénicher les quartiers en vogue et les bonnes adresses où se restaurer. Le lendemain donc, premier arrêt dans le Borough Market pour y manger. À l’instar de la veille, il fallait faire du coude pour maneuver et nous avons consommé nos achats debout. Des kilomètres ont été parcourus vers le nord-est pour aller faire un tour dans Hackney, Hackney Central, Hackney Wick. Trop ambitieux dans nos objectifs, il a quand même fallu faire un peu de train pour aboutir dans les temps de l’autre côté de la rivière dans Peckham. Tant mieux car avant le resto, on a eu l’occasion de faire un petit spectacle de drag-queen. Repus et reposés, l’hôtel a été regagné à pied au travers des fêtards du samedi soir.

Au marché Borough Sandwich au marché Boroug

La dernière journée de ce petit périple européen a débuté à Buckingham Palace pour aller payer nos hommages à notre souverain, puis par un fish and chips de luxe dans Marylebone.  Après, petite promenade dans Hyde Park puis dans le quartier de Kensington.

Hyde Park

Fich and Chips deluxe

Plusieurs canaux traversent la ville de Londres et ces dernier avaient piqués notre curiosité. Nous sommes donc aller marcher quelques kilomètres le long d’un d’entre eux. Plusieurs signes le qualifiait de “Little Venice” et il a fait bon s’y balader. Sporadiquement, des péniches y passaient et ses berges étaient totalement occupées par des maisons flottantes quasiment toutes habitées. On était dans une sorte d’écosystème en fait. Il y avait du traffic fluvial et certaines embarcations semblaient faire la livraison de carburant et de vivres. Une péniche était d’ailleurs à ventre pour à peu près 150 000 £, une aubaine compte-tenu du prix exorbitant de la terre ferme dans cette ville.

Les canaux de Londres Les canaux de Londres

Sortis des canaux, nous sommes tombés par hasard sur la fameuse traverse d’Abbey Road. Finalement, notre journée s’est arrêtée dans Camden Town pour un repas de pub puis un retour à la marche. Selon l’état de mes pieds, je suis généralement capable de dire avec un semblant de justesse la distance qui a été couverte dans la journée et là, on avait dépassé le 30 kilomètres. Sur la carte de Londres, on avait parcouru une toute petite boucle dans le quadrant ouest. Il y avait longtemps que je n’avais pas été confronté à ce point à l’immensité d’une ville (peut-être Mumbai ?)

Tours à Londres

Rendu-là, mon corps m’envoyait des signaux que j’avais assez marché. Ça tombait bien car le lendemain, nous reprenions l’avion pour retourner dans la grisaille et l’humidité de l’automne québécois. Étions-nous tristes ? Curieusement non. Tant Audrey que moi avions l’impression d’en avoir vu assez pour cette fois. Notre tête était pleine de beaux souvenirs et l’impression d’avoir été parti au moins 2 mois nous habitait tout les deux quand en temps normal les voyages ont la fâcheuse habitude de passer vite comme l’éclair.

À la prochaine escapade donc.

Une ruelle de Peckham
Une ruelle de Peckham

Regard sur les soins palliatifs

La médecine moderne échoue bien souvent dans son mandat de guérir le corps, mais dispose de maints outils pour apaiser l’esprit et l’aider à accepter la maladie tant dans sa progression que dans sa finalité. Alors que la plupart des autres disciplines médicales s’exhortent à cette première tâche, la deuxième incombe entre autre chose à celle des soins palliatifs. Soins palliatifs que je préfèrerai nommer soins de fin de vie, car loin de seulement viser à la palliation de symptômes, leur mandat est un d’accompagnement jusqu’à l’extinction, tant pour le patient que ses proches. Elle a comme objectif de mettre la chair et la détresse en sourdine afin de donner les moyens au malade de faire en sorte que les expériences qui l’ont rendu humain puissent être à l’avant plan dans ses ultimes moments.

C’est ce rôle d’accompagnement que j’aurai trouvé le plus enrichissant lors de mon court séjour dans cette discipline. Comme ailleurs, les prises en charge et traitements ne sont surtout que recettes éprouvées, mais aucun livre n’indique le « savoir être » qu’il faut pour escorter un compatriote et ceux qui lui sont chers vers la fin de l’existence. Certaines techniques d’interaction sont à prescrire, mais il n’y a pas d’idéal et il existe autant de manière d’agir que de personnes; tant intervenants que patients. Encore plus qu’avec le bien portant, l’approche avec le mourant s’adapte et évolue.

Les interactions avec les patients en fin de vie vont du simple regard aux longues discussion, mais l’on met en chacune d’entre elle tout le poids de notre vécu, quel qu’il soit. Le médicament que l’on administre pourra atténuer la souffrance physique, mais soulager l’esprit pour le voyage à venir relèvera tant de la philosophie que de la thérapeutique. Aux confins de la vie, l’esprit en paix semble tourner son regard vers le passé et puise dans ses souvenirs afin de construire la conclusion d’un vécu riche qui l’accompagnera dans ses derniers souffles. Les soins palliatifs ont ceci de beau qu’ils redonnent à la médecine cet apanage de discipline de l’âme qu’elle pouvait avoir alors qu’il n’y a pas si longtemps, la science moderne n’était pas si avancée et l’homme était impuissant devant la maladie. À cette époque, la mort était partie du quotidien. De nos jours, elle a été évincée de l’espace public pour n’occuper que les confins de nos sociétés. À titre de futur médecin, j’éprouve un certain intérêt à la côtoyer, car il n’y a pas plus grande source d’humilité. Dans un monde qui ne semble accorder de l’importance qu’à l’artificiel et au futile, ce genre de memento mori nous ramène à l’essentiel et à l’inéluctable : il n’y a que de vrai et de précieux nos proches ainsi que le moment présent; et que tout ceci est éphémère.