Aralsk, Kazakhstan (coincé à)

L’ancien port d’Aralsk (photaudrey)

Aralsk, petite ville de 30000 habitants, jadis un important centre de pêcheries et de commerce sur la mer éponyme, mais aujourd’hui trop loin de son rivage pour pouvoir se prétendre portuaire. Vu que notre voiture est maintenant officiellement en panne mécanique, nous y voilà coincé pour un laps de temps indéterminé. Heureusement, les mécaniciens Kazakhes semblaient avoir les choses bien en main alors espérons-le, ils allaient trouver un moyen de nous remettre sur nos quatre roues.

Avec un Lada comme celle-là (ou un chameau) nous ne serions pas restés coincés si longtemps…

Après avoir passé une nuit à l’hôtel donc, je me lève et tout de suite après le dîner, je me rend à la voiture pour voir l’avancement des travaux. Personne en vue, mais tout le système de courroie d’entraînement a été démonté, c’est donc du progrès. Je ramasse quelques affaires, notamment des vêtements propres pour moi et Audrey en vue d’une autre nuit à Aral et reprend le chemin de l’hôte. Vers la fin de l’après-midi, on vient cogner à la porte de l’hôtel, j’ouvre et c’est l’un des mécanos. Apparemment, il n’ont pu dénicher un tensionneur de courroie de remplacement dans la ville et ses environs. Bon, c’est compréhensible vu la spécificité du truc et la petitesse de l’endroit. À l’aide de Google Translate, je communique tant bien que mal avec le type. Selon lui, il y en aurait un à Aktobe (650km) et deux à Taraz (1075km), il faudra donc le commander et il viendra par train (de ce que j’ai compris), logique. Je l’instruit donc de faire ce qu’il faut pour réparer la voiture et il repart. Nous allions donc passer au moins une journée de plus à Aral. Histoire de meubler notre temps avec des activités touristiques pertinentes, nous sommes tous les trois allés visiter le vieux port d’Aral, aujourd’hui un champ de bâtiments désaffectés et de grues rouillées. Devant ce qui devait être les quais, des fonds de coques rouillent dans une large mare d’eau stagnante et huileuse. Avec le coucher du soleil en arrière-plan, l’endroit s’est prêté à de magnifiques photos. En soirée, profitant de notre dernier moment en compagnie d’Aurélien, on a récidivé avec les bières de parc et la discussion jusqu’à très tard.

Le lendemain, on retourne à la voiture: rien n’a changé sur l’état du véhicule. Je retourne voir les mécanos, ils ne sont pas trouvables. On passe la soirée à regarder des épisodes Game of Thrones. Le surlendemain, de nouveau nous nous rendons auprès de la Golf. On tombe sur un mécano et celui-ci semble nous demander où se trouve la nouvelle pièce (???) et nous dit qu’il n’y en avait pas à Aktobe. Était-ce à nous d’aller la chercher? On se comprend tellement mal avec Google Translate, c’était entièrement possible. En ce qui me concerne, je commence réellement à frustrer. J’avais remarqué une voiture plaquée Angleterre au garage, il y avait donc d’autres touristes ici. Ensuite arrive une camionnette elle aussi du même pays.  Je discute avec les propriétaires des véhicules et passe un bon moment à communiquer ma peine à gens en mesure de me comprendre.

Aral a tout de même un petit centre-ville

D’autres touristes? À Aralsk?

Bien qu’ils étaient aussi là pour des soucis mécaniques, ils étaient loin d’être du même ordre que le nôtre. De manière à gagner du temps, Audrey était partie aller voir les horaires de train et de bus au cas-où nous allions devoir aller chercher la foutue pièce nous-mêmes. De toute évidence par contre, nous n’allions pas partir ce soir, alors j’ai convenu avec les autres touristes de nous rencontrer dans un restaurant afin de faire passer notre mal d’Aral. Frappé de plein fouet par la barrière de la langue, je m’étais finalement résolu à contacter Aurélien et lui demander si l’un de ses contacts kazakhes n’était pas prêt à nous sortir du pétrin. Celui-ci m’a aussitôt envoyé le numéro de Saltanat. De nouveau seul au garage et voyant que rien ne se passait, je l’ai appelé et lui ai poliment expliqué la situation.  À bien y repenser, c’est ce que j’aurais dû faire dès le premier jour. Aussitôt après que mon sauveur kazakhe eu parlé au mécanos, les choses se sont débloquées à vitesse grand V. Ils allaient faire des appels le lendemain pour commander la pièce de Taraz puis communiquer avec Saltanat pour qu’elle nous relaye l’information. Enfin! Ce qui me sidérait toujours par contre, c’est de ne pas comprendre ce que les mécanos foutaient ces derniers jours après ne pas avoir trouvé la pièce à Aralsk. Est-ce que l’échange d’information leur avait laissé entendre que j’allais me débrouiller moi-même? Ou est-ce qu’ils étaient tous idiots? Tout ça m’agaçait vraiment. Attendre après une pièce, OK. Attendre après de l’incompétence (de ma part peut-être…), ça m’enrage. L’heure du repas venu, Audrey et moi avons retrouvé nos copains d’un soir: un couple en road-trip jusqu’en Asie du sud-est et deux amis (prenant une pause d’études de médecine) en route vers la Mongolie. Le bon repas qui a suivit et les plusieurs pintes subséquentes ont eu tôt fait de nous faire oublier la situation.

Notre pièce allait arrivée dans l’un de ces trains.

Au restaurant pour le dîner, Saltanat nous rappelle. La pièce a finalement été tracée à Taraz pour 10000 Tengues. Elle me demande si on la commande, je répond tout de suite par l’affirmative. Selon elle et les mécanos, il faudra une journée pour qu’elle se rende, il est donc probable que nous récupérions la voiture demain soir. Dans tous les cas, les mécanos devraient la contacter et elle nous relayera l’information. Excellent! J’ai aussitôt senti la tension retomber. Audrey et moi sommes retournés à l’hôtel pour travailler un peu puis sommes partis nous promener dans la ville d’Aral pour la dernière-fois espérons-le, car nous commencions réellement à devenir des familiers du coin. Premièrement, nous sommes allés visiter le cimetière de la ville, apparemment en désaffection, car la majorité de sépultures avaient été excavées. De cette longue marche, nous sommes revenus en passant par les rues sableuses des petits quartiers de la ville d’Aral. Au moins, les locaux sont gentils et ouverts. Les enfants, qui apprennent maintenant l’Anglais plutôt que le Russe à l’école ne manquent jamais ne nous lâcher des “Hello” et “What is your name”, les adultes nous klaxonnent, nous envoient des signes de la main ou prennent la peine de venir nous la serrer en nous demande d’où nous venons.

Naturellement, il nous a fallu attendre un journée de plus, car le lendemain, elle n’était toujours pas arrivée et encore moins installée. Cependant, le mécanicien avait reçu la confirmation qu’elle était bien à bord du train et qu’elle allait arriver dans la nuit.  Encore fallu-t-il que ce soit effectivement la bonne pièce, mais là-dessus, nous avions confiance en notre mécano kazakhe.Tant pis, j’ai au moins pu travailler toute la journée et la soirée. Cette nuit devait être notre 6e et espérons-le la dernière.

Leçon de l’histoire lorsqu’on subit une panne dans des pays moins développés:

  1. s’armer de patience
  2. ne pas sous estimer la barrière de la langue
  3. se munir d’un interprète dès le début

(photaudrey)

 

Mer d’Aral – Aralsk, Kazakhstan

  • Date: 15 septembre
  • Départ: 11h00
  • Arrivée: 14h30
  • Température: soleil
  • Route: piste de sable et de terre

Distance: 30km (cliquez pour plus de détails)

Encore une petite journée en hors route. Au lieu de revenir sur nos pas, nous avons décidé de boucler la boucle et de monter vers Aral par la route sableuse que l’on avait initialement tenté d’emprunter. Sven et sa copine gagnaient en confiance pour affronter les situations hors route à deux sur la moto et la Golf s’était montrée largement à la hauteur jusqu’à maintenant. Cependant, quelques kilomètres après le départ, le moteur s’est soudainement mis à émettre un bruit aigu dont la fréquence dépendait du régime. Bon, un autre problème, probablement une poulie qui était en voie de rendre l’âme. Tout le sable que le moteur s’était mangé dans les derniers jours avait probablement précipité le problème.

La tête dans le capot, il a fallu à moi et Aurélien un petit moment pour nous faire une idée du problème. La courroie d’arbre à cames était abîmée et le son provenait de cet endroit, c’était donc un roulement à billes dans la région. Encore à 20 kilomètres de la ville, nous avons décidé de poursuivre tout en gardant le moteur à bas régime pour ménager la pièce défectueuse. Heureusement, la Golf s’est rendue à bon port (vous captez la blague? Il y avait un port à Aralsk, il n’y en a plus car la mer s’est retirée…) Tomber en panne dans un tel endroit nous aurait valu de belles emmerdes.

Après avoir fait un arrêt bouffe dans un resto de la ville et s’être fait payé des bières par un Kazakhe en visite lui-aussi, nous nous sommes rendus dans un garage en compagnie d’Aurélien. Sven avait des courses à faire alors il allait nous rejoindre plus tard, mais de toute manière, il quittait ce soir pour Almaty. La Golf avait à ce moment deux soucis, un étrier de frein auquel il manquait un boulon et un roulement dans le moteur qui était en voie de rendre l’âme. Le premier mécanicien visité nous a confié ne pouvoir rien faire pour notre ennui de moteur. Lorsque questionné sur la possibilité de nous rendre jusqu’à Kyzylorda, la capitale régionale, il nous a répondu par l’entremise de Google Translate qui pour une fois semblait avoir compris le contexte de la conversation : “You won’t make it.”

Dans le deuxième garage, j’ai commencé par leur montrer le problème de frein pour voir ce qu’il allait en faire et au moins régler celui-là si nous allions tout de même décider de partir contre recommandations. Nous n’allions pas rouler à pleine vitesse sur l’autoroute avec un étrier à moitié attaché, c’était de la sécurité de base. Le mécanicien, un type quand même assez dégourdi, a commencé par cogiter sur la situation et tenté de voir s’il était possible de souder un autre boulon au lieu du boulon original puis de lui scier la tête. Malheureusement, il n’aurait plus été possible de changer les plaquettes par la suite, plutôt handicapant donc. Le principal défi ici est que Volkswagen n’a pas utilisé une pièce standard pour faire tenir l’étrier. Sur une autre voiture, tarauder l’orifice dans le moyeu et utiliser la taille de boulon au dessus aurait sans doute fait l’affaire mais là, le principe de fonctionnement faisait en sorte qu’il fallait reproduire le guide/boulon d’origine. J’ai suggéré de simplement forcer un boulon de suspension dans le trou. Fait d’un métal très dur, il est possible qu’il puisse refaire un filet dans le moyeu plus mou et donner un ancrage solide. Le mécanicien ne voulait rien savoir.

Dans l’atelier d’usinage

Se levant d’un coup, il me demande si j’ai de l’argent sur moi et m’indique de monter dans son véhicule. Cinq minute plus tard, nous arrivons devant le portail d’une maison non loin du garage. En rentrant et en apercevant tout le matériel d’usinage dans le garage du type, je comprend aussitôt qu’il va nous fabriquer un remplacement. Ça c’est de la débrouillardise! 1000 tengues (4$) et dix minutes plus tard, j’avais entre les mains un excellent substitut de la pièce originale. De retour au garage, tout a été remonté sans accrocs. Initialement, j’avais peur que les Kazakhes me bricolent un truc approximatif mais là, c’était une réparation de chef, aussi solide et totalement dans l’esprit de la pièce originale.

La nouvelle pièce usinée (à gauche)

Problème numéro un réglé on passe au problème numéro deux. Là, c’était un peu moins drôle. Après avoir inspecté la voiture à 4 personnes, ils nous ont expliqué (tant bien que mal par l’entremise de Google Translate) que le tensionneur de la courroie d’arbre à cames était bousillé. Lorsque j’ai de nouveau émis la possibilité de rouler jusqu’à Kyzylorda, ils ont tout été unanimes, j’allais tomber en panne bien avant. L’un d’eux à même renchérit que le moteur allait peut même en écoper si la courroie lâchait avec le moteur en fonction. Voilà de bien mauvaises nouvelles.

Comme il se faisait tard, les mécaniciens m’ont proposé de remorquer la voiture jusque dans un lieu sécuritaire pour la nuit et qu’ils allaient tenter de trouver une pièce de remplacement demain. Nous n’avions pas vraiment le choix. La voiture remorquée et sécurisée, nous nous sommes constitués de petits sacs à dos pour une nuit puis le garagiste nous a reconduit au même hôtel qu’Aurélien. Déjà, je sentais que nous allions rester coincés à Aral pour un moment. Ce genre de pièce allait être difficile à trouver c’était certain, de un parce que ce n’est pas quelque chose qui brise souvent, mais aussi parce nous étions à Aral, une petite ville de 30 000 personnes en plein milieu du Kazakhstan.

Chameaux, dromadaires et vaches se promènent en liberté dans Aral …

Une fois nos effets posés à l’hôtel, nous avons accompagné Aurélien à la gare ferroviaire pour investiguer la possibilité pour lui de quêter un trajet dans le poste de conduite d’un train de marchandise. Nos chemins se séparaient à Aral et il devait trouver un moyen de se rendre jusqu’à Aktau pour prendre un avion. Aurélien s’étant rendu jusqu’ici presque exclusivement en stop, il était naturel qu’il n’aille pas d’office acheter un billet de train. Par la suite, shawarma dans un café/disco local puis bières et discussion dans le parc près de la grand-place.

Aralsk, Kazakhstan – Mer d’Aral

  • Date: 14 septembre
  • Départ: 12h00
  • Arrivée: 18h30
  • Température: soleil
  • Route: gravier puis piste de sable et de terre

Distance: 68 km (Cliquez pour plus de détails)

Vous remarquerez que la carte n’est plus tirée de Google Maps, mais plutôt d’OpenStreetMap, car les chemins que nous empruntions n’y sont pas affichés.

Debout à une heure raisonnable, nous avons déjeuné tranquillement en compagnie des chameaux et du paysage puis avons quitté notre camp direction mer d’Aral. Les camps dans la steppe ont définitivement quelque chose de magique. L’air y bon, bien que nous soyons totalement exposés, il y vente très peu et finalement, le ciel de nuit y est magnifique.

Nous avions près de 30 kilomètres à parcourir avant notre premier arrêt, ce qui est peu pour une journée de route au Kazakhstan, mais la route de gravier était très raboteuse, alors nous n’avancions pas très vite. Sven, plus agile avec sa moto, finissait toujours par nous devancer. Une dizaine de kilomètres avant Zhalanash, le village où se terminait la route et l’endroit où nous allions bifurquer vers la mer, un bruit métallique a commencé à se faire entendre dans la route avant gauche. J’arrête la voiture, je regarde en dessous, rien. Je remonte et j’avance un peu, le bruit recommence. Aurélien sort pour écouter pendant que je fais rouler la voiture et confirme l’origine du son et mon impression que cela doit venir de la suspension. Finalement, on démonte la roue et surprise, on découvre l’étrier du frein qui ne tenait plus qu’à quelques filets d’un boulon, l’autre étant tombé on ne sait où.

Nous sommes tous les trois sortis du véhicule et avons fait la battue de la route derrière nous pendant presque un kilomètre pour tenter de retrouver le boulon perdu. Sans succès, nous sommes retournés au véhicule et j’ai entrepris de trouver une manière de rattacher l’étrier. Après analyse du problème, le pas de vis du boulon inférieur, celui que nous avions perdu, était complètement mangé, ce qui signifiait potentiellement que le boulon était tombé il y a plusieurs milliers de kilomètres et que finalement, les vibrations avaient eu raison du boulon supérieur et l’avaient déserré. Qu’importe, circuler avec un frein à moitié attaché était tout de même quelque chose de plutôt risqué, mais comme nous ne roulions pas très vite, un boulon allait suffire jusqu’à notre retour à Aralsk. J’ai donc réinstallé le boulon supérieur et attaché le bas de l’étrier au moyeu avec du fil de fer. Pendant que nous travaillons sur la voiture, quatre Kazakhes sont passés en 4×4, on offert leur aide et voyant que la situation était sous contrôle, nous ont donné jus, eau, fruits et biscuits au cas où nous resterions coincés ici pour longtemps.

L’état du chemin…

La réparation faite, nous sommes repartis, mais non pas sans s’arrêter à tous les cinq kilomètres pour vérifier si rien ne s’était défait. Sven, qui avait eu le temps de se rendre jusqu’au village est finalement revenu à nous pour voir ce qui se passait et tout ensemble, nous sommes rentrés dans Zhalanash, un ancien village de pêcheur et le point de départ d’une route menant à un endroit où nous pouvions encore observer des carcasses de bateau laissées en plein désert par la mer qui s’était retirée il y a des décennies. La route menant aux carcasses n’était qu’une petite piste de sable et de terre surtout empruntés par des camions, mais avec notre garde au sol digne d’un 4×4, il n’y avait aucun problème et lorsque les ornières devenaient trop profondes, nous ne faisions que couper par l’ancien lit de la mer, aujourd’hui partie intégrante du désert alentour.

Des carcasses de bateau il ne restait plus que le fond. Tout avait été démantelé par les ferrailleurs. C’était quelque peu dommage, mais évidemment la bonne chose à faire avec des tas de métal pourrissant dans le paysage. Tout de même, il aura quand même fallu une bonne vingtaine d’année aux Kazakhes pour finalement s’en débarrasser. Seulement, il faudra mettre les guides de voyage à jour car le nôtre, datant de 2015, faisait encore état de ces épaves en plein désert.

Comme Sven peinait à maîtriser sa moto dans le sable, il nous a transféré Clotilde, sa passagère, car la Golf s’avérait bien plus à la hauteur pour ce type de terrain. Arrivés en bord de mer, nous avons été surpris de tomber sur une bande de pêcheur Kazakhes et un rivage boueux et plein de roseaux. Selon nos lectures, nous nous attendions à une immense mare en plein désert beaucoup trop salée pour que quoi que ce soit y vive. Nous nous étions évidemment trompés et tant mieux si les Kazakhes pouvaient encore tirer encore une petite subsistance de la mer d’Aral. Ayant été séparé en plusieurs segments par le recul des eaux, il se peut que l’endroit sur lequel nous avions lu se trouvait ailleurs. Peut-être en Ouzbékistan, peut-être quelques centaines de kilomètres plus loin dans le désert, qu’importe, c’était hors de notre portée.

À gauche, la mer d’Aral en 1989 et à droite, en 2014

Comme nous voulions un endroit paisible pour nous baigner et camper en bord de mer, nous avons quitté le coin des pêcheurs et nous sommes dirigés direction nord vers la ville d’Aralsk pour trouver un autre endroit. En allant tester ce qui semblait être au loin une plage, Sven s’est solidement embourbé dans le rivage boueux et il a fallu une bonne demi-heure à nous cinq pour sortir sa moto de là. Heureusement, notre prochain arrêt allait être le bon. Pas de plage, mais au moins un endroit sec pour poser la tente et un accès à l’eau. De toute manière, s’il existait des plages, elles avait dû maintenant être intégré au désert et donc à une bonne distance du rivage présent.

La baignade s’est avérée être une expérience boueuse, mais au moins un peu rafraîchissante. Tous lavés (propre, c’est débattable, car l’endroit est très pollué), nous avons soupé sur les provisions qu’il nous restait, soit potage et pâtes, car nous n’avions pas prévu de camper deux jours aux abords d’Aral. La nuit tombée, les pêcheurs fréquentant ce site avaient laissés assez de débris de bois et de roseaux coupés autour pour que nous puissions faire un feu (le premier du voyage!) en dégustant ce qu’il restait de nos réserves de vin français.

Notre premier feu en camping!

Almaty, Kazakhstan

Plusieurs Kazakhes rencontrés à Astana nous ont confiés venir d’Almaty, l’ancienne capitale au sud et lorsqu’ils apprenaient que justement elle se trouvait sur notre parcours, ils renchérissaient à l’unanimité qu’elle était beaucoup plus charmante qu’Astana. Comme de fait, c’est la première chose qui frappe lorsqu’on arpente Almaty, ses petites rues, toutes verdoyantes et flanquées de petits édifices vieillots. Astana, rappelez-vous, était tout le contraire : d’immenses boulevards dénudés de nature et bordés par d’immenses tours flambant neuves. Autre contraste, Astana est située au beau milieu de la steppe alors qu’Almaty se trouve en contrefort de montagnes dépassant le 4000 mètres et desquelles on aperçois glaciers et neiges éternelles.

La première journée donc, après avoir passé l’après-midi à l’ordinateur, nous avons sauté dans le téléphérique non loin de l’hostel pour monter le Kok Tobe et profité de ce promontoire pour observer le soleil se coucher sur la ville. Spectaculaire. Pour le reste de la soirée, rien de cette envergure, nous sommes simplement restés tranquille à l’hostel et plus tard, nous avons partagé une bière avec Aurélien, notre co-chambreur. Il avait voyagé jusqu’à Almaty en auto-stop depuis Shanghai en Chine et avait donc de bonnes histoires à conter. Il se dirigeait vers Baïkonour, le fameux cosmodrome russe, afin de tenter de voir décoller une fusée Soyouz qui emmènera un équipage vers la Station Spatiale Internationale. Par la suite, il se dirigerait vers la mer morte. Intéressant…

Au réveil le lendemain, nous avons discuté plus longuement avec Aurélien pour en apprendre plus sur son plan. Lors de la planification du voyage, en apprenant qu’il décollait un vol de Baïkonour alors que je me trouvais au Kazakhstan, j’avais sérieusement considéré y aller, mais à 1400 kilomètres d’Almaty, c’était peut-être trop loin. D’autant plus que pour rentrer sur le site, il fallait un laisser passer officiel que seulement certains opérateurs de tourisme étaient mandatés à émettre pour des sommes avoisinant les 1000-3000 euros (incluant le vol depuis Astana et un tour des installations). Aurélien n’avais de toute évidence par de tel permission et allait tenter de voir sur place s’il y avait des alternatives. Dans le pire cas, il allait espérer que la météo soit assez clémente pour le laisser observer le décollage depuis la ville à l’entrée du cosmodrome, située à quelques 40 kilomètres du pas de lancement. Il avait cartographié l’entièreté de la région et était de toute évidence bien préparé. Le risque d’échec était tout de même élevé, mais il était d’avis qu’il fallait au moins le tenter, car l’on est pas au Kazakhstan tous les quatre matins. Complètement d’accord… Après en avoir discuté avec Audrey pendant le repas du midi, nous avons décidé de nous aussi aller tenter notre chance et avons offert à Aurélien une place dans la Golf, chose à laquelle il a répondu un: “Ah ben carrément!”

Dans le Bazar Vert

N’ayant pas terminé la remise à niveau de la voiture lorsque nous étions à Astana, j’ai obtenu de la préposée de l’hostel des directions vers un marché aux puces de la mécanique similaire à celui de la capital. Avant d’y aller par contre, passage au Bazar Vert, un immense marché où il se trouve d’absolument tout à très bas prix et selon le guide un bon endroit pour tenter le lait de chamelle et de jument fermentés. Après avoir arpenté tout le complexe, nous sommes finalement tombés sur le petit stand qui vendait de ces produits. J’ai été plutôt hésitant, mais finalement, je me suis convaincu qu’il fallait tenter l’expérience. La vendeuse, habituée des touristes venant goûter de ces délices des steppes, nous a gentiment donné un petit fond de lait de chamelle.

Je goûte : c’est absolument infecte. Une sorte de jus de fromage chèvre périmé et beaucoup trop amer avec un fond de pétillant. Vient ensuite le lait de jument, encore là je goûte : même saveur que le précédent produit avec un distinct arôme de vômi en superposition. Je regoûte au lait de chamelle, tout d’un coup c’est un peu mieux. Audrey partage pleinement mon avis et a même avoué avoir eu une pensée nostalgique de sa soupe au kvac. Pendant que nous expérimentions avec ces produits du terroir, deux Kazakhes sont passés, ont promptement commandé un bon bol de lait et l’ont descendu sans même prendre le temps de respirer. Le lait de chamelle/jument est un goût acquis, c’est certain. Cependant, moi qui normalement adore fromages bleus, kimchis et autres trucs qui sortent de l’ordinaire, c’était hors de ma ligue.

Une fois arrivés au marché automobile (de l’autre côté de la ville), nous nous sommes arrêtés au premier garage pour obtenir un estimé. Son propriétaire parlait un bon anglais et nous a fait une offre raisonnable pour poser nos plaquettes (8$). Pendant qu’on travaillait sur la voiture, lui et moi avons discuté de plusieurs choses. C’était un Kazakhe bien nantis qui pouvait se permettre d’aller en Europe plusieurs fois par année. Il se décrivait comme heureux de vivre à Almaty, mais pestait contre la corruption, qui lui coûtait des centaines de tengues par jour. Des fois, c’était la police qui passait, d’autre fois l’inspecteur municipal, parfois les pompiers… tout le monde passait prendre sa petite cote. Inspectant en même temps notre voiture, il nous a évidemment questionné sur ce que nous comptions en faire. En apprenant que nous allions la vendre au Kirghizistan, il m’a avoué que nous allions obtenir un bien meilleur prix à Almaty et que ce genre de véhicule pouvait aller chercher 4000$US. Même lui était prêt à nous la prendre, alors il m’a demandé de lui donner un montant et pour l’exercice je lui ai sorti 3000 $US. Il m’a regardé d’un air étonné et m’a donné ses coordonnées. Comme l’importation de voitures est un casse-tête au Kazakhstan, il comptait la revendre en pièces détachées, mais cela nous importait peu. Imaginez, 3000$US pour une voiture qui nous a coûté 1100 Euros; nous allions non seulement récupérer notre investissement initial, mais allions en dégager un solide profit qui allait peut-être même payer essence et entretien. Il se peut que ce soit trop beau pour être vrai, alors je vais garder ma joie pour le moment où nous aurons une liasse de billets entre le mains. Les plaquettes posées et la voiture sortie du garage, Audrey et moi avons fait le tour du marché à la recherche d’un pneu pour finalement décider de laisser celui en place même s’il était très usé.

De retour dans notre quartier, j’ai tenté de réparer le problème de ralenti au démarrage, opéré une rotation des pneus pour en décommisionner un qui était vraiment, vraiment très usé et ai réorganisé un peu l’intérieur de l’auto. Sur la place d’à côté il se donnait un concert de musique folklorique alors aussitôt le repas (de cafétéria) terminé, nous nous sommes postés pendant une heure pour écouter deux orchestres Kazakhes interpréter de la musique nationale, mais aussi des airs plus occidentaux. Par la suite, j’ai travaillé un peu. Un peu je dis, car j’ai passé un bon deux heures à tenter de me renseigner sur l’observation d’un lancement à Baïkonour. Après m’être familiarisé avec le cosmodrome et la zone alentours, j’ai pu déduire que le décollage allait se faire vers le nord-est, car c’est l’orbite que suivait la Station Spatiale Internationale. Du reste, aucune autre information utile à part ce qui est donné par la canaux officiels, impossible de trouver un blogue ou un article de forum relatant l’expérience d’un voyageur ayant tenter de le faire de l’extérieur et sans permis. De nouveau nous avons prit un verre avec Aurélien qui rentrait d’une soirée avec des connaissances Kazakhes et c’en était de la journée.

Au matin, j’ai appris que Sven, un allemand rencontré à Astana se dirigeait lui aussi à Baïkonour. Nous allions donc être un beau petit contingent. La veille, nous n’avions pas pu faire réaligner la voiture, car le garage fermait bientôt. Nous sommes donc revenus au même endroit. Depuis sa nouvelle suspension, la Golf tirait de la droite et je soupçonnais que le désalignement était à l’origine de l’usure carrément exagérée des pneus avant. L’intervention allait certainement corriger la trajectoire et peut-être nous permettre de finir le voyage sur les pneus que nous possédions. En tout cas, pour 12$ ça valait de coup.

Almaty est verdoyante

Une fois de retour, Audrey et moi sommes sortis prendre une marche (nous quittions demain, il fallait tout de même visiter un peu de ville) pour revenir à bord du métro tout neuf d’Almaty (évidemment construit à l’image de celui de Moscou) et rencontrer Aurélien pour aller prendre un verre. Un bar, un kébab, un autre bar et après des bières dans un parc, la soirée s’est terminée sur fond d’exercice comparatif entre les démocraties canadiennes et françaises. Au retour à l’hostel pour un dernier verre, nous y avons intercepté Bruno, un flamand qui aurait pu être de bonne compagnie, mais qui à l’heure qu’il était beaucoup trop ivre pour que l’on puisse extirper quoi que ce soit d’intelligent de lui.

Astana, Kazakhstan – La Golf se refait une beauté

Comme le récit sur la ville d’Astana est très long, je l’ai divisé en plusieurs parties (ça laissera plus de places pour les photos):

  1. Premier contact
  2. La Golf se refait une beauté
  3. Exposition universelle (partie 1)
  4. John
  5. Le musée présidentiel et l’exposition universelle (partie 2)
  6. Exposition universelle (partie 3)

Le jour suivant allait être entièrement dévoué à la voiture. Le propriétaire de l’hostel, décidément un homme serviable, allait nous conduire jusqu’à un garage et nous aider à négocier un bon prix pour la réparation de la Golf. Le site sur lequel il nous a accompagné n’était en fait pas un seul garage, mais un conglomérat d’une dizaine d’entre eux attenant à un immense marché intérieur et extérieur de pièces automobiles en tout genres. On achetait ses pièces soi-même et l’on allait ensuite les faire poser par des mécaniciens. Sur l’espace de plusieurs heures, il a arpenté avec nous tout le complexe pour nous trouver quatre ressorts, deux amortisseurs (de manufacture chinoise) et un radio tout en nous négociant le meilleur prix. Il a fait de même pour l’installation et est resté sur place pour s’assurer que tout se déroulait rondement. Pour ma part, j’ai aussi surveillé les travaux et en ai profité pour aller reconnecter un senseur ABS qui s’était effectivement déconnecté sous l’effet des bosses. En discutant avec le propriétaire, quel n’a pas été son étonnement quand je lui ait confié que nous avions acheté le véhicule pour un petit 1100 euros. Impressionné par l’affaire, il a de suite renchérit en nous proposant de nous la reprendre pour 1000$US après notre périple. Une fois le travail terminé et la voiture sur ses quatre roues, ce fut l’extase mécanique la plus pure. La Golf avait maintenant l’allure d’un petit SUV. Sa garde au sol avait plus que doublé et que dire de ses performances routières, elle prenait les bosses avec le rebond et la tenue d’une voiture neuve.

Admirez la hauteur

Comme dernier arrêt, le lave-auto et la banque, car n’ayant pas la somme liquide sur nous, le propriétaire nous avait avancé tout l’argent nécessaire. Au fil des transactions et des discussions, nous avions un peu perdu le fil de quoi avait coûté combien, mais nous étions persuadés d’avoir eu les meilleurs prix. Quand le propriétaire nous indiqué que nous lui devions 41000 Tenge (164$ canadiens), nous étions certains qu’il y avait eu erreur; cela nous semblait bien trop peu (fait plutôt exceptionnel quand on parle de réparation automobile). Et bien non, c’était bel et bien le bon prix. Tout compte fait, le concessionaire Lituanien rencontré à Toulouse avait raison, un tel travail nous aurait coûté au-delà de mille euros en France, il valait donc mieux le faire en Asie-Centrale. Qui plus est, les pièces ici sont adaptées au marché, car une suspension neuve en France n’aurait pas autant augmenté la garde au sol. Pour une facture près de dix fois moindre au Kazakhstan, nous avions très bien fait de nous taper le cul 10000 kilomètres durant. Une fois remboursé et mille fois remercié, le proprio a prit son congé pendant que nous attendions patiemment que notre voiture se fasse refaire une beauté.

Une fois revenus à l’hostel, Audrey et nous sommes encore félicités d’une si bonne affaire. L’état des routes du Kazakhstan nous avait fait douter de notre capacité à poursuivre notre voyage tel que prévu. Maintenant, avec une telle voiture, le Pamir était à nous.