Chroniques de l’Antarctique

L’exploration. L’expédition. Je crois que je ne me serai jamais sentie plus proche de ces deux mots. Pourquoi? Je ne saurais dire, parce que dans les faits, nous en avons fait de découvertes ensemble, Antoine et moi, parfois dans des conditions plus ou moins faciles, pour le dire gentiment. Mais cette fois-ci, nous partons confortablement dans un navire qui nous servira de bons repas, où l’on discutera politique un verre de scotch à la main, et où chaque sortie sera savamment préparée par l’équipe de divers scientifiques et aventuriers aguerris. C’est l’ambiance que je m’imagine, en tout cas, et elle me laisse l’impression que je pourrais croiser un homme en costume trois pièces, qui fumera sa pipe en me racontant ses parties de chasse en Écosse avec la famille royale britannique. C’est donc avec beaucoup de réserve que je vais utiliser les termes “exploration” et “expédition”…! Notre vie n’est pas du tout en jeu, à la limite notre coeur pourrait se trouvé retourné par les flots… Mais pour profiter de cette aventure pleinement, doit-on nécessairement l’aborder comme les premiers humains qui ont engagé leur marche vers la Béringie, ou comme ceux qui ont tenté d’atteindre divers sommets, où comme la première personne à avoir posé le pied en Antarctique? Pas nécessairement, puisque chaque personne demeure un précurseur au regard de sa propre vie, seules ces relativités importent lorsque l’on s’abandonne à cette réalité de voyageur.

C’est donc ainsi que je pars vers ce nouveau continent, la première fois que je le verrai, et potentiellement également la dernière. Je suis persuadée que ce que l’on verra et vivra nous sera tout simplement renversant! Et je le vis comme une trop grosse aventure, à mes petits yeux illuminés d’étoiles, pour ne pas en faire un journal quotidien. Ne serait-ce que pour moi, pour mes souvenirs, pour déguster chaque moment.

2026-01-15 – Jour 1

Nous laissons nos bagages à l’entrepôt vers 9h30 pour leur transfert vers le navire, puis notre rendez-vous pour l’embarquement est prévu vers 15h45. Ce qui me semble si lointain… à quoi utiliserons-nous ce temps, si ce n’est qu’à la préparation, l’anticipation et l’excitation, hein, je vous demande? Alors, nous tentons de nous poser dans un café d’Ushuaïa, et déjà je me sens comme à l’aéroport : je suis confite dans cette attente, frénétique, quasi sautillante, si délicieuse. Cette expectative aura par ailleurs débuté hier soir, au coucher. De très longues minutes auront été nécessaires afin d’alourdir mes paupières. Et que dire de mon alarme, qui n’aurait certainement pas été nécessaire! Éveillée, je revisitais mes bagages, m’assurant que rien n’y manquait, j’exécutais en boucle un survol de notre itinéraire.

Mais bon, on finit par atteindre l’heure du grand départ, après beaucoup trop de cafés, et finalement une bière. Nous sommes sur un relativement petit bateau, avec une capacité maximale de 172 passagers à bord. Alors on commence à discuter, rencontrer, et faire un peu d’analyse de groupe. Je me sens comme dans un jeu de “Qui est-ce”. Je remarque le monsieur avec une barbe lui flattant le torse, la moustache digne, bijouté de son immense appareil photo protégé par un étui camouflage : cette homme est sérieux, il n’est pas là pour les frivolités. S’il oriente son objectif à un endroit, je dois impérativement y tourner mon regard, car cela vaudra la peine! Je remarque aussi la jeune femme branchée, habillée comme si elle allait au spa, équilibrant confort des vêtements mous de marque et brushing impeccable, cellulaire à la main en tout temps. J’aperçois le couple qui a agencé ses vêtements et selon ma petite expérience, chaque bonne croisière a à son bord un tel couple. Puis il y a le duo de frères, qui parlent fort, rient et entraînent tous les gens qui les entourent dans une succession de partages, de discussions, de soirées festives. Sans oublier la voyageuse solo, toujours un peu à l’écart mais présente, un demi-sourire serein au visage qui semble simplement signifier “je suis bien, et heureuse d’être ici”, comme forme de reconnaissance face à toutes ces beautés qui ne nous sont jamais garanties. Finalement, la composition de ce qui sera notre groupe, nos repères, pour les prochains dix jours, est très hétérogène, et je me plais à en faire partie.

Nous quittons le port d’Ushuaïa vers 18h pour progresser dans le canal de Beagle. On y voit déjà des baleines et des dauphins nous accompagnant dans la trajectoire, leur sortie de l’eau se découpant du reflet de l’eau baignée dans le soleil de soirée australe. C’est majestueux. L’eau, la lumière, les montagnes, tout est parfait.

Canal de Beagle

PXL_20260115_215346757
Canal de Beagle

2026-01-16 – Jour 2

Nous passons notre première journée en mer. En fait, nous sommes entrés dans le passage de Drake au courant de la nuit. Malgré que nous avons été particulièrement chanceux et que la mer était “calme”, en comparaison de aon habitude… ça réveille. La matinée aura donc été un peu plus relaxe. Je me suis couchée exténuée, même si mes seules activités auront été de marcher un peu à l’extérieur, de manger et d’écouter des présentations sur les pingouins ou les baleines. Par ailleurs, ces présentations furent un aspect réellement stimulant, où la majorité des passagers se rencontrent pour écouter des experts notamment en biologie, ornithologie, géologie, histoire et même photographie, pour en savoir plus ce que l’on a vu au cours de la journée ou sur ce que l’on peut espérer voir le lendemain.

2026-01-17 – Jour 3

Nous apercevons notre première terre : Deception Island. Notre capitaine nous conduit donc au centre d’un cratère de volcan (encore actif) dans lequel on peut naviguer. Avec son fin couvert de neige fraîche, l’ambiance et la vue furent magiques.

Deception Island
Deception Island
Deception Island
Deception Island

PXL_20260118_005720009

PXL_20260118_014941582

2026-01-18 – Jour 4

Nous nous réveillons en posant le regard sur les montagnes blanches de l’Antarctique, et les pingouins qui se promènent un peu partout. Nous aurons la chance de les approcher, en posant pied sur terre, cette fois-ci. Ce simple geste fut… bizarrement touchant. Peut-être parce que j’ai eu le sentiment de toucher à un continent pour la première fois, mais aussi un morceau de Terre qui m’aura longtemps été inaccessible, ou même que je n’aurai simplement pas considéré jusqu’à récemment. Et chaque petit instant, sur mes pieds ou assise dans le zodiac, je souris à chaque petite découverte, comme un phoque-léopard, des bébés pingouins cachés aux pieds de leurs parents, des baleines Humpback et Minke qui ondulent tout autour. Et au travers de toute cette nature cristaline, fraiche et abondante, nous apercevons un voilier battant pavillon français. Il était ancré prêt d’une petite île, où ses occupants échangeaient au soleil. J’ai eu un sincère élan d’admiration pour ces réels aventuriers, pour qui l’expédition est certes un défi logistique, psychologique et physique, pour lequel j’ai un immense respect.

PXL_20260118_123720949
C’est parti!

PXL_20260118_131255542.LONG_EXPOSURE-02.ORIGINAL

PXL_20260118_131441382

PXL_20260118_132302156

PXL_20260118_201020797

PXL_20260119_131505911.PANO

PXL_20260119_182220541

 

2026-01-19 – Jour 5

Aujourd’hui, notre première sortie nous emmène à l’amphithéâtre de glace. Et nous sommes en effet entourés de montagnes, de glaciers, et des bandes de brumes se fraient un chemin au travers de ceux-ci. Les couleurs se confondent… elles paraissent peu nombreuses, mais les tons sont si diversifiés. Des gris profonds aux bleux clairs, du blanc éclantant au gris enveloppant. Au fil de la journée, l’horizon se remplit d’un bleu gris, brumeux et vaporeux, sur lequel se découpent délicatement des icebergs bleux et des radeaux de pingouins. J’en ai profité, entre deux sorties, pour aller marcher. Seule sur le dernier pont du navire, sous une légère neige, je ne pouvais que me concentrer sur cette beauté, que je ne pouvais m’empêcher de trouver parfaite.

IMG_0800

IMG_0805

IMG_0817

IMG_0835

IMG_0844

IMG_0891
PXL_20260119_182333871

Lors de notre sortie de l’après-midi, où nous discutions de la reproduction des pingouins Gentoo avec l’ornithologue de l’équipage, on entend en primeur, sur sa radio que ce soir ce sera… le Polar plunge!! Au moment où le crépitement de la radio a laissé aller ces mots redoutés, le regard de son propriétaire croise les nôtres, et au-delà de son sourire, on dirait qu’il tente d’évaluer le niveau de notre détresse. Celui d’Antoine était nul, c’est plutôt son niveau d’excitation qu’il fallait estimer… Pour ma part, l’idée de me lancer dans les eaux antarctiques, au milieu des miettes d’iceberg, et ce VOLONTAIREMENT, me laissait… bien froide. Vous voyez, je n’ai même jamais compris ce que plusieurs petits égarés thermiques trouvent à l’idée de se baigner au frette. Que ce soit ceux qui se lancent dans un lac en avril, ou ceux, bien plus nombreux, qui s’amusent à alterner bains chauds et bains froids au spa… juste cela, ça ne me dit pas. Bienfaits pour la santé, qu’ils disent… Je n’avais même pas ne serait-ce que l’ombre du début de la pointe d’une petite goutte de compréhension face à ce phénomène. Par contre… par contre. Entre maintenant en jeu mon orgeuil. Lui ne me laisse pas esquiver l’activité. Parce que beaucoup trop de gens y participent, d’une part, et que son émotion associée, la peur du regret, a scellé ma décision, d’autre part. C’est donc avec incertitude que je me prépare, ou plutôt avec la certitude de faire quelque chose d’indubitablement inutile, et de certainement douloureux. Pressentiment d’une excellente décision, donc. Ciel. Dans la file, j’essaie tant bien que mal de sourire, et de me nourrir des encouragements de l’équipe d’expédition, et de l’enthousiasme général qui envahit l’atmosphère : les gens sont tous craintifs mais festifs. Je me concentre sur ma respiration afin de la ralentir, et tenter ainsi d’inhiber le grelottement, voire tremblement, qui a pris le contrôle de mon corps tout entier. Je réussis, afin de me permettre de descendre les quelques marches m’amenant à mon tremplin vers l’eau polaire. J’y reste quelques secondes seulement, le temps de reconnaitre la chance que j’ai d’être en Antarctique, de sentir son vent pur, fort et froid venir brosser ma peau. Je ne porte aucune attention au photographe à ma gauche, dont la tâche est de conserver les preuves émotives de chaque personne. Je n’ai pas l’espace mental pour essayer de faire une pose rigolotte comme quelques uns, de toute façon. J’utilise aussi ces quelques secondes pour me rappeler la peur panique que j’ai lue sur le visage de plusieurs de ceux m’ayant précédée : ils s’étaient lancés avec désinvolture, pensant s’en sortir avec un seul petit “ouf, ça picotte”… Oooohhh non, plusieurs sont ressortis de l’eau, combattant le choc thermique ayant littéralement fait cesser leur réflexe de respiration, cherchant frénétiquement l’échelle, un bras, une corde, pour se sortir de leur misère auto-infligée dès que possible. Et à beaucoup trop de reprises, j’ai ri en voyant les gens courir vers l’intérieur, oubliant qu’on les avait attachés à la taille par mesure de sécurité. Ces quelques secondes sur mon petit tremplin, donc, que j’utilise à me rappeler de sauter calmement, d’y rester pour combattre, ou plutôt accepter le froid, avant de me tourner lentement vers ma remontée. Finalement, mes genoux se plient, mes mollets se contractent et me propulsent, je flotte quelques nanosecondes dans les airs, puis j’amorce ma descente. Je sens mes cheveux qui semblent s’opposer à la gravité alors que mes orteils touchent l’eau. Mon corps s’immerge, je sens maintenant l’eau glaciale imprègner mes cheveux et les faire danser pendant que je continue de m’enfouir dans cette mer bleue noire, presque abyssale. Puis mes bras s’activent en une brasse tranquille, qui ramènera mes poumons vers la surface. La tête seule hors de l’eau, je ne vois que cette étendue d’eau sombre mais calme, les montagnes enveloppantes et la neige immaculée qui m’entourent. Je n’entends pas les gens qui crient, je suis dos au navire et aux zodiacs, j’ai donc le sentiment de posséder à moi seule l’Antarctique toute entière, et de lui appartenir tout autant. Quelques secondes seulement de pure sérénité. Je me tourne donc vers mon tremplin, où je rejoins l’échelle. Je me rappelle que je dois attendre qu’on me détache, ce que je fais docilement. Mais je suis comme en transe, je ne pose même pas le regard sur Antoine qui me suis dans la file, et me parle assûrement, et j’oublie complètement de le regarder sauter à son tour. Oups. Et oui, le froid est perçant. Mais maintenant, je comprends. Je comprends pourquoi les gens apprécient les bains froids. C’est pour cet instant, plusieurs secondes après l’immersion, où le corps réagit face à ce choc, à cette agression : il produit une douce chaleur, tout simplement, permettant de se sentir vivifié et léger. Et bien… ils avaient raison…! Une belle découverte, que j’ai maintenant envie d’appliquer à la maison, dans notre rivière chérie.

La soirée est alors venue couronner la journée. Nous étions dans l’espace d’observation, une sorte de lounge avec une vue de disons, 275 degrés, sur la mer et tout ce qui l’entoure et qu’elle contient. Nous profitions de ce petit espace temps avec quelques employés qui décantaient eux aussi leur journée, pendant que l’écrasante majorité des passagers soupaient. Soudain, plusieurs orques sont venus nager dans notre champs de vision. Tous se lèvent, par excitation authentique, vite, vite, les jumelles, les appareils photo, il faut passer le mot! Ce qui aura été dûment fait à l’ensemble du navire. Et que dire de la fin de soirée qui fut presque épique, où plein de passagers et de membres du personnel sont venus fêter, faire connaissance, se raconter leur vie comme si on se connaissait depuis des lunes. Toute cette surstimulation accumulée durant la journée… satisfaction et bonheur obligent une forme une décantation.

2026-01-20 – Jour 6

On dirait que la nature s’est collée à l’ambiance générale qui planait sur le navire : on ralentit, on intègre encore la fébrélité de la veille et on se pose. La météo annule ainsi la première sortie de la journée, qui nous permettra de faire la grasse matinée. Puis nous profitons de la deuxième pour voguer tout doucement entre les icebergs, où l’eau est couverte tout comme nous d’une petite couche de flocons mouillés, me rappelant les rues de ma belle province. Je m’ennuie d’elle mais je souris, je suis tellement bien ici. Seules quelques baleines viennent troubler ce calme, curieuse de voir qui vient les visiter. Elles s’amusent donc à passer sous un zodiac.

PXL_20260120_101528240

2026-01-21 – Jour 7

C’est le retour du soleil et il s’agit également du dernier jour ou l’on posera pied sur le continent. Et puisque l’Antarctique demeure une destination aussi spécifique que complexe à visiter, j’en viens réellement à me demander si ce sera la dernière fois de ma vie… c’est donc avec ce sentiment que je passe la journée, sentiment lourd tant par la nostalgie appréhendée que par la reconnaissance.

PXL_20260121_020925753.PANO~2

PXL_20260121_024149554

IMG_0895

2026-01-22 et 23 – Jours 8 et 9

Nous entamons notre retour vers le continent que nous allons continuer à explorer en voiture. La veille, on nous aura prévu des vagues d’au moins 6 mètres, avec un potentiel de 8 ou 10 : elles n’ont pas déçu! On dit que la mer berce doucement vers le sommeil… mais un peu moins quand il faut ramasser toutes sortes de choses qui tombent, presque notre propre corps en bas du lit parce qu’un creux de vague aura été plus vertigineux. Et certaines personnes sont effectivement tombées en bas du lit…! À un moment, le restaurant pourtant très bien préparé et sécurisé, a vu l’ensemble de ses objets mobiles se ramasser sans cérémonie sur la plancher. Personne ne fut blessé, et donc une grande hilarité a conquis la salle, où les yeux lumineux des convives s’abbreuvaient à cette preuve d’aventure! Je ne pouvais que porter mes yeux sur ceux des serveurs. Les leurs illuminaient plutôt d’irritation face au bordel à nettoyer. Et les lèvres étaient pincées fort, sûrement pour éviter à tout juron de s’échapper.

Je me suis par ailleurs assurée, par précaution, de ne pas entrer dans l’auditorium. Je suis restée à la porte, un œil sur la présentatrice, un autre sur la mer. De mon observatoire, j’ai ainsi pu poser un regard, également, sur quelques personnes qui ressortaient en cours de présentation, un main devant la bouche et le regret au coeur…

Malgré l’absence de visites terrestres ou de croisières en zodiac, Antoine et moi avons été gâtés en divertissement par l’équipage lors de notre deuxième journée en mer. Nous avons visité le pont de commande! Ils ont par ailleurs souligné qu’ils ne font pas de visites ouvertes générales, parce que c’est un endroit qui bouge beaucoup, et où la large vision occasionne parfois chez ses visiteurs des nausées. You bet! Nous devions nous tenir solidement pour ne pas carrément renverser. Mais ils seront tombés sur les bons clients, Antoine avait question par dessus question!

P.S. Désolée, pas de photos des immenses vagues, nous étions trop occupés à nous gérer.

PXL_20260122_231729979

IMG_0898

IMG_0900
Notre itinéraire

Conclusion de notre épopée

Car oui, je la prends comme une véritable épopée, et c’est que qui restera gravé dans ma mémoire. Le voyage d’une vie, sans aucune commune mesure avec les grands explorateurs des derniers siècles, mais dont l’audace nous aura inspiré. Nous avons passé du temps de qualité, toujours gentiment pris en charge par l’équipe. Un appel intercom nous réveillait pour nous aviser que le déjeuner est prêt, ou nous appellait à descendre pour sortir en zodiac, ou nous invitait à une lecture ou à un 5a7. Nous partagions avec passagers et membres de l’équipe notre quotidien et nos repas, ainsi que nos expériences de vies respectives, ou nos impressions sur la journée, dans une proximité qui donne une saveur toute particulière au voyage. Des gens revenaient vers nous en disant « heille hier, tu me racontais votre voyage, ma blonde a une question! » Je me rappellerai plusieurs anecdotes, vécues sur le navire ou racontées. Comme celle d’un des guides qui a traversé le grand nord canadien en ski… ou celle d’une autre guide qui a passé plusieurs mois dans le centre de l’Antarctique pour ses recherches scientifiques en biologie. Et ce rapprochement entre les réalités tellement divergentes de chacun se faisait avec un focus constant sur la faune, ses défis et ses réussites, et bien sûr les paysages, époustouflants. Une expérience réellement stimulante qui motive à plein d’autres projets. J’ai déjà hâte de regarder nos photos dans un an, pour me rappeler à quel point nous avons de la chance.

Ushuaïa et la Tierra del Fuego

Le chemin, et l’arrivée

Et voilà, c’est fait. Notre objectif était de faire voyager notre petit véhicule et nos deux grandes personnes de Montréal à Ushuaïa, la ville la plus au Sud du monde. Et nous avons réussi. Pas que nous en doutions, mais bon, nous partions avec un véhicule de 2005 et près de 200 000 kilomètres au compteur, le risque de ne pas se rendre n’était donc pas simplement théorique.

BA-USH

La côte argentine – 3 au 8 janvier

La distance entre Buenos Aires et Ushuaïa est… d’un peu plus de 3000 kilomètres…! Et laissez-moi vous dire que de la pampa, y’en a. C’est donc très désertique, où le paysage se déroule continuellement sous les mêmes couleurs, parsemé d’émeus et de Guanacos en quantité niveau “écureuils au Québec”. Le moment est presque méditatif, jusqu’à ce que tranquillement le sable et les courts bosquets secs soient remplacés par les arbres verts et les montagnes  tressées de petits ruisseaux.

Côte argentine
Quelques animaux marins se dorent sous le soleil et un puissant 40 degrés

Ushuaïa et le parc national de la Tierra del Fuego – 8 au 15 janvier

Nous nous trouvons, encore au moment où j’envoie ces lignes, dans l’archipel de la Tierra del fuego, la Terre de feu, que ses habitants semblent aimer avec une forte fierté. Les Fueguinos vivent d’air pur et de fleurs le temps de quelques semaines estivales, sinon ils s’abreuvent de vent, de pluie et de neige, dans ce que tous ces éléments peuvent créer de plus beau. Depuis notre arrivée, nous en profitons donc pour randonner dans les bois et sur la côte, et pour camper sous la protection des montagnes et le regard des divers animaux. Nous côtoyons des endroits mythiques, comme le détroit de Magellan ou le Canal Beagle. Et comme le laisse présager le surnom de la ville d’Ushuaïa, “La fin del Mundo”, il est vrai qu’elle suscite ce sentiment d’aventure, d’avoir abouti, d’avoir complété une traversée. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aussi l’objectif de nombre de voyageurs sur roues, allant des cyclistes aux grands VR, en passant par les motocyclistes.

Ushuai
Photo classique… on ne peut faire autrement!

Parc national – Tierra del Fuego

PXL_20260111_175008091.PANO

PXL_20260111_185302217
Une autre frontière, que nous n’avions pas prévue..!

Le camping dans le parc national de la terre de feu est magique, magnifique: les chevaux sauvages se promènent librement, la matin peu apporter des sommets fraichement enneigés, et le bruit de la rivière nous aura accompagné comme une douce berceuse.

Prochaine étape

Alors, que fait-on lorsque l’on atteint un objectif? On célèbre, certes, mais est-ce que l’on se perd dans une mer de désoeuvrement? Nous avons trouvé une solution rusée afin d’éviter cette triste transition….! Nous avons donc modifié ce que l’on interprétait comme “se rendre le plus au Sud possible”. Pour ce faire, nous devons toutefois laisser notre fidèle voiture derrière afin d’embarquer sur un navire qui prendra la relève. Car celui-ci devra nous faire voyager par delà le détroit de Drake (ou passage de Drake). Ce dernier, d’une longueur d’environ 1000 kilomètres, est la plus courte distance qui peut relier la terre ferme et… l’Antarctique!

Si le passage de Drake est le plus court, il est aussi fameusement reconnu pour son agitation, causée notamment par la rencontre entre les océans Pacifique et Atlantique, combinée à la baisse des températures vers l’océan Austral. Le courant circumpolaire antarctique vient ajouter sa puissance à la recette, avec ses 150 millions de mètres cubes par seconde, faisant de lui le courant marin au plus grand volume au monde. Et n’oublions pas les vents d’Ouest : on dit que les vent en deça du 40e parallèle sont rugissants, du 50e hurlants et du 60e, déferlants… ça promet! Mais à chaque lecture que je fais, on parle de rite de passage, de traversée légendaire, d’aventure qui permet de gagner son droit à poser le pied sur le continent. Dans tous les cas, on ne pourra qu’être servis en excitation face à cette grandiose expédition!!

Nous quittons aujourd’hui même (OH MY!!), pour un retour le 24 janvier. Nous ramènerons photos, expériences, et sûrement une quantité d’anecdotes pas possibles à raconter!

Chile et Argentina – 1ère partie

Ce fut un relatif changement de traverser de la Bolivie vers le Chili. Certains aspects demeurent partagés, comme l’utilisation de briques rouges pour les maisons en région, ou l’aspect désertique. L’oeil conserve donc certains repères. Toutefois, de petits détails nous laissent comprendre que nous entrons en territoire moins surprenant. Les routes sont bien entretenues, l’eau est potable, les infrastructures sont bien développées… notre capacité d’adaptation sera possiblement moins sollicitée à partir de maintenant, quitte à nous surprendre moins souvent. Au quotidien, on cherche parfois à se laisser surprendre le moins souvent possible, alors on planifie, on calcule, on prévoit… on vit partiellement à l’avance ce que l’on place dans notre horaire. Bien des avantages viennent avec cela, mais l’effet de surprise relégué au second plan nous fait également perdre des opportunités. Opprtunités d’émerveillement, de bonheur pur, de satisfaction complète. Ainsi, bien qu’un relatif soulagement vienne avec la facilité, nous devions aborder les prochaines semaines et mois avec attention afin de protéger cet équilibre entre rassurance et surprise.

Voici donc ce nous avons fait:

Chile-Argentina

Chile

Le Nord et la côte chilienne – Camping le 24 et 25 novembre et Caleta Chañaral du 26 au 28 novembre

Sur notre route, nous avons passé rapidement San Pedro de Atacama, dans le Nord du pays. C’est en fait une petite bourgade, toute de blanc revêtue, qui accueille avec grand plaisir pas mal de touristes. Ici donc, on vient pour marcher et voir le désert, et se retrouver entre jeunes autour d’une pizza et d’une bière. Nous n’y sommes pas restés, notre attrait étant surtout orienté vers la Vallée de la lune, un parc stupéfiant par ses points de vue arides mais chaleureux.

Valle de la Luna

Valle de la Luna

Côte chilienne
Quelques centaines de kilomètres plus bas, sur le côte du Pacifique

Sur la côte, nous avons surtout profité du temps magnifique, du vent et des couchers de soleil. Un peu de plongée aussi.

Valparaiso (28 nov) et Santiago, Chile (29 nov au 5 décembre

Cette région me semblait fougueusement punk… drôle à dire comme première impression…! Surtout du côté de Valparaiso. Il y a une effervescence culturelle, une diversité vestimentaire, qui est souvent l’un des premiers moyens de communication d’une personne. Les rues sont animées par plein de jeunes, ce qui me donnait l’impression que la ville s’ouvrait à la vie et aux échanges.

Santiago
Santiago
Santiago
Une autre belle vue d’un autre bel appartement… quelle chance.

C’est à Santiago que les parents d’Antoine sont venus nous rejoindre pour participer à notre road trip. Ils sont restés avec nous jusqu’à Buenos Aires, notre obejctif à quatre.

Argentina

C’était donc une courte incursion au Chile, pays auquel nous disions au revoir afin de suivre notre périple vers Buenos Aires. Mais sur le chemin, de nombreux endroits allaient nous arrêter afin que l’on puisse apprivoiser et savourer l’Argentine. Apprivoiser, parce que bon, faut bien s’habituer à souper à 22h… et savourer, parce que bon, les parillas (grillades) et le Malbec.

Uspallata – 5 décembre

Nous avons fait une petit arrêt dans cette région de villégiature locale : camping et petits chalets sont à l’honneur!

Sur notre chemin, entre Santiago et Uspallata

Vallée de Uco – 6 décembre

Une autre petite pause dans une région vinicole pour… se reposer en campagne et goûter le Malbec, très prédominant dans la région.

Mendoza , Argentina – 7 au 9 décembre

Nous avons beaucoup aimé l’ambiance de la ville, son caractère et ses belles grandes rues couvertes, mais nous n’avons que peu de photo… Faudra vous y déplacer pour en savoir plus!

Villa San Agustin – 9 au 11 décembre

À ce moment, nous sommes remontés un peu vers le Nord et quelques parcs nationaux du coin : Talampaya et Ischigualasto. Nous avons finalement visité le premier seulement. Mais quelle beauté…!

Talampaya

Cordoba – 11 au 14 décembre

Cette ville était présentée par notre guide comme étant souvent « délaissée » par les touristes. Peut-être parce qu’elle est avant tout un pôle industriel et commercial, autant qu’universitaire, et que les gens lui préfèrent Mendoza ou Buenos Aires. Choisir c’est renoncer, comme on dit. De notre côté, vu notre déplacement en voiture, nous passions nécessairement par là, ce qui ne pouvait que me plaire. L’ambiance allie quotidien naturel et animation, nous permettant de goûter à sa réalité tout en profitant de promenades sur le bord de la rivière, sous le couvert des arbres.

Nous avons aussi fait un petit croche par Alta Gracia, petite ville pas très loin, notamment afin de visiter la maison d’enfance de Che Guevara.

Cordoba

Buenos Aires – 14 décembre au 3 janvier

J’ai un nouveau coup de coeur… J’adore tellement de villes partout sur Terre, et celle-ci est la petite dernière. Un oncle d’Antoine y est venu de façon régulière durant plusieurs années et je peux certes comprendre son attrait. Cette ville se vit, se mange, se boit, s’écoute, se danse… Nous y serons restés un bon trois semaines, au final, et en aucun cas nous ne nous sommes ennuyés. Jamais une petite miette. Elle est belle, elle séduit et envoûte, par son offre culturelle, ses charmantes rues où les quartiers rivalisent pour attirer. Nous avons marché dans tous les sens et avons profité des terrasses, bistros et restaurants de grillades. Nous en sommes ressortis essoufflés, je dois dire, car la ville n’arrête jamais!

Buenos Aires

Buenos Aires

Prochaine étape : notre objectif!

Un petit aperçu de notre situation actuelle:

Fin del Mundo
Fin del Mundo…!

Bolivia

Et bien. Les publications se suivent et se ressemblent. Pas nécessairement sur le contenu et les lieux que l’on ajoute à nos carnets de voyage, mais surtout sur le retard d’écriture qui les accompagne..! Car oui, je vais maintenant vous raconter ce que l’on a vu il y a un mois et demi… Au cours du mois de décembre, nous avons reçu la visite des parents d’Antoine, puis le temps des Fêtes est arrivé. C’est donc sans aucune gêne que je n’ai pas respecté ma promesse d’écrire rapidement..! Faut bien se permettre des écarts quand on écrit pour le plaisir, pour partager et pour broder notre mémoire de certains détails forts.

La Paz – 11 au 17 novembre

En quittant le Pérou, nous avons fait plusieurs kilomètres dans l’Altiplano, cette vaste plaine qui s’étend sur environ 1500 kilomètres. Elle débute au Pérou justement, traverse la Bolivie et descend jusqu’au Chili et à l’Argentine. Cette plaine est en altitude (en moyenne 3800 mètres). En y roulant, on croise donc beaucoup d’herbes de la Pampa, quelques villages et du bétail. A un moment, la densification urbaine se fait sentir, mais nous ne voyons que les maisons de briques collées se multiplier devant nos yeux jusqu’à des pics montagneux au loin. Et soudainement, la plaine laisse place à un immense creux, entre elle et les montagnes. Comme si la terre avait fondu pour retourner vers son noyau, et partout la surface est recouvertes de maisons et d’immeubles. Et la ville n’est pas de tout repos, car de multiples collinettes jalonnent son fond et ses parois, essoufflant tant les marcheurs que les voitures. Car tous deux sont touchés par la pente en altitude! Une solution est clairement présente, soit le transport en commun. D’une part, une quantité surprenante de vagonettes à une dizaine de passagers déplace les gens du nord au sud, et du fond à la surface. En plus, un réseau de téléphériques que je comparerais au métro de Montréal dans son étendue, joint l’utile à l’agréable.

La Paz

La Paz est un mélange entre Medellín et l’Inde: l’enveloppe architecturale rappelle cette magnifique ville de Colombie, alors que l’effervescence et la densité de population rappelle l’Inde. Lors d’une journée de marche, nous sommes remontés par téléphérique vers les hauteurs, appelées El Alto, afin d’en faire un petit tour sur son bord pour redescendre à pied vers le centre de la ville. Et bien, nous nous sommes retrouvés dans un marché, qui aura grignoté des kilomètres et des kilomètres de rues. Ici, vous pouvez tout trouver. Nourriture, vêtements, pièces de voiture, tout. Neuf ou usagé. Et ce qui donne une couleur, ma foi, colorée… ce sont les cholitas. Depuis plusieurs pays nous croisons des femmes dignes, parées pour de grands événements même pour aller au champs, mais ici, on a rajouté une couche. Littéralement, car les femmes, surnommées cholitas, portent plusieurs couches de tissus en guise de jupe, accentuant de façon artificielle la courbe de leurs hanches. Un symbole de fertilité, qui leur est parfois difficile de faire passer entre deux tables. Ces jupes bouffantes auraient apparemment été, selon notre guide, adoptées par les femmes autochtones en modèle des Espagnoles qui arrivaient par bateau à l’époque de la colonisation, avec leurs amples robes de la Renaissance. Leur chapeau melon viendrait également de cette colonisation. Ces femmes ont longtemps été stigmatisées, mais ce terme qui était initialement péjoratif est maintenant un symbole de fierté et d’affirmation. Elle embrassent tous ces symboles, qui sont ironiquement intimement liés au passé colonial de la région.

Sucre – 17 au 19 novembre

Cette ville, aussi blanche et douce que son nom, semble un peu en parallèle du reste du pays. Elle est officiellement la capitale du pays, même si absolument tout est plutôt à La Paz, y compris les autorités juridiques, législatives et exécutives. Mais on y trouve une ville jeune et dynamique. Elle se présente bien à ceux qui viennent la voir, comme un petit espace de calme.

Potosi – 19 au 21 novembre

Cette ville fut un jour la plus peuplée et la plus riche de l’Amérique du Sud, grâce à ses mines. Avant l’époque coloniale, les peuples habitant la région respectaient la montagne, sans y toucher, par croyance. Peut-être parce qu’elle regorgeait de galettes d’argent pur, et que leur seule vision sortait de l’ordinaire. Les yeux des Espagnols aussi se sont illuminés à cette vue, sans toutefois faire résonner les mêmes cordes : la foi en la divinité de la richesse plutôt que celle en une divinité de la nature. Ils en ont donc ramené une quantité importante en Espagne. De nos jours, les mines fonctionnent encore, mais bien sûr le travail est plus ardu parce que l’argent et les autres minéraux sont plus diffus dans la roche. On ne récolte donc plus l’argent comme si on se coupait une tranche de fromage.

Parlant de ce travail ardu… l’un des attraits de cette ville pour les touristes est la visite des mines. Sinon, c’est une ville qui ne sort pas nécessairement de l’ordinaire, qui se couche tôt, et qui offre peu (ou pas) d’activités en nature dans ses alentours. Et cette fameuse activité suscite parfois des débats moraux. Même Antoine et moi avons eu ce débat entre nous. Car les conditions de travail sont dangereuses et, selon ce que l’on nous a souligné, l’espérance de vie d’un mineur est d’environ 45-55 ans, notamment vu la fréquence des décès dû à une silicose. Cette maladie pulmonaire incurable est causée par l’inhalation de particules fines de silice sur une longue période. Donc. Même en connaissant ces enjeux depuis des décennies, les hommes continuent de choisir ce métier. J’utilise le verbe choisir, mais j’aimerais tout de même demander… s’agit-il d’un véritable choix? Pour plusieurs, j’en doute. Dans tous les cas, environ 14 000 hommes minent la montagne (et quelques unes autour) contre une rémunération considérée comme étant plus élevée que plusieurs autres. Certains d’entre eux, notamment ceux qui apprenent l’anglais, ont donc la possibilité de devenir guide de mine. Au lieu de travailler 12 heures consécutives, ils font donc des petites entrées de 2h à la fois, pour peut-être 2 ou 3 entrées maximum par jour. C’est donc un emploi avec des salaires plus élevées et des heures de travail moins élevées. Je balançais donc entre ma volonté de voir, de connaître, de me sensibiliser. Car tout ce que je lisais à ce sujet revenait à un aspect central: les voyageurs soulignaient à quel point l’expérience les a complètement chamboulés, puisqu’elle vous amène dans les profondeurs sombres de la réalités d’humains qui partagent la même planète que nous, mais n’ont peut-être pas tiré une paille de la même longueur. Pour plusieurs, l’expérience était saisissante de prise de conscience. D’un autre côté, même si cet intérêt de connaître et comprendre était fort (intérêt que certains appelleraient une curiosité morbide), j’avais de la difficulté avec le fait de participer à une industrie qui occasionne des enjeux de santé. J’ai donc décidé de ne pas y aller. Antoine y est allé, il vous fera par ailleurs le récit de son expérience plus tard. Dans tous les cas, au cours des dernières années, j’ai souvent entendu parler de tourisme noir, ou tourisme de catastrophe, ou encore tourisme de désolation. Plusieurs personnes le dénoncent, par ailleurs, considérant que c’est une forme d’exploitation de la souffrance, de la tristesse, du sort que d’autres personnes portent. Je me permettrais respectueusement d’être en désaccord. Tout d’abord, plusieurs de ces sites permettent un exercice de mémoire, trop important dans notre monde économique, politique, social et scientifique. Nous devons nous rappeler les erreurs que nous avons commises, au nom de la patrie, par inadvertance crasse, ou appât du gain. Car ces erreurs, même si elles sont liées à un gouvernement, à une équipe scientifique ou à une organisation, elles sont portées par l’Humanité toute entière. (Vous pouvez aller lire l’article du blog écrit à la suite de notre visite de Tchernobyl, en 2017, qui parle justement de cette notion de tourisme vs voyeurisme)

J’ai toutefois visité une usine de transformation du minerai, avant qu’il soit envoyé dans des usines métallurgiques pour leur transformation finale (surtout au Chili). La professionnelle RH en moi n’a pas été impressionnée par les outils de prévention mis en place…. Les seules personnes portant le casque et le gilet de sécurité étaient… nous. Et les machines, ciel, les machines… J’ai repensé au travail et à nos diverses politiques et programmes : qui aurait pu penser que des termes SST comme SIMDUT, cadenassage et EPI m’accompagneraient jusqu’ici…

Potosi

Potosi
La montagne argentée, encore minée à ce jour.
Potosi
Vue de notre hostel

Uyuni – 21 au 23 novembre

Cet endroit est probabement l’un des plus visité, celui qui fascine les voyageurs de tous types. Une immense étendue de… sel. À perte de vue, parfois recouverte d’une légère couche d’eau la rendant aussi réflective qu’un miroir, selon la saison. Il est vrai que de se promener des heures dans un véhicule qui fend le vent où l’on ne peut que contempler une autre merveille créative de la Terre, ne peut qu’être méditatif.

Salar d’Uyuni

Un pays qui touche, qui empreigne

Au final, la Bolivie m’aura laissé une impression forte. De résilience, de culture assumée, de contradictions parfois inévitables. Un pays coincé par son manque de devises et de combustible, mais nourri par la force de caractère de ses peuples.

Bolivie
Nous n’avons vu qu’une petite portion de ce grand pays…

La suite… où sommes-nous?

En quittant la Bolivie, nous sommes entrés au Chili, où nous avons rejoint les parents d’Antoine à Santiago. Puis, ensemble nous avons traversé vers l’Argentine jusqu’à Buenos Aires, où Antoine et moi avons passé le temps des fêtes, avec des amis rencontrés en voyage à quelques reprises au cours des derniers mois. Nous avons depuis quitté la ville pour descendre jusqu’à notre objectif final, Ushuaïa!! Nous devrions y arriver ce soir, pouvez-vous y croire?? Je ne suis même pas certaine que j’y crois… Et vous êtes quelques-uns à nous avoir informés des incendies et évacuations récentes en Patagonie. Nous n’en avons pas vues jusqu’à maintenant, mais nous gardons en effet un oeil sur le tout puisque nous sommes supposés passer par là où les 3000 évacuations ont eu lieu (d’ici 2 à 4 semaines, selon les choix que nous ferons au cours des prochains jours). Nous demeurons donc informés et vous tenons au courant!

Perú – Arequipa et le Lac Titicaca

Ici, je vous partage nos dernières aventures dans le magnifique pays del Perú. En retard, certes, puisque nous sommes actuellement à Santiago de Chile! Et entre les deux pays nous avons également traversé la Bolivie… puisque nous traversons bientot vers l’Argentine, je vais au moins essayer de conserver un maximum de 2 pays de retard..! L’exercice d’écriture demeure tout de même une portion intéressante du périple car, en plus de tenir au courant ceux qui souhaitaient nous suivre, cela me permet également de me remémorer le périple, et de réfléchir sur ce qui nous a touché.

Arequipa – 5 au 8 novembre

Cette ville, considérée parfois comme la petite sœur de Cuzco pour sa beauté, fut somme toute agréable. À mon sens, c’est surtout une ville facile et confortable, sans peut-être l’éclat ou la fascination que peut dégager  sa grande sœur. Une des surprises que j’ai eue fut toutefois le couvent de Santa Catalina. Ayant initialement été ouvert au 16e siècle afin d’accueillir jeunes filles riches et veuves toutes aussi riches, il est le plus grand du monde (2 hectares). Je parle du statut financier de ses premières occupantes, simplement parce que plusieurs d’entre elles achetaient en effet un appartement, pour ainsi dire, dans le couvent. Elles vivaient donc cloîtrées, mais en paix, et certaines possédaient quelques pièces et avaient plusieurs serviteurs à leur service. On dit également que certains événements mondains étaient organisés, divertissant ainsi les résidentes du couvent et leurs invités de marque. Un cloître avec une paroi de dentelle par endroit, donc. Il en résulte une collection de chambres, de cuisines, de petits jardins, de grandes salles, qui vient en fait à en faire un petit village. Le couvent aura toutefois été réformé au 19e siècle, le pape envoyant une religieuse stricte afin de réordonner un peu le quotidien des soeurs. Sa façon de faire parvenir un message que l’on pourrait traduire par “là, ça va faire”. Ainsi, fini les esclaves, le personnel et les festivités. Les sœurs sont restées cloîtrées jusqu’aux années 70 ou 80 du 20e siècle.

En voyage, visiter les lieux de culte est souvent l’un des moments forts, peu importe le pays. Les édifices sont grandioses, l’attention mise à la décoration et aux objets est souvent minutieuse, et le seul fait de s’y retrouver invite au calme et à la méditation. Je me suis donc donné comme objectif de poser le pied dans chaque pièce nous étant accessible, ce que j’ai en effet réussi sans aucun problème. Il faut tout de même garder en tête que l’écrasante majorité du territoire du monastère est seulement utilisé pour les visites du public, les quelques sœurs restantes étant logées dans le seul édifice apparement récent dans l’enceinte. Ce n’est donc pas le présent que l’on visite mais bien le passé, et beaucoup de temps et d’argent ont été mis à la restauration du site. N’empêche, que cela demeure possible en 2025 parle de l’importance historique de l’endroit. Et je l’avoue, j’ai complètement perdu le contrôle sur le nombre de photos…

Couvent Santa Catalina
Couvent Santa Catalina

 

Santa Catalina

Canyon de Colca – 8 au 10 novembre

Entre Arequipa et le Lac Titicaca, nous avons repris un peu de hauteur afin d’aller voir, spécifiquement, ce canyon, dont les mérites nous ont été vantés. Déjà la beauté époustouflante apportée par le plus profond canyon au monde (maintenant détrôné par un petit voisin au pays). Et en plus, la chance d’apercevoir des condors. Chance dont nous avons profité, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Car oui, bien que ce soit un animal choyé et vénéré des peuples andins, c’est aussi un volatile plus que gracieux, qui glisse sur les courants d’air comme s’il possédait les environs.

PXL_20251109_210607613.PANO

Canyon de Colca
Encore du beau camping pour se rendre au canyon

Lac Titicaca (ville de Puno) – 10 au 11 novembre

Alors, cette immense étendue d’eau navigable, la plus élevée au monde, nous aura accueillie une soirée. Le lac, en fait, est traversé par la frontière partagée entre le Perú et la Bolivia. Le lac est donc tout aussi partagé… Au premier abord, la ville de Puno est bien classiquement péruvienne: remplie de marchands sur le bord de la rue, dynamique et active. Sinon, l’attrait principal de l’endroit est le lac et ses îles, notamment ses îles flottantes en roseaux. Elles sont une particularité propre à ce lac, et une solution trouvée par la population Uros à l’époque de la colonisation espagnole. Avec ces îles, ils pouvaient tout simplement voguer plus loin avec l’ensemble de leurs possessions pour échapper à l’envahisseur. On dit parfois que la dernière représentante de ce peuple serait décédée dans les années 50, on dit aussi que c’est plutôt une acculturation des Uros par leurs voisins riverains Aymaras… dans tous les cas, certaines traditions demeurent mais d’autres se sont perdues, notamment la langue. De nos jours, beaucoup de gens y vivent encore, mais disons que l’objectif a changé: certaines personnes vont souvent travailler en ville, comme chauffeur de taxi-bateau ou dans les diverses industries, et d’autres restent pour accueillir les touristes. Il y a plusieurs îles distinctes et ont y emmène en rotation les touristes, afin de faire profiter à chacun de cette manne. C’est donc… un peu malaisant comme activité (on ne le dira pas trop fort, mais je n’avais initialement pas vraiment envie de faire la visite…). On nous amène sur une île, où nous serons accueillis par 2-3 personnes ayant couvert leur gaminet aux couleurs de leur équipe de foot favorite par un poncho traditionnel, et ayant ajouté une tuque tressée par dessus leur casquette (je n’exagère même pas). Ils proposent donc des items souvenirs après quelques infos transmises sur la fabrication des îles. Puis on passe à l’autre île, l’île « restaurant », où l’on a finalement pris un thé avant de repartir pour la terre ferme.

C’est le type de situation qui m’amène à réfléchir aux raisons qui font en sorte que je voyage. Qu’est-ce que je je veux voir, ou pas, et qu’elle est ma relation a l’authenticité. Et je pose un regard critique sur ma propre personne mais aussi sur mes comparses voyageurs. La ligne est mince entre vouloir connaître, s’informer, s’éduquer, et occasionner par notre propre tourisme un effet de cirque. Car le choix de conserver un mode de vie ancestral est-il mû par un réel souhait de conservation des traditions, ou par une opportunité commerciale, ou potentiellement un peu des deux..? Dans les faits, il n’y a pas de mauvaise réponse, tous les choix se valent. Mais de mon côté, ai-je appris, où ai-je fermé les yeux avec une petite touche de naïveté et d’hypocrisie? Car j’ai déjà visité des endroits où l’on a reconstitué un ancien village de nouvelle France, par exemple, mais les lignes sont claires: on sait qu’il y a des acteurs, et que l’objectif est pédagogique. En voyageant, parfois, j’ai le sentiment que notre seule présence occasionne une distorsion entre le passé et l’actuel, où la frontière se floue. Parce l’on veut voir ce que l’on pense être « le vrai ». Mais dans les faits, ce que l’on nous montre est parfois le « vrai » d’il y a quelques décennies. Des sentiments parfois difficiles à réconcilier…

Péru – dernière partie

Warning
Warning
Warning
Warning

Warning.