Uruguay et Paraguay

(Note : ce texte a été écrit principalement lorsque nous étions encore en Amérique… d’où le temps de verbe au présent)

 

Comme j’ai commencé à aborder dans ma dernière communication, nous sommes sur nos derniers milles de roadtrip, littéralement, au coeur de l’Amérique. C’est par ailleurs ironique de faire le continent au complet, à un moment où sa place dans le monde, sa constitution politique et son unité (ou absence de) est un sujet suffisamment brûlant pour se retrouver jusqu’au Super Bowl… M’enfin… nous avons affiché notre voiture, à donner par ailleurs, et nous conversons avec plein de gens pour transmettre des informations, répondre aux questions, évualuer les possibilités. C’est que le transfert de propriété de véhicule dépend de tellement de facteurs, comme la nationalité du vendeur, celle de l’acheteur… et celle du véhicule. Et puis, le pays de transaction, les intentions de l’acheteur, la durée du voyage, les destinations… la météo et la couleur des murs de la pièce dans laquelle on signe a sûrement un impact aussi, c’est dire à quel point c’est complexe.

Parallèlement à cette paperasserie, nous planifions nos dernières destinations: Uruguay et Paraguay, parce que pourquoi pas, une fois dans la région. Et tant qu’à faire, peut-être un bout de Brésil, vu que certains acheteurs y seront? Ok. Rajoutons à la paperasserie, demandons un visa pour Audrey. Parce qu’Antoine peut utiliser sa nationalité française et, du coup, entrer sans visa.

Argentine-Uruguay-Paraguay
Notre route des derniers jours, incluant nos derniers arrêts en Argentine

15 au 18 février – Montevideo, Uruguay

Nous quittons donc l’Argentine après notre traversée de cette dernière pour entrer en Uruguay. Notre objectif est surtout la capitale, puisqu’elle est relativement proche et que nous aimons bien les grandes villes. Nous aurions pu aller sur la côte, dans certaines régions balnéaires, ce qui nous aura été vivement recommandé, mais nous avons fait à notre tête..! Rendus dans la capitale, c’était tout de même cocasse et nous avons pu mesurer le poids des raisons pour lesquelles on nous recommandait la côte. En fait, c’est une semaine de carnaval et de congé d’été, alors pas mal tout le monde a quitté le milieu urbain pour les plages. Beaucoup de boutiques et de restos sont fermés. Mais ceux qui sont restés vont à la plage qui borde la ville, pour se faire griller, courrir ou pêcher. C’est donc une ambiance ralentie. Dans tous les cas, on boit un maté, cette motte de feuilles tassée dans une petite tasse faite d’une calebasse, un fruit dont l’écorce séchée ressemble à une petite gourde. Cette motte qui emplit la calebasse est régulièrement arrosée d’un peu d’eau chaude, que l’on boit à coup de quelques gorgées, nécessitant donc de trimballer un thermos d’eau chaude. Si le café est un incontournable chez nous, avec nos petites terrasses et petits cafés, je sens que l’on n’atteint pas le niveau de révérence que l’on porte ici au Maté. En Uruguay et en Argentine, il est intégré à toute activité, dans des contextes que deux petits Québécois peuvent trouver cocasses. TOUT LE MONDE se promène avec leur tasse et leur thermos. Même pas dans le sac à dos qu’ils portent, ne-non, le thermos sous le bras ou dans un petit sac de cuir en bandouillère spécialement conçu à cet effet. Parfois en courant, parfois en trekkant (pour vrai), en travaillant au resto, à la station service, arrêtés sur le bord de l’autouroute, partout. Cela dit, sa consommation est une tradition devenue sociale, également, rapprochant les gens dans un cercle de chaises de camping : le bonheur de passer du temps en famille ou entre amis est simple. C’est donc parmi tous ces gens en mode vacances, que nous avançons en Uruguay. La ville n’est pas déplaisante, et on ne peut qu’imaginer qu’elle est d’autant plus dynamique lorsque les gens l’habitent et la font vivre.

Montevideo

Montevideo

18 février – sur la route

El gatito y la aranaJ’avais remarqué, durant notre route en campagne, que la chaussée était très régulièrement traversée par des bestioles surprenantes. J’ai l’habitude de voir un écureuil, un oiseau, un chat, un chevreuil… et depuis quelques mois, un guanaco, un ému ou un renard. Qu’ajoute-t-on maintenant? Des mygales. ce que les anglophones surnomment des “tarentulas” et que l’on appelle à tort des tarentules. Appelez ça comme vous voulez, c’est une araignée de la grosseur d’un bébé chat. T’sais, quand tu peux l’apercevoir marcher de ton poste de conducteur d’une voiture qui va à 110 km/h? Brrrrrr…… Le truc, c’est que depuis quelques jours, depuis ma prise de conscience de la présence de ces trucs dans l’environnement, je redoute juste un petit peu le camping qui, je sais, est planifié en soirée le 18 février, pour couper notre route vers le Paraguay. Lorsque nous nous sommes arrêtés dans un “camping” (attention, ici un camping peut vouloir dire “emplacement à BBQ familial”), le propriétaire de l’endroit nous invite chaleureusement à poser notre tente où l’on veut bien sur son terrain, nous montre ses toilettes, lavabo, grill. Pendant que l’on discute, une mygale s’approche et se retrouve dans un jeu qu’elle ne souhaitait certainement pas : le chien et les deux chats de la place se mettent à l’asticoter à coup de petites pattes et de museau. Oh boy. Déjà que toutes les sauterelles, coquerelles et autres insectes qui me sautaient sur les mollets depuis notre arrivée m’invitaient gentilement à me gérer (lire ici “testaient ma capacité à ne pas décompenser pour conserver l’apparence d’une personne en contrôle de ses émotions”), la mygale m’a donné un petit coup additionnel…! Je m’imaginais me réveiller la nuit, le filet de la tente couvert de mygales, comme si Aragog et sa gang me prenaient d’assaut. Mais bon, j’ai finalement quitté le monde fantastique d’Harry Potter et repris une pente positive : parce que si tous les insectes sont plus gros ici, les crapeaux aussi! Et ça, j’adore, alors d’en voir un de la grosseur d’un chiot golden retriever m’a redonné le sourire. Surtout qu’à sa grosseur, il devait en manger des gros insectes. Ce fut donc notre dernière nuit de camping dans tout ce voyage, que nous avons passée au chaud (faisait quand même 42 degrés durant le jour…),… Antoine a eu un petit regain de nostalgie, nous sommes repartis une pe-peine au coeur.

18 au 23 février – Asunción, Paraguay

Un peu tout ce que nous lisions sur le Paraguay, et tout ce que nous transmettaient ceux à qui nous parlions, se résumait à un même fil conducteur: c’est un peu plate, y’a rien à voir, pourquoi vous allez là. Laissez-moi être en désaccord. Déjà à notre première soirée, j’aimais bien la ville (qui est collée à la frontière). Plusieurs belles maisons avec une architecture inspirante, une ambiance relaxe… plusieurs hôtels offrent une piscine afin de faire face aux grandes chaleurs, et l’offre de restos et bars est intéressante et diversifiée. Il demeure que je n’en aurais pas nécessairement fait une destination unique pour un voyage en partant de Montréal, mais j’ai été agréablement surprise (et satisfaite) d’y passer.

Un de mes coups de coeur de la ville fut la visite du cimetière. Ces derniers sont souvent des attraits touristiques dans de nombreux pays et grandes villes, Asunción ne fait pas exception. On y pénètre avec calme et réserve, pour prendre conscience que certains font l’inverse. Car si au premier oeil les petites et grandes dernières demeures se dressent bien rangées les unes au côté des autres, certains passages nous amènent là où le temps et les pilleurs ont laissé leur trace. Plusieurs caveaux sont défoncés, sinon la majorité, montrant au regard du passant les cercueils renversés, et parfois la personne qui y avait été déposée respectueusement par sa famille des décennies et même siècle auparavant. Et cette malheureuse action semble ne pas avoir été unique, ou rare, vu la proportion des chappelles funéraires et caveaux que nous avons retrouvés dans le même état. Nous avons tout de même été surpris, puisqu’à chaque endroit où nous posons les pieds, peu de caractéristiques ont un impact sur le respect qui est naturellement décerné aux lieux de sépultures. Pas la religion, ni la culture, ni le niveau de vie : la mort demeure un sacré partagé collectivement par l’Humanité. En même temps, je suis tout à fait consciente de la naïveté dans laquelle baigne cette dernière affirmation, l’Humanité ayant tout autant prouvé son inhumanité à de trop nombreuses reprises face à la mort, d’autrui bien entendu. Nous avons tenté de trouver des hypothèses qui pourraient avoir mené des gens à agir ainsi, et en sommes arrivés à la conclusion que la recherche de bijous et de dents en or était la plus plausible.

Cimetière Asuncion

Car si le pays est considéré actuellement comme l’une des économies les plus stables de l’Amérique latine, elle ne l’a pas toujours été. Elle est par ailleurs passée par des années de libéralisation financière mal supervisée, ayant mené à des crises bancaires rapprochées. Au cours des deux dernières décennies, des réformes importantes auraient été menées, explicant la situation de stabilité actuelle. L’ambiance dans la capitale en est le reflet : les grandes marques et grandes chaînes sont bien présentes, et l’on ne se cache pas pour inviter les grandes richesses des pays voisins à investir. Par un petit condo luxueux ici,  et une offre de grands restaurants là, et hop, on attire.

Finalement, après nous être promené un peu dans la ville, avoir bien mangé et avoir finalisé notre paperasserie, l’envie de s’en aller s’est faite plus présente, et l’appel de la maison du même coup. Comme nous avons trouvé une solution rapidement pour la voiture, nous avons donc décidé de conserver mon visa Brésilien pour une autre occasion, nous disposons quand même de 5 ans pour l’utiliser. Alors en moins de quelques heures, plus de voiture, décision prise, bagages faits, billets de retour achetés. Même notre famille l’a appris un peu sur le tard, occasionnant parfois des “hein, vous revenez dans quelques heures??”. Alors oui, une petite pause pour préparer la suite!

Asuncion
Nos derniers moments avec notre belle Vibe

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