St-John’s, Canada (et le retour)

St-John’s vu de Signal Hill
St-John’s vu de Signal Hill

Une fois débarqués du ferry de Saint-Pierre et Miquelon, nous avons sans perdre trop de temps rejoints St-John’s. Pas de camping pour cette partie du séjour non plus. Nous avons choisi un hôtel un peu minable (mais économique) pas trop loins du centre-ville et avons axé la visite sur la gastronomie et la balade urbaine. St-John’s, loins d’être la plus grosse des capitales canadiennes, se navigue facilement à pied et l’on peut en voir l’essentiel en une journée. C’est donc ce que nous avons fait. Première direction, le pittoresque petit quartier de Quidi Vidi, puis un brunch au Mallard Cottage (classé au top 100 des meilleurs restos canadiens!), la visite de la microbrasserie éponyme, retour au centre-ville par Signal hill puis souper chez Raymond’s, lui 12e restaurant le mieux côté au pays. Disons que tout ça a fait un bon trou dans nos poches…

Quidi Vidi
Quidi Vidi

Bien installés au bar du resto, nous avons pu déguster le meilleur de ce que la province avait à offrir en terme de gastronomie. Lors du repas, nous avons fait connaissance de notre voisine de bar, ancienne employée de l’endroit, qui nous a rapidement mis de mèche avec le barman, son ami.  Une fois le restaurant fermé, nous avons pu rester sur nos chaises et profiter de plusieurs verres supplémentaires sur le dos de la maison. Le reste de la soirée s’est étirée jusqu’à tard dans des endroits moins classes du centre-ville.

The Battery
The Battery

Dur réveil le lendemain quand même, alors comme seul objectif nous sommes allés visiter le campus de l’Université Memorial pour plus tard aller rejoindre pour un verre une connaissance qui habitait l’endroit. Le voyage étant arrivé à sa conclusion, un traversier nous a ramené jusqu’en Nouvelle-Écosse en l’espace d’environs 15 heures, puis nous avons tracé jusqu’à Québec, parvenant à couvrir toute la route sur le continent en une grosse journée.

Fortune, Saint-John”s, Québec
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Notre passage (et périple de 6000+ kilomètres!) sur Terre-Neuve s’est avéré être des plus agréables, plein de rencontres inusitées et de splendides paysages. La réputation dit vrai, les Terre-Neuviens sont réellement plus sympathiques et accueillants que le canadien moyen. Le Labrador était quant à lui un défi intéressant, mais mis à part la côte, c’était plutôt monotone et morne. Lorsque nous reviendrons dans la province, c’est certainement en prenant le traversier le plus court comme tout le monde. Et il y aura des opportunités, j’en suis certain. Entre-temps, il me fera plaisir de pouvoir partager avec la diaspora terre-neuvienne sur le continent l’amour qu’ils ont de leur grosse île rocailleuse.

Terre-Neuve et Labrador, trajet total
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Encore Fogo

Saint-Pierre-et-Miquelon, France

Mairie de Saint-Pierre
Ici, c`est le tricolore!

Avec la France si proche, pourquoi ne pas aller y faire un tour? Quelques réservations de dernière minute (à gros frais) et notre séjour était tout arrangé. Après beaucoup de route, un petit tour par la péninsule de Burin (quand même assez attrayante) et un ferry, nous étions en république française, passeport étampé et douane passée. Sur place, c’est le choc : on a réellement été téléportés en Europe. Sans savoir le chemin parcouru, vous m’auriez demandé où j’étais et je vous aurais avancé avec confiance me trouver dans un village du Pas-de-Calais. On y parle avec l’accent, l’euro a cour et le tricolore flotte un peu partout. Même si les maisons ressemblent à celles de Terre-Neuve, l’urbanisme y est définitivement français. Les véhicules quant à eux sont un mélange de Nord-Américain et d’européen.

Ville de Saint-Pierre Ville de Saint-Pierre Zoom sur la ville de Saint-Pierre Panorama de Saint-Pierre

Un bon repas de cuisine du vieux monde pris, nous nous sommes dirigés vers un bar où jusqu’aux petites heures du matin le vin a coulé à flot au son d’un jukebox jouant classiques français et québécois. Au réveil, nos vêtements empestaient les effluves de clope, car même si le tabagisme est interdit dans les bar, le patron a le dernier mot.

Repas de charcuterie et fromages
Charcuterie fromage! Si ce n`était pas du fait que nous étions midi, il y aurait eu vin aussi.

Bien que Saint-Pierre-et-Miquelon se vende comme destination nature, nous avons plutôt opté pour un petit moment d’urbanisme, car de la nature, nous nous en étions gavés dans les derniers jours. Un habitant de l’endroit abordé alors que nous nous baladions nous a fait un petit résumé de la vie sur l’archipel. La façade est très française, cela va de soi, mais les Saint-Pierrais sont également très attachés au continent Nord-Américain. Proximité oblige, bon nombre de la génération pré-internet a grandi au son du rock québécois, ne manquant pas un match du Canadien de Montréal. La plupart ont également choisi d’aller s’éduquer dans les grandes villes canadiennes, car le territoire dispose d’ententes spéciales avec son gros voisin. Chaque semaine, l’archipel est ravitaillé par un porte-conteneur venant d’Halifax qui ramène à la fois des produits canadiens, mais aussi des produits français. Sachez-le, c’est à chaque 6 semaines que les stocks de fromages et de charcuterie sont renouvelés. Malheureusement pour moi, les étagères dans les épicerie était vides, car le bateau devait passer dans les prochains jours.

Rue de Saint-Pierre

Décor aux alentours de Saint-PierreAvant le moratoire, l’économie de l’archipel était comme celle de Terre-Neuve, basée sur la pêche. Post-moratoire, l’industrie n’a pas repris, et c’est le gouvernement qui emploie plus de 50% de l’île de près ou de loin, car un territoire, il faut que ça s’administre. Aujourd’hui, les saint-pierrais et les miquelonnais tente de développer le tourisme. En haute saison, il existe maintenant des vols directs depuis Paris et la communauté s’efforce d’aller courtiser leurs compatriotes métropolitains afin qu’ils viennent faire un petit tour dans l’archipel profite de ses gens, ses festivals et de sa nature exceptionnelle. Je dois leur donner raison sur ce point, pas de meilleur moyen pour un européen que d’aller s’imprégner de la culture des maritimes sans quitter l’espace Schengen que de venir ici. Or, bien que l’infrastructure soit en développement, il y a encore beaucoup à faire. Avec trois hôtels et pas vraiment plus de restaurants, s’y loger et s’y nourrir est un défi. Pour ma part, je me serais amplement contenté de sandwich saucisson fromage, mais il m’a fallu faire plusieurs magasins pour récolter les ingrédients nécessaires.

Pelote basque à Saint-Pierre
De la pelote basque

Signe de la ville de Saint-PierrePar pur hasard, Audrey et moi y sommes débarqués en plein festival Basque, alors nous avons pu relaxer post-balade en regardant des matches de pelote basque aux côtés des locaux. Tout était pas mal fermé en fait car c’était un jour férié (voilà qui expliquait l’atmosphère festive hier au soir). Programme semblable de promenade le lendemain avec cette fois-ci passage par la boulangerie qui n’a pas déçu avec sa baguette digne des standards les plus élevés. Même pas 48 heures passés sur Saint-Pierre et nous étions de retour au Canada. Selon d’autres voyageurs rencontrés à l’Anse-aux-Meadows, Miquelon était plus intéressante. Déjà que deux jours étaient trop peu pour Saint-Pierre seule, d’autant plus que ne nous ne nous sommes même pas aventurés hors des limites de la ville. L’île, affectueusement surnommée « le caillou », est quadrillée de sentiers et sa surface (petite), est relativement inhabitée; on peut y passer facilement 3 – 4 belles journées et faire de belles randonnées. Avec quelques jours à Miquelon, on a un voyage. Notre bref passage ne nous en aura donné qu’un petit avant goût. J’ai par contre adoré me retrouver en sol français et pendant quelques heures à notre arrivée je me suis senti bouillonner de cette même excitation qui me remplit lorsque je débarque en Europe.

Mouette solitaire
Mouette solitaire, peut-être une allégorie au sentiment que les Saint-Pierrais éprouvent parfois vis à vis leur métropole…

Terre-Neuve, Canada

Camping au nord de Terre-NeuveArrivés à Terre-Neuve avec un bon retard, nous sommes montés dans le nord vers l’Anse-aux-Meadows sans trop perdre de temps. En raison du temps brumeux, impossible de localiser un bon camping sur la pointe, alors nous sommes redescendus un peu plus au sud pour élire domicile au bout d’une route de bois débouchant sur une clairière en surplomb avec vue sur un bras de mer.

Red Bay à Fortune
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L’Anse-aux-Meadows

Village près de l’Anse-aux-Meadows

L’Anse-aux-MeadowsL’Anse-aux-Meadows, aussi un site classé patrimoine mondiale, est d’un intérêt particulier car c’est là où s’est fait le premier contact entre européens et premières nations américaines. Oubliez Christophe Colomb par contre, c’était les Vikings qui en l’an 1000 ont opéré un campement pour une petite décennie ou deux afin d’y exploiter le bois qu’y su trouvait alors. Le lieu foisonne en trouvailles archéologiques et la visite, toute organisée par Parcs Canada, est des plus édifiantes. Il est également possible d’aller explorer les environs par un sentier afin de mieux profiter d’un paysage dominé par la côte rocailleuse et la végétation nordique (dont plusieurs plantes carnivores). Repus d’informations, nous avons repris la route pour regagner le sud et le parc du Gros Morne, l’attraction principale de l’île.

Baie de l’Anse-aux-Meadows
De l’eau qui donne de le goût d’y plonger

Le parc du Gros Morne

Route vers les Tablelands

Un must, le parc du Gros Morne est une curiosité géologique où glaciers et forces tectoniques se sont alliées pour sculpter des paysages des plus époustouflants. Nous avions planifié d’y passer quelques jours et d’aller en explorer la superficie en randonnée autonome. Hélas, la météo n’était pas de notre côté. Voyant tout de même au réveil que le ciel n’était pas aussi menaçant que les prévisions ne l’avaient laissé paraître, nous avons entrepris d’escalader les Tablelands pour en faire le tour. À notre grand malheur, le temps s’est rapidement gâté et nous nous sommes contentés d’en atteindre le sommet et de rebrousser le chemin, car pas question de faire de la carte et boussole avec des bourrasques à 100 km/h, une pluie battante et 30 mètres de visibilité. Exténuante, l’expérience nous aura laissé trempés jusqu’aux os. Heureusement, la soirée fut clémente est déroulée en compagnie d’un couple américain de la Caroline du Nord à profiter au bord du feu de ce qui est légal ici, mais pas chez eux.

Montée vers les Tablelands

Le lendemain, Dame Nature nous aura donné suffisamment de répit pour une belle randonnée à la chaleur et au soleil. En soirée par contre, les cordes se sont remises à tomber. Face à un pronostic météorologique plutôt décourageant, nous avons opté d’abréger notre passage au parc du Gros Morne et d’aller vers le soleil. Vu que le parc se trouve sur la côte ouest de l’île, il est plus facilement accessible depuis le continent, car c’est là qu’arrivent les traversiers en provenance de la Nouvelle-Écosse. Il allait donc être envisageable pour nous d’y revenir ultérieurement dans nos vies.

Panorama de Trout River Pond

L’île de Fogo

Cabanes de pêcheurs à Joe Batt’s Arm

Disposant donc d’un peu plus de temps dans notre horaire, nous nous sommes dirigés ver l’île de Fogo. L’économie de l’endroit, autrefois dépendant d’une industrie de la pêche, a été entièrement détruite par le moratorium de début 90 sur la morue. Afin de redresser la situation, l’île a décidé de se convertir au tourisme, notamment grâce aux apports d’une ancienne native du lieux qui ayant fait fortune dans la fibre optique, a décidé de revenir dans son patelin natal pour y construire le Fogo Island Inn, resort 5 étoiles et du même souffle lancer sa communauté dans un élan de revitalisation. Nous y sommes débarqués en pleine dernière soirée de festival Folk et avons piqué notre tente parmi les motorisés et pu profiter des festivités au milieu d’un décor absolument splendide.

Au camping de la ville de Fogo

 

Panorama du festival folkFeux d’artifice à FogoLe lendemain, nous sommes sortis faire deux petites randonnées sur l’île. Fogo a décidément tout pour plaire : de petits villages pittoresques aux côtes rocailleuses en passant par la bonté de ses habitants. L’eau y est également d’une clarté et d’une couleur qui rappelle sans difficulté les plus beaux sites de plongée des Caraïbes. Alors que nous prenions un petit verre au sommet du pic surplombant notre camping en regardant le soleil se coucher, nous avons pu faire la connaissance d’un autre touriste tombé sous le charme de l’île. En fait, il aimait à ce point la province, qu’il s’est acheté un lopin de terre ailleurs dans Terre-Neuve pour y installer sa roulotte et y passer ses étés loin de son travail d’élu au parlement de la Caroline du Sud. Des plus sympathiques, ils nous avait même offert de passer par chez lui. Avoir eu quelques jours de plus, j’aurais adoré en entendre plus sur ses histoires de campagnes présidentielles avec les Clinton. Devant une rencontre si invraisemblable, le petit doute qui planait sur la véracité du personnage quand nous avons croisé en redescendant sa plaque d’immatriculation du parlement de l’état.

Panorama depuis le sommet du Brimstone head Vue depuis le sommet du Brimstone head

 

Rattrapés par le mauvais temps, nous avons été encore contraints d’abréger notre séjour dans cet endroit enchanteur. À peine le temps de faire une autre petite randonnée que nous étions de retour dans le ferry pour revenir sur Terre-Neuve et rouler le plus loin possible afin de prendre de l’avance sur le trajet vers notre prochaine destination, laquelle n’était pas originalement dans l’horaire mais bon … comme on disait dans l’armée, les meilleurs plans, c’est ceux que l’on peut changer.

Vue depuis un sentier dans la ville de Fogo

Le Labrador, Canada

Après une année de folie professionnelle, l’appel de l’aventure s’est à nouveau fait entendre. Ayant largement abusé de l’international, nous avons cette fois-ci opté pour une épopée un peu plus locale : Terre-Neuve et le Labrador avec Saint-John’s comme objectif. Il existe deux moyens de se rendre sur l’île de Terre-Neuve, le traversier depuis la Nouvelle-Écosse et celui du détroit de Belle-Isle au départ de Blanc-Sablon. Nous comptons prendre le premier pour le retour et le deuxième pour l’aller, traversant au passage le Labrador.

Histoire de profiter au maximum de vacances bien méritées, je me contenterai de publications succinctes sur ce blogue. Tout de même, je comptais y écrire, car c’est un habitude intéressante qui, j’en suis certain, le futur moi saura en profiter quand dans quelques décennies je pourrai à nouveau me plonger dans les voyages de ma jeunesse.

Ne disposant que d’un peu plus de deux semaines pour compléter ce périple de pas moins de 5000 kilomètres, nous avons décidé de tracer au maximum la partie Labrador, nous arrêtant au minimum dans la journée.

Québec à Red Bay
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De Québec à Baie-Comeau

C’est donc dans la hâte que nous avons quitté la ville de Québec, excités d’enfin décrocher du travail. Cinq heures plus tard, nous étions à Baie-Comeau, ville emblématique de la Côté-Nord. Pour la peine, nous nous y sommes arrêtés pour une bière à la micro-brasserie locale et une brève balade suivant les recommandations d’un ami originaire de l’endroit. C’était peu, mais de toute manière, Audrey et moi nous sommes dits qu’il faudra revenir explorer la Côte-Nord un autre temps.

Pluie au traversier de Tadoussac
Pluie au traversier de Tadoussac

Depuis Baie-Comeau, nous nous sommes engagés sur la 389 Nord vers Fermont, seul accès continental vers le Labrador. Je m’attendais à une route de gravier nordique comme j’en ai croisé lors d’un stage à Chibougamau, mais à ma grande surprise, le décor était intéressant, le pavage frais et les courbes routières abondantes. Peu après le barrage Manic-2, nous avons élu campement sur une aire de gravier en retrait de la route. Feu, vin et étoiles étaient au rendez-vous pour cette première soirée en nature.

Campement sur la route vers Fermont
Campement sur la route vers Fermont

De Baie-Comeau à Fermont

La 389 suit essentiellement dans son tracé la rivière Manicouagan et le réservoir éponyme. Sur ce cours d’eau ont été bâtis pas moins de 4 barrages hydroélectriques majeurs. Quelques-uns d’entre eux sont ouverts au public, notamment le plus imposant, Manic-5, aussi nommé Barrage Daniel-Johnson et le plus gros de son type au monde. Emblème du génie civil québécois, c’est généralement lui qui fait la tête d’affiche lorsque vient le temps de montrer en images la grandeur des projets hydroélectriques de notre province. Il fallait absolument que nous nous y arrêtions. La visite, d’une durée de deux heures, est de toute évidence un arrêt populaire dans la région vu la grandeur du groupe duquel nous faisions partis. Certains autres touristes semblaient d’ailleurs s’être donnés comme objectifs de visiter tous les ouvrages de la région ouverts au public (plus de 5 je crois).

Manic-5
Manic-5
Route 389 vers Fermont
Route 389 vers Fermont

Après notre tour de turbines, alternateurs, conduite forcées et immenses voûtes bétonnées, nous avons repris la route afin de gagner Fermont avant la noirceur. Passé Manic-5 la 389 retombe sur sa surface de gravier d’origine entrecoupée d’une section asphaltée et se remets à serpenter jusqu’à ce que les immenses montagnes de résidus miniers de Fermont commencent à se dessiner à l’horizon. À ce moment, la civilisation resurgit de l’immensité boréale. En quittant Baie-Comeau, la population des feuillus se parsème et se voit essentiellement représentée par le bouleau. Une centaine de kilomètres au nord de Manic-5, les feuillus disparaissent, la forêt se rapetisse en stature et le paysage est dominé par de petits pins rabougris battus par le rude vent nordique. Alors que la tordeuse des bourgeons a fait noircir des kilomètres carrés de verdure au sud, ce sont les feux de forêt qui à cette latitude on ravagé la verdure.

Le mur écran de Fermont
Le mur écran de Fermont

Audrey dégustant une bièreArrivés à Fermont, nous avons élu domicile au camping municipal pour faire les choses simple et sommes partis à la découverte du mur-écran et de la ville qu’il protège des vents du nord. Sous la bruine et dans la noirceur, nous avons arpentés quelques rues endormies avant de regagner notre tente. Les mineurs se lèvent tôt et nous aussi, car la route demain allait être longue.

Dans le mur écran
Dans le mur écran

De Fermont à Happy Valley Goose Bay

Churchill Falls
Churchill Falls

Après un petit arrêt par Labrador City pour un déjeuner digne de ce nom, nous nous sommes engagés sur la Translabrador. Entièrement pavée et neuve, la route s’est déroulée sans embûches et rapidement nous avons pu traverser l’entièreté du territoire jusqu’à Happy Valley Goose Bay en passant par Churchill Falls. Nous n’avons fait qu’y passer histoire de prendre un peu le pouls de ces villes qui manifestement n’existent que pour l’industrie locale et au look plutôt délabré. De notre côté, la température oscillait entre 12-14 avec une constante bruine. Ici, c’est définitivement le climat qui dicte sa loi. Disposant d’un peu de clarté devant nous, nous avons tenté de pousser un peu histoire de prendre de l’avance pour le lendemain. C’est presque à la noirceur que nous avons élu campement dans une sorte de zone nivelée en bordure de la route. L’assaut des insectes finalement repoussé par notre feu et la noirceur, nous avons pu profiter d’une soirée plutôt humide mais non la moins divertissante.

Route du Labrador

Cette nuit là, nous avons tenté de dormir dans la voiture histoire d’en évaluer le confort. Cela fut moyen, mais avec quelques aménagments, j’ai la conviction que nous pourrions rendre l’espace arrière à niveau. Aussitôt sorti du véhicule, l’assaut des insectes s’est fait si intolérable que nous avons remballé notre matériel au plus vite sans prendre le temps de manger.

Des arbres!

De Happy Valley Goose Bay à Red Bay

Route du Labrador en gravier

Décor sur la côte du Labrador
Décor sur la côte du Labrador

La route pavée s’arrêtait après Goose Bay pour quelques centaines de kilomètres et pour reprendre plus tard; toute neuve et fraîche. Sur la partie en gravier d’ailleurs, de l’équipement et du personnel s’affairait à poser du bitume. Arrivé près de la côte, le décor est passé de la forêt de conifères à perte de vue à celui de grandes étendues de plaine arctique. Arrivés à notre destination de la journée, Red Bay, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO comme ancien établissement de baleiniers basques, nous avons garé la voiture et entrepris de visiter l’endroit qui par ailleurs est aussi un très charmant village. Un peu avant d’arriver sur les lieux, nous avions aperçu un glacier au large. Lorsque nous nous sommes rendus compte que la bateau qui devait aller nous porter sur la petite île où se trouvent les vestiges allait par la suite amener deux autres touristes voir le glacier, nous avons sauté sur l’occasion et décidé d’annuler notre visite du site.

Quai à Red BayGlacierPour être franc, j’ai été légèrement déçu par l’expérience. Moi qui m’attendais à aller pouvoir toucher de mes mains l’immense bloc de glace, j’ai vite compris qu’il vaut mieux se tenir à bonne distance de cet objet surgelé de 10 étages en eaux chaudes. Si ce n’est pas un pan entier qui vous tombera sur la tête, c’est le tsunami qui suit qui ira vous précipiter dans le détroit de Belle-Isle. Cette petite visite aura tout de même valu la peine, d’autant plus que le capitaine, un habitant de localité avec un fort accent, nous a gentiment offert de nous déposer sur l’île quand même et venir nous chercher dans une heure, même si officiellement le site de Parc Canada était fermé. Un petit fish and chips plus tard, nous avons fait un peu de toute pour nous trouver un coin où dormir, lequel s’est avéré être une place de camping dans un petit parc provincial non loin d’une plage. Pas d’autre programme la journée du lendemain que prendre le traversier pour Terre-Neuve depuis Blanc-Sablon

Épave à Red Bay

Red Bay
Red Bay

Blanc-Sablon est une petite bourgade côté Québec mais culturellement attachée au Labrador, car personne n’y parle français et tout le monde semble y vivre à l’heure de Terre-Neuve même si officiellement ils se trouvent dans le même fuseau horaire que le reste du Québec. Autrement, le coin est plutôt charmant et le décor splendide.

Blanc-SablonBlanc-Sablon

Tokyo, Japon

Voilà bientôt deux mois que nous sommes revenus et toujours aucune publication sur notre dernière destination de ce grand périple. Disons qu’avec le rythme effréné du retour au pays, la motivation a manqué, mais je n’allais quand même pas laisser inachevés tous ces efforts de documentation de notre voyage.

Tokyo de nuit

Lors de ma dernière visite de Tokyo, je n’y avais passé que trois jours et à me relire, il semblait que l’expérience m’avait quelque peu déçue (en regard des autres villes japonaises); peut-être était-ce l’hiver… Toutefois, le temps adoucissant tout souvenir, j’appréhendais notre séjour dans la capitale avec un positivisme débordant. Mes mémoires de l’endroit, plus que dans les autres villes japonaises, étaient restées relativement fraîches et j’avais hâte de revisiter en compagnie d’Audrey les lieux phares de l’incontournable métropole.

Canal de Tokyo
Tokyo a des canaux!

La pluie qui tombait à notre arrivée depuis Magome-juku ne m’a pas empêché, caméra en main, d’aller arpenter le quartier autour de notre gîte. Le silence ambiant et la réflexion des lampadaires et des phares sur le bitume humide donnaient à l’endroit un air mystérieux. En déambulant, j’en ai aussi profité pour faire une étude photographique des machines distributrices japonaises histoire d’ajouter à ma petite série d’articles sur quelques fascinants aspects de ce pays (arcades, politesse).

Descendant d’un gratte-ciel, Tokyo, Japon

Vue de Ginza, Tokyo, Japon

Le lendemain, énorme programme de marche. Comme si nous n’avions disposé que d’une seule journée pour faire le tour de la capitale, j’avais concocté un itinéraire qui allait nous faire passer par le principal et le plus touristique. En passant par Asakusa et Ginza, nous nous sommes rendus dans l’un des quartiers d’affaires afin d’y débusquer une tour à bureau qui dans mes souvenirs, se laissait escalader et offrait un beau coup d’oeil sur la ville.

Shibuya, Tokyo, Japon
Skibuya

Par la suite, Roppongi, puis Shibuya, ce quartier électrifiant célèbre pour son intersection, apparemment la plus fréquentée de la planète. Sans rentrer dans les détails de tout ce que nous avons pu visiter en cette journée bien chargée, nous avons entamés le demi-tour de notre course touristique effrénée à 15 kilomètres de notre hôtel. Loin d’avoir l’intention de revenir en transports en commun, c’est bière à la main que nous avons entrepris le chemin du retour, profitant de la multitude de machines et de dépanneurs sur notre route pour nous garder bien hydratés. À mi-course, un arrêt izakaya (ces petits pubs bien japonais) s’est imposé où sur l’espace de deux heures, nos hôtes nous ont entretenu dans un anglais rudimentaire, mais ne manquant pas de nous offrir au passage quelques verres et yakitoris, petites brochettes de viande et de légumes.

Dans un izakaya à Tokyo, Japon
Izakaya!

Naturellement, après une telle journée, le réveil du lendemain s’est avéré plus ardu que prévu, à la fois par la faute de l’abus de bonne chère, mais surtout de par les plus de 30 kilomètres marchés ce jour là. En temps normal, mes pieds n’auraient pas trop bronché, mais après dix mois, l’usure commençait à se faire sentir. Programme léger donc. Petite visite d’Akihabara, surnommée ville électrique anciennement pour son foisonnement de petits magasins d’électroniques, mais aujourd’hui le bastion de la culture manga. Par la suite, direction station de métro pour nous rendre en périphérie du centre-ville à l’izakaya/restaurant Toriki.

Akihabara, Tokyo, Japon
Akihabara

Ce n’est pas son étoile Michelin qui rend Toriki bien spécial, mais le fait que son chef y prépare du sashimi de poulet (torisashi). Eurk? Salmonelle? Non. Du moins, pas si exécuté par un maître japonais. Avec le bon poulet et les bonnes techniques, il est possible de rendre cette viande propre à la consommation crue, car ultimement, ce sont nos méthodes d’abattage industrialisées qui la souillent. À mon grand regret, une fois sur place, un préposé nous indique que depuis peu ils ne sont plus autorisés par la santé publique à servir leur plat signature, pour faute d’émules maladroits qui par négligence ont rendu leur clientèle malade. Qu’importe, pour avoir fait tout ce train, nous n’allions pas faire demi-tour. Après avoir parcouru le menu et commandé certains items, le chef nous convainc d’y ajouter son plat le plus populaire.

Restaurant Toriki, Tokyo, Japon

En succession, nous recevons notre commande, prenant le temps de savourer un repas jusque-là pas tout à fait à la hauteur de mes attentes, mais qui valait tout de même le déplacement. Le tout en échangeant avec le chef qui devant nous prépare ses poulets et les manipule main nues sur le charbon. L’ambiance est bonne et le moment plaisant. Finalement, alors que nous l’avions complètement oublié, il nous sert son assiette si prisée: quelques morceaux de poulet tout juste grillés servis avec une petite marinade. Le poulet n’est cuit qu’approximativement et certaines pièces sont simplement saisies. Je goûte et conclue aussitôt n’avoir jamais mangé de si bon poulet. Dans ma tête, je vis pleinement l’un de ces rares moments gastronomiques où nos sens monopolisés par une habile orchestration de saveurs, odeurs, textures et présentations, l’on réalise que la perfection est de ce monde. Hautement ravis par une expérience culinaire qui se sera finalement hissée dans mon top 5, nous avons regagnés tranquillement notre hôtel pour y attendre Jean et Hélène, que nous croisions pour la troisième fois de ce voyage (première fois en Inde, deuxième fois au Sri Lanka). Audrey comme moi était excitée de partager avec ses proches à quel point le Japon lui plaisait.

Sur le monorailà Odaiba, Tokyo, Japon

Plus en forme le matin suivant que la veille, nous avons débuté la journée par un bon Matsuya. Matsuya (j’y avais mangé un nombre incalculable de fois lors de ma première visite du Japon sans en connaître le nom) est une chaîne restauration rapide généralement ouverte 24 heures et se spécialisant dans le gyumeshi, un simple bol de riz avec du boeuf. À l’instar de nos restaurants de type fast food, on y passe peu de de temps et la nourriture y est bon marché. Cependant  le service est impeccable, les plats réellement succulents (pas genre gras et salé; vraiment bons) et l’imagerie qui figure sur les menus est exactement conforme à ce qui se retrouvera dans notre assiette. Je n’en dirait pas autant des établissements auquel nous sommes accoutumés… Aie-je mentionné que toutes les commandes venaient avec une soupe miso? Parlant de menu, on ne commande pas son Matsuya à un japonais, mais plutôt une machine qui bien heureusement offre son interface en anglais. On a sans exagérer dû manger au Matsuya en moyenne une fois par jour. Non pas par facilité, mais surtout par souci d’un bon rapport prix/goût. Sans être au courant du Matsuya, l’on pourrait facilement passer des semaines au Japon sans les remarquer. Heureusement, Jean et Hélène nous avaient en leur présence pour les initier aux rouages d’un voyage en terre nippone.

Étagère de saké, Tokyo, Japon

Bien repus, c’est vers la ligne de monorail qui traverse le quartier futuriste d’Odaiba que nous avons débuté notre programme tokyoite. Vanté pour son look futuriste, Odaiba est constitué de quelques kilomètres carrés d’îles artificielles et il était possible d’en avoir un bon aperçu en empruntant son monorail. Surtout composé de centres d’achats et autres immenses bâtiments aux fonctions commerciales, le tour s’est avéré être un peu décevant. Je me suis même surpris à préférer le Palm Jumeira de Dubai. Qu’importe, pour nous rattraper en terme de vista urbaine, l’ascension de la mairie de Tokyo. Arrivés pile au bon moment, nous avons pu profiter du soleil tombant pour admirer l’immense métropole de jour et de nuit. Redescendus de notre perchoir, nous y sommes allés pour une balade à pied jusqu’à Shibuya puis d’un copieux repas dans ces fameux trains de sushis suivi d’un retour à l’hôtel à une heure plutôt potable.

Vue de Tokyo depuis la mairie à la nuit tombante, Japon Vue en hauteur de Tokyo depuis la mairie, Japon

Qu’est-ce qu’on fait le dernier jour d’un voyage de plus de 10 mois. On est un peu las, mais on tente d’en tirer le maximum. Bref, dans tous les morceaux de Tokyo qui nous manquaient, nous avons choisi le plus évident et aussi le plus populaire, soit Asakusa, ce fameux temple. Non pas car l’endroit est spécial, mais il nous fallait faire quelques emplettes en prévision d’une distribution de cadeaux au retour. La frénésie de magasinage s’est même poursuivie vers les quartiers voisins, où nous sommes tombés sur la rue qui.

Asakusa, Tokyo, Japon
Asakusa
Geishas à Asakusa, Tokyo, Japon
Il y a fort à parier que ces deux-là ne sont pas japonaises

Asakusa, Tokyo, Japon Rue de Tokyo, Japon

Cimetière japonais, Tokyo
Les cimetières japonais sont à l’images de la ville: ordonné, propre, austère et noble.

Magasinage, Tokyo, Japon Boulevard de Tokyo, Japon Rue de Tokyo, Japon

Mario Kart, Tokyo, Japon
Mario Kart sur le pas de départ

En guise de dernier repas, un petit restaurant de yakitori (brochettes) déniché dans une allée. Au milieu de notre repas, un homme s’approche et demande s’il peut se joindre à nous. Il nous a entendu parler français et désire se faire l’oreille à cette langue qu’il tente lui-même d’apprendre en ce moment (preuve à l’appui, il nous montre même ses livres et dictionnaires). Soucieux de bien s’intégrer, il commande aussitôt deux bouteilles de vin. Les conversations qui animaient notre ultime soirée passeront momentanément  à un niveau plus rudimentaire histoire d’accommoder notre nouvel interlocuteur, mais pas pour le moins enrichissantes.

Dernier repas, Tokyo, Japon

Au terme du repas, notre hôte inattendu nous aura non seulement fourni en alcool, mais se sera en plus chargé de l’entièreté de l’addition d’une excellente bouffe. À la sortie du restaurant, il tire poliment sa révérence et s’en va titubant en direction opposée. C’est ça, le Japon. Bien imbibés, nous poursuivront la soirée à discuter jusqu’à très tard devant l’hôtel.

Le lendemain, c’est le grand départ. Sans encombres, nous nous rendons à l’aéroport de Narita. Ensuite Detroit où nous passons à deux doigts de manquer notre transfert en raison d’une fouille un peu trop zélée de la TSA. Finalement, arrivée à Montréal où une fête d’amis nous attends. Dans mes souvenirs, tout s’est déroulé l’instant d’un flash. D’aventuriers de long cours, nous avons été re-téléportés dans cette vie que nous avions laissé plus de 300 jours auparavant. Cette existence si distante dans le temps et l’espace que de la redécouvrir a suscité en nous l’impression de … voyager.

Retour à Montréal, Canada