Samarcande, Ouzbékistan

Samarcande, ville millénaire rendue fameuse par la route de la soie et destination incontournable en Asie Centrale. Il nous a fallu quand même un bon 6h de bus plutôt désagréable pour l’atteindre, mais au final nous y sommes arrivés sans encombres et contre les indications de tous les chauffeurs de taxi comme quoi il n’y avait plus de transports en commun cette journée là (et donc que des taxis chers…)

Le lendemain, mode tourisme. Vu la quantité de choses qu’il semblait y avoir à visiter, nous contemplions même la possibilité d’y passer une journée de plus. Quatre heures plus tard, nous avions tout vu… Les autorités ouzbèkes avaient peut-être fait un bon travail de conservation du patrimoine historique, tout ce qui était entre avait été dénaturé par du modernisme bon marché. La vielle ville avait même été emmurée pour ne pas qu’elle soit visible des allées flanquées de boutiques de souvenirs qui menaient les touristes d’un monument à l’autre.

Mise à part cette urbanisation maladroite, les monuments, surtout des mausolées, madrasas et mosquées étaient réellement spectaculaires, particulièrement le Registan, cette place publique dominée par trois énormes madrasas. En deuxième place, une allée de plus petits mausolées tous décorés des plus belles mosaïques de céramique de l’Asie-Centrale. Pour le reste, je laisse les photos poursuivre le récit.

Le Registan

Un ensemble de madrasas encerclant une grande place, autrefois le centre de Samarcande.

Une des madrasas du Registan

Le Chah-i-Zinda

Une avenue de petits mausolées construits surtout pour les proches de Tamerlan. Aussi un énorme cimetière.

Le mausolée de Tamerlane

Tamerlane, ce féroce souverain d’Asie-Centrale, s’est fait construire un mausolée étonnamment sobre pour un personnage de cette envergure.

Autres

Conclusion

Samarcande était belle et valait vraiment le détour. À en juger par la quantité d’ouzbèkes qui s’y trouvait, dont un bon nombre pour prendre des photos de mariage, notre avis était plus que partagé. Cependant, une journée à la visiter a amplement suffit. C’est donc sans regrets que nous l’avons quittée pour Boukhara.

Tashkent, Ouzbékistan (1)

Almaty commençait à être un peu trop froide pour y passer nos journées dehors. Tashkent, capitale de l’Ouzbékistan (600 kilomètres à l’ouest) avait un retard sur l’automne et il y faisait un beau ciel lorsque nous y sommes atterris. Une fois nos bagages récupérés, nous nous sommes rendus dans le hall des départs pour tenter de faire rallonger notre visa ouzbèke de quelques jours, car en raison de notre retard, nous n’en avions plus que 10 pour visiter le pays et faire notre demande de visa turkmène. C’était trop peu. Or, contrairement à ce qui était indiqué sur internet (que c’était impossible), Sven s’était fait rallonger le sien d’une bonne semaine sans questions et moyennant un petit 40$. Malheureusement, l’agent de l’immigration n’a rien voulu savoir et nous a informé qu’il ne ferait rien tant que l’organisation qui nous a invité au pays, soit l’auberge où nous allions résider à Tashkent, (il faut une lettre d’invitation pour être admis en Ouzbékistan) ne l’appellerait pas pour justifier l’extension. Déçus, nous avons pris le chemin de l’auberge. Arrivés-là, nous expliquons la situation au préposé à l’accueil et celui-ci nous passe un propriétaire au téléphone. Ce dernier nous indique que les extensions de visa ne se font que dans des cas d’urgence, comme un séjour à l’hôpital. L’attente du visa turkmène ne qualifie malheureusement pas, mais il nous encourage toutefois à appliquer quand même car parfois, l’ambassade est capable de le délivrer en 5 jours ouvrables plutôt que 10. Quel bordel ces visas…

Tout de même excités d’être à Tashkent, Audrey et moi quittons pour aller faire notre premier petit tour de la ville. Le plan est de prendre le métro, de faire quelques stations pour nous rendre à un restaurant bien coté dans le guide, puis de revenir à pied. Tashkent est de loin la plus grande ville d’Asie Centrale. Elle a beau être construite sur un plan soviétique, c’est à dire avec d’immenses boulevards, elle est tout de même très verdoyante et possède de nombreux parcs. Il était 23h00 quand nous sommes revenus à l’hostel. Le casse-tête du visa turkmène a occupé une bonne partie de nos conversations de la soirée et je me rappelle avoir lancé plusieurs fois l’idée de retourner à l’aéroport après notre marche pour insister auprès du service d’immigration (ouvert 24h). Audrey ne l’a pas compris ainsi (ah, la communication dans les couples…) et lorsque je l’ai invité à s’habiller pour se rendre à l’aéroport de nouveau, il s’en est suivi une petite altercation verbale. Au final, j’ai remporté la manche: il fallait tenter notre chance…

De retour au même bureau visité quelques heures plus tôt, je cogne et entend quelqu’un se réveiller. Une minute plus tard, la porte s’ouvre. Merde, c’est le même agent qui nous a reçu la première fois. Je tente à nouveau de plaider ma cause mais rien n’y fait. Éventuellement, ce dernier appelle le contact de l’agence qui nous a invité au pays et me passe le téléphone. Cette fois-ci, c’est le deuxième propriétaire de l’hostel. Il m’explique que nous venons d’arriver au pays et que si l’immigration rallonge notre visa, ils ne le feront pas à ce moment (logique en fait). Il m’invite ensuite à retourner à l’hostel pour que l’on en discute. Une fois en face de lui, je m’excuse mille-fois de l’avoir dérangé à une heure si tardive pour des emmerdes administratives, mais de nature très amicale (comme propriétaire d’une auberge, il le faut), il ne m’en tient pas rigueur. En résumé, il nous dit qu’il pourra en temps et lieu rallonger notre visa et que la procédure est simple. Cependant, pas le premier jour de notre arrivée. Il nous conseille donc d’aller demander notre visa turkmène et si effectivement il y a des délais et bien il avisera. Tout cela m’a beaucoup rassuré et conforté dans l’idée de m’être donné tout ce trouble pour retourner à l’aéroport. S’il fallait que je passe par ces difficultés pour avoir l’information dont j’avais besoin et bien cela en valait le coup. Ce genre de situation arrive souvent dans des pays dont on ne parle pas la langue, où le web n’a pas encore totalement percé et où les règles changent d’un mois à l’autre. Obtenir de l’information fiable et à jour demande de déployer des efforts considérables. Bref, il était près d’une heure du matin et nous fallait gagner le lit car nous devions nous réveiller vers 5h00 pour être à 6h00 devant l’ambassade du Turkménistan. Du moins, c’était l’heure d’arrivée suggérée par notre guide, car même si l’ambassade n’ouvrait qu’à 9h00, il fallait placer son nom sur une liste d’attente.

Sur place quelques heures plus tard (et pas mal fatigués par une si courte nuit), le garde en poste nous demande ce que nous faisons là et nous indique qu’il n’y a pas de liste et que nous devrions revenir à 9h00. Bon, j’imagine que la consigne d’arriver très tôt ne s’appliquait qu’en haute saison (toujours difficile à savoir). Retour à l’hôtel pour une sieste et à nouveau, nous revoilà à l’entrée de l’ambassade du Turkménistan vers 8h45. Ce coup là, quelques gens attendent et effectivement, il faut mettre son nom sur une liste. Cependant, aucune cohue, il y a une dizaine de personnes à tout casser. À l’ouverture, les gardes vérifient nos passeports et nous passons le portail pour pénétrer dans l’ambassade toute faite de marbre (à l’image d’Ashgabat, capitale du Turkménistan). La salle où l’on est reçu est propre et austère. Derrière une vitre, des préposés s’affairent à recevoir les demandes de visa, surveillés par un portrait grand format du président turkmène. Le personnel, très sympathique et serviable, nous a guidé au travers du processus si bien qu’en une petite demi-heure, notre demande de visa de transit était déposée.

Il existe deux types de visa permettant de visiter le Turkménistan: le visa de tourisme et le visa de transit. Pour le premier, il faut avoir été invité par uneagence possédant un permis du gouvernement et débourser au delà de 200$US quotidiennement par personne pour couvrir les frais, notamment ceux d’être accompagné en permanence par un guide. Pour le deuxième, octroyé lorsque l’on a besoin de passer par le pays pour se rendre à notre destination subséquente, il ne dure généralement que cinq jours, n’engage aucune dépense faramineuse et permet d’être à toute fin pratique libre. Le choix est facile? Pourtant, la demande du visa turkmène de transit a beau être une affaire plutôt standard au niveau administratif, il est délivré de manière aléatoire ou du moins, personne ne sait selon quelles règles certains sont refusés et d’autres acceptés. Le taux de refus avoisine les 50%. Apparemment, les hommes barbus voyageant seuls sont ceux qui essuient le plus d’échecs alors pour l’occasion, je me suis rasé complètement la barbe et Audrey et moi avons pris soin d’indiquer que nous étions mariés sur la demande.

Le marché de Chorsu (section viandes)

Le marché de Chorsu (section viandes)

De retour à l’hostel, nous nous sommes évanouis dans nos lits pour quelques heures puis sommes partis en visite dans Tashkent. Première destination, le marché centrale de Chorsu (le plus gros d’Asie Centrale). Malheureusement, l’endroit s’apprêtait à fermer lorsque nous y sommes arrivés, mais nous sommes tout de même parvenus à en avoir une bonne impression (et à vouloir y retourner lors de notre prochain passage à Tashkent). Par la suite, passage au complexe religieux Hazrati (plusieurs mosquées) et finalement, marche jusqu’à l’hostel de Sven, un ami de voyage rencontré jusqu’à maintenant dans tous les pays traversés. La soirée a débuté autour d’un bon souper dans un restaurant Coréen (nombre d’entre eux ont émigrés en Asie-Centrale lors de la seconde guerre mondiale) puis s’est terminé à leur hostel autour de plusieurs bières.

Soirée arrosée…

Lever tardif le lendemain puis direction centre du plov, ce fameux restaurant de Tashkent qui se spécialise dans la préparation de ce met bien ouzbèke (légumes, riz, viande, le tout cuit dans du gras de mouton). Le restaurant se situait de l’autre côté de la ville alors pour la course, le taxi nous a demandé un gros 2,50$. L’Ouzbékistan est l’un des pays le moins cher qu’il nous ait été donné de visiter. Le prix du logis avoisine les 10$US par lit, mais c’est parque le service est destiné aux étrangers. Pour le reste, on compte 1$ par personne pour manger, des en-cas à 40 cents, la bière en coûte 80 et la cigarettes 1$. Pour le métro, c’est 25c du billet et une course de taxi raisonnable coûte moins de 1$. Bref, on ne dépense que très peu. Heureusement, car la gestion de l’argent est un peu problématique ici. Premièrement, il n’y a pas d’ATM et il faut systématiquement changer les dollars US dans des bureaux autorisés par le gouvernement qui distribuent des somonis à un taux fixe de 8000 somonis pour 1$. Pour les coupures, c’est 200, 500, 1000, 5000, 10000 et 50000, les deux dernières ayant été introduites en 2017 et sont donc plus rares. L’inflation a vraiment eu des conséquences désastreuses ici. Conséquemment, l’on se promène toujours avec d’énormes liasses où même des briques de billets pour certains ouzbèkes.

Un immense Kazan, marmite servant à préparer le plov

Bien repus par deux immenses plov, nous avons poursuivi nos errances dans Tashkent en nous dirigeant vers le parc central. Contrairement à bien d’autres villes dans la région, la température était encore très agréable à Tashkent. Pour la soirée, encore un repas avec Sven et sa copine. De retour à leur hostel, un espagnol s’est joint à nos conversations qui ont alors pris une tournure plus politique, notamment sur la question du dernier référendum d’indépendance en Catalogne.

Statue d’Amir Temur dans le centre de Tashkent

Nous avions déjà rallongé notre séjour à Tashkent d’une journée, alors si nous voulions avoir le temps d’aller visiter d’autres endroits dans le pays, il nous fallait quitter le lendemain direction Samarcande.

Départ pour Samarcande. Depuis que Chevrolet a installé une usine dans le pays, le parc automobile entier s’est converti à cette marque. Or, il semble que seulement la couleur blanche n’ait été autorisée.

D’Europe vers l’Asie Centrale – Partie 4 (le sac à dos)

La voiture vendue, nous voilà arrivés à la quatrième partie de notre périple en Asie Centrale: le mode sac-à-dos. Au total, nous aurons parcouru 18902 kilomètres depuis Albi en France. Cette bonne vielle Golf nous aura donné beaucoup d’autonomie, mais au pris de nombreux tracas, dont deux pannes majeures (à Aralsk et Och). Évidemment, il fallait s’y attendre en conduisant une voiture plus qu’usagée dans de telles conditions, mais toutes ces soirées de camping et ces paysages à couper le souffle auront largement compensé. Adieu Golf, tu resteras à jamais la troisième voyageuse de notre périple en Asie Centrale et si j’avais à décrire en quelques mots le voyage jusqu’à présent et bien je dirais que cela a été l’aventure de ma vie.

Carte très approximative du chemin parcouru (cliquez pour plus de détails)

Nous n’en avons pas fini avec l’Asie-Centrale, il nous reste deux pays à visiter dans la région, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. Pour le premier, c’est déjà en cours (j’écris ces lignes depuis Samarcande), pour le deuxième, il faudra que le gouvernement turkmène nous octroie un visa de transit, ce qui n’est pas gagné d’avance. Notre demande a été déposée, il faut maintenant croiser les doigts. Si le Turkménistan veut bien nous accueillir, nous le traverserons pour nous rendre en Azerbaïdjan et prendre l’avion vers le Népal puis l’Inde (ce qui fera l’objet d’une autre introduction). S’il ne veut pas de nous, et bien il nous faudra réviser nos plans.

 

 

Almaty, Kazakhstan: vente de la Golf

Enfin à Almaty

De retour à Almaty. Tant mieux, car la dernière fois nous avais un peu laissée sur notre faim. Malheureusement, l’automne était bien entamé et depuis notre dernière visite, il s’était perdu plusieurs de degrés de thermomètre. De plus, nous n’allions avoir que peu de temps pour faire les touristes, car il fallait vendre la voiture rapidement et quitter pour l’Ouzbékistan, car notre visa pour ce dernier avait déjà débuté. Oui, nous aurions pu vendre le véhicule à Bishkek, mais un propriétaire de garage rencontré lors de notre première visite nous avait indiqué un prix de vente aussi élevé que 3000$. Il n’en était évidemment pas ainsi. Si la voiture avait été plaquée Kazakhstan, ce chiffre aurait été réaliste, mais en raison de taxes d’importation absolument exorbitantes imposées par la zone douanière commune avec la Russie, il fallait revoir nos attentes à la baisse, car la Golf allait devoir être vendue pour pièces. Ceci dit, il est fort probable que son prochain propriétaire la remette en circulation de manière illégale, perspective qui me plaît malgré tout. Pourquoi gaspiller un véhicule encore fonctionnel?

Premier arrêt donc, le garage dont le propriétaire nous avait proposé un prix. Malheureusement, ce dernier n’est pas présent. Son personnel nous redirige vers un marché de pièces automobiles non loin. Arrivés-là, l’endroit est absolument immense et tout fait de conteneurs comme à Bishek. Rapidement, en faisant le tour des garages, nous parvenons à intéresser quelques personnes, mais le prix tourne en dessous du 1000$US. Histoire de ne pas me mettre dans la merde avec la zone douanière, je leur demande aussi s’ils seront en mesure de me fournir un document attestant que la voiture sera utilisée pour pièces, ce qui en rebute plus d’un. Voulant tenter d’autres endroits, je prends les numéros en note (en fait, on se connecte du WhatsApp) et j’indique aux acheteurs que je reviendrai lundi.

En Asie Centrale, tout se fait par l’entremise de marchés et la vente de véhicules de particulier à particuliers n’y fait pas exception. Chaque samedi et dimanche, des milliers de vendeurs et d’acheteurs se retrouvent une vingtaine de kilomètres à l’extérieur d’Almaty à Kaskelen pour échanger des voiture d’occasion. Nous allions donc y tenter notre chance. Bien sûr, la Golf n’était pas officiellement là en qualité de véhicule usagé prêt à rouler, mais nous pensions avoir de bonnes chances de tomber sur quelqu’un en mesure de lui trouver une deuxième vie. J’ai donc demandé au personnel de notre auberge de m’écrire un signe indiquant: À vendre pour pièces, 1500$. Puis, nous sommes partis pour le marché. Rendus après une heure de traffic monstre (vivement le mode sac à dos…) nous nous sommes posté dans un coin du marché et rapidement, les gens se sont mis à affluer. Les Kazakhes flairent l’aubaine, une Golf normalement évaluée à 3000$ pour le tiers du prix, il devaient y avoir moyen de la mettre en circulation. Autour de la voiture, les gens appellaient, posaient des questions, nous passaient à Audrey et moi de leurs proches qui parlent anglais, mais la situation est restée la même. Comme la veille, les offres tournaient autour de 1000$ et la situation douanière du véhicule et les documents nécessaires compliquait vraiment les choses. Un peu déçus par l’expérience, nous avons tout de même récolté de nombreux numéros. Histoire de mettre les choses au clair, nous nous rendrons demain à l’aéroport voir la douane pour leur demander quel type de papier il nous faut pour vendre la voiture de manière propre et légale.

Acheteurs intéressés par la Golf au marché automobile

En rentrant au Kirghizistan, pays faisant lui aussi partie de la même zone douanière, la voiture a été enregistrée sous mon nom et l’on m’a remis un permis lui permettant de rester sur le territoire jusqu’à un an. Après coup, si le véhicule n’est toujours pas parti, il sera considéré comme importé et son propriétaire, en l’occurrence moi, devra payer les taxes d’importation. Pour la Golf, vu qu’elle est vielle, elles s’élèvent à … plus de 4000$US. À ce prix là, il est évident que personne ne veut l’acheter de manière légale. Rendus à l’aéroport donc, nous nous dirigeons vers le bureau d’aide de la douane et rencontrons un officier plutôt amical et avec un anglais élémentaire mais suffisant. Pour les besoins de la chose, nous avons changé l’histoire: la Golf n’est plus à vendre, son moteur a explosé et nous voulons la laisser au Kazakhstan car elle coûtera trop cher à réparer. Celui-ci fait quelques appels et nous dit revenir le voir dans une heure avec les documents d’importation. Après un repas de cafétéria, nous sommes de nouveau de retour à ses côtés. Sa réponse n’est pas très plaisante: pas moyen de vendre le véhicule pour pièces, il faut l’amener au bureau central de la douane où ce dernier sera détruit à nos frais.

Son message officiel aussitôt passé, il nous suggère de tout simplement la laisser à un garagiste et se propose même de nous l’acheter. Selon lui, la taxe d’exportation expire après cinq années. Il part ensuite vérifier si notre véhicule est bel et bien dans le système et nous confirmera une heure plus tard par téléphone qu’il a été fiché. Me voilà avec deux options: payer pour faire détruire la Golf ou la vendre pour pièces environ 1000$ et risquer d’avoir à payer une énorme taxe d’importation lorsque je reviendrai dans la zone douanière dans les 5, 10 prochaines années ou même à vie. Choix difficile, mais finalement j’opterai pour la deuxième option. La voiture a été enregistrée sous mon passeport Canadien, mais possédant un passport français, cela me permettra probablement d’éviter la taxe lorsque je reviendrai. Avant de contacter nos acheteurs, il nous restait peut-être une alternative: la casse. Peut-être seraient-ils en mesure de décomissionner la voiture sans que je perde mon investissement?

Après trois tentatives infructueuses de nous rendre à une adresse de casse auto sur Google Maps (très peu fiable en Asie Centrale), nous arrivons finalement à une. Leur réponse est catégorique: seulement des véhicules kazakhes. Bon, c’est décidé, la Golf sera vendue illégalement. D’ailleurs, tout au long de la journée, j’étais en conversation avec un acheteur rencontré au marché de Kaskelen vraiment intéressé par le véhicule. Son prix est aussi plus élevée que la moyenne: 1150$. En soirée, j’aurais été partant pour aller le rencontrer sur le champ, mais Audrey est allée mettre son holà: se rendre de nuit à 20 kilomètres hors de la ville pour aller vendre une voiture à des inconnus qui s’étaient quand même montrés un peu louches et insistants la veille, c’était risqué. Le rendez-vous a donc été convenu à 8h00 pour le lendemain et nous allions prendre nos précautions: la vente allait se faire devant un café, nous n’allions pas avoir nos passeports sur nous et je remettrai l’argent à Audrey avant d’aller chez l’acheteur porter la Golf.

Que de tristesse…

Le réveil s’est donc fait à 6h00 pour être à temps au point de rendez-vous. Naturellement, l’acheteur s’est pointé avec 1h30 de retard et l’entente s’est avérée un peu plus compliquée que prévue. Pour déclarer la vente au gouvernement français (chose que j’allais bien sûr faire dans les règles), il me fallait son identité. Comme ce dernier comptait remettre la voiture en circulation de manière détournée, il était évidemment réticent à me la donner. Éventuellement, je suis parvenu à convaincre que la France n’allais jamais échanger ce genre d’information avec le Kazakhstan et ce dernier m’a remis une énorme liasse de billets (3600000 tengues en coupures de 5000). La vente était donc conclue. Comme il fallait que je conduise la voiture jusqu’à chez lui, je suis allé remettre le montant à Audrey qui allait m’attendre dans un café non-loin avant d’amener la Golf à sa nouvelle maison.

Le nouveau propriétaire de la Golf

C’était certes un peu triste de nous séparer d’un véhicule dans lequel nous avions vécu tant d’aventures, mais aussi un soulagement de ne plus avoir à porter ce fardeau administratif et mécanique. Aussitôt revenus à l’auberge, nous avons réservés nos billets d’avion pour Tashkent en Ouzbékistan, fait une longue sieste, déclaré la vente au gouvernement français, puis sommes sortis de l’auberge pour aller nous balader une dernière fois dans Almaty.

Bishkek, Kirghizistan – (Kordai) – Almaty, Kazakhstan: le passage de frontière le plus long

  • Date: 18 octobre
  • Départ: 13h30
  • Arrivée: 6h00 le lendemain
  • Route: excellente
  • Température: pluie

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Levés tôt pour aller chercher notre visa ouzbèke à l’ambassade, nous étions à l’heure pour son ouverture (10h à 13h). Quelques allé-retours pour aller faire imprimer des documents, faire des photos et payer le visa et nous avions nos passeports en main avec un beau visa ouzbèke en plus (on l’a tout de même payé cher). Après un bon repas de cafétéria, nous sommes finalement sortis de Bishkek direction frontière kazakhe. Arrivés-là en peu de temps, nous avons constaté avec étonnement que la file était très longue et qu’elle n’avançait à toute fin pratique pas du tout. Curieux, le passage du Kazakhstan vers le Kirghizistan avait été si expéditif… Repérant sur la carte un poste-frontière secondaire, nous décidons d’y tenter notre chance. Vu qu’il n’est pas situé sur un axe majeur, peut-être sera-t-il moins achalandé? Et non, même énorme file et ça n’avance toujours pas. Bon, il faudra prendre notre mal en patience. Audrey avait lu dans les nouvelles qu’il y avait eu des frictions récentes en les gouvernements kazakhes et kirghizes: c’était probablement l’explication.

Au total, il nous aura fallu 10 heures pour passer le côté kirghize de la frontière, battant par le fait même notre record établi en l’Ukraine et la Russie. Finalement arrivés du côté kazakhe, le personnel se tournait effectivement les pouces et laissait les voitures entrer au compte-goutte. Il était maintenant passé minuit et de toute évidence, notre nuit était foutue, car il allait nous falloir un autre trois heures pour atteindre Almaty. Qu’importe, notre calvaire d’attente était maintenant terminé et nous allions passer rapidement au travers du processus frontalier.