Polonnaruwa, Sri Lanka

Polonarruwa allait compléter ce qu’on appelle au Sri Lanka le triangle culturel.  Avec Anuradhapura et Sigiriya ces trois endroits ont été à un moment de l’histoire des hauts lieux sur le territoire cinghalais. De nos jours, il ne reste que des ruines de Polonnaruwa, mais sur de vastes étendues. La ville éponyme moderne s’étant bâtie autour n’a quant à elle rien de spécial. Vu que le trajet depuis Sigiriya n’a occupé qu’une courte partie de la journée, il nous a été possible de mettre l’après-midi à contribution pour aller nous promener en vélo dans les alentours de la ville. Auparavant par contre, dîner tardif dans le meilleur restaurant de la région pour y goûter son fameux rice and curry. La cuisine cinghalaise n’a pas grand chose de spécial et est peu variée, ce qui est fort étonnant vu la quantité de choses qui poussent ici (vous devriez voir les étals de marchands…)

Le rice and curry, plat de base de cette culture a au moins le mérite d’être très goûteux et varié dans sa préparation.  Là où chaque curry aurait chez nous constitué un plat en soi, les Cinghalais combinent tout dans la même assiette. Composé d’une portion de riz agrémentée de divers curry, il est généralement consommé à tous les midis en quantité démesurées (Audrey et moi nous contentons souvent d’une portion à deux). Au restaurant où nous sommes allés, il y avait pas moins d’une dizaine de choix d’accompagnements. Disons que la balade de vélo subséquente n’a pas fait de tort.

Au réveil, nous nous sommes à nouveau munis de vélos, mais pour aller visiter les ruines cette fois. Intéressantes mais sans plus, je regrette parfois d’avoir déboursé le montant exorbitant demandé à l’entrée. Peut-être était-ce la similitude avec Anuradhapura? Peu importe, j’ai trouvé ces dernières plus impressionnantes et intéressantes, surtout de par le fait qu’elles occupaient à ce jour encore une fonction spirituelle.

Sigiriya, Sri Lanka

Les macaques rhésus sont légions ici

Sigiriya a été à un moment là capitale du Sri Lanka et son souverain, un type un peu mégalomane, y a fait construire son palais juché sur un énorme rocher d’environ 200 mètres de haut. De nos jours, il n’en reste que des ruines, mais il est encore possible d’en jauger la magnificence. Étant l’un des sites les plus populaires du pays, il nous a fallu être debout plutôt de bonne heure pour éviter les cars de touristes.

L’ascension au sommet du rocher du Lion se faisait anciennement … au travers d’une immense statue à l’effigie du roi des félins. Il n’en reste que les pattes, visibles en bas de l’image.

En après-midi, nous sommes allés gravir un autre rocher non loin (Pidurangala), lequel nous a récompensé d’une vue splendide sur le rocher du Lion, là où se trouvait anciennement le palais. Avoir su, je me serais contenté de cette visite seule. L’entrée aux sites touristiques n’est vraiment pas donnée au Sri Lanka. Je n’aime aucun problème à payer plus cher que les locaux, mais 30$US, soit 100 fois plus, c’est nettement exagéré.
Réveil tôt le lendemain pour aller visiter Dambulla, un large temple construit sous un surplomb rocheux. Étant tout le contraire d’un couche-tôt, j’en ai profité la veille pour travailler jusqu’à tard. L’avant veille aussi d’ailleurs… Le manque de sommeil pèse un peu sur le moral, mais l’excitation d’aller faire l’expérience d’un nouvel endroit compense amplement. Comparé aux visites de la veille, Dambulla faisait pâle mine, mais bon, ça valait tout de même le détour. Dans l’enceinte, de vastes salles construites à même le roc foisonnant de statues du Bouddha. Toute cette idolâtrie en aurait probablement déplu au Bouddha lui-même, qui n’a jamais je crois souhaité être élevé au rang d’icône. Mais bon, les croyants ont besoin de telles représentations pour ancrer leur foi.
 
En après-midi midi, safari éléphants au programme. N’étant pas trop fervent de ce genre d’activités, j’ai passé mon tour pour m’adonner à la besogne. De toute manière, nous avions déjà pu observer nombre de ces pachydermes en captivité dans le village de Sigiriya, j’étais donc d’avis que ceux encore en liberté devaient être laissés tranquilles. Il faut le donner au Sri Lanka par contre, ils semblent faire un travail de conservation exemplaire. Même si l’éléphant rapporte gros au pays en frais de tourisme, que de si impressionnantes bêtes aient pu perdurer à l’état sauvage sur une île si densément peuplée par l’homme est quand même inusité.
La nuit d’ailleurs, il est indiqué d’éviter de se promener à pied, car les éléphants sauvages n’apprécient pas trop d’être surpris par de petits primates. J’ai quand même bravé l’interdiction pour aller me chercher une bière. Alors que je me trouvais sur le chemin du retour, me faisant la remarque que nos trois jours à Sigiriya avaient été plutôt tranquilles,  un tuk-tuk rate son virage et fonce dans une hutte. Aussitôt, son chauffeur tombe de la cabine et s’écrase sur le sol. Craignant le pire, j’accours à ses côtés en mode urgence, mais quelques secondes plus tard, il se remet debout en riant et titube vers son acolyte qui lors de l’accident était assis derrière. Constatant que le duo s’en est sorti indemne, la suite de mes premiers soins à consisté en un sermon sur la conduite en état d’ébriété. Morale de l’histoire: en terme de dangerosité, l’homme demeure un bien plus grand risque pour lui-même et les autres que n’importe quelle bête.

Anuradhapura, Sri Lanka

Si proche de l’Inde le Sri Lanka, pourquoi ne pas aller y faire un petit tour? Logiquement, nous aurions même pu y aller en traversier. Les deux pays sont littéralement séparés par un petit 10-20 kilomètres de détroit. Or, bien qu’il y ait déjà eu un tel service, le seul moyen de s’y rendre de nos jours est par avion. Nous sommes donc partis de Chennai pour une heure plus tard atterrir au nord de Colombo, la capitale du Sri Lanka. Nous n’y avons même pas mis les pieds par contre, cela se fera au retour. Nous avons sautés dans le premier bus et sommes allés rejoindre le père d’Audrey à Anuradhapura dans le milieu nord de l’île. Comparé à l’Inde, le Sri Lanka est minuscule. Il est donc aisé de s’y déplacer.

La première chose qui nous a frappé en débarquant au Sri Lanka, c’était l’absence presque totale de tous ces désagréments si présents en Inde. L’endroit est propre et vert, la circulation est ordonnée et l’usage du klaxon raisonnable. On ne se fait pas non plus harceler constamment pour nous vendre n’importe quoi. Rafraîchissant… D’autant plus que j’aurais cru que le Sri Lanka allait être davantage plus miséreux que son gros voisin, mais en réalité c’est tout le contraire. Tous les indicateurs sociaux, économiques et environnementaux sont plus élevés ici. Qu’est-ce qui l’explique? La religion? La culture? L’organisation sociale? Des leaders visionnaires? Nous le découvriront sûrement…
Anuradhapura est une ancienne capitale de je ne sais plus quel empire. Autrefois un énorme complexe religieux et administratif, une bonne partie est aujourd’hui en ruine, mais plusieurs de ses immenses stupas et monastères bouddhistes sont encore en activité, notamment car c’est ici même qu’aurait été planté une bouture de l’arbre sous lequel le Bouddha aurait atteint l’éveil. C’est donc un endroit très fervent. D’autant plus que nous y étions lors d’une fête religieuse. La majorité des visiteurs étaient habillés de blanc et s’adonnaient à des actes de piété.
Le complexe était d’une telle taille qu’à la suggestion du père d’Audrey, nous avons loué des vélos. Un peu comme à Lumbini au Népal, nous nous sommes promenés de points d’intérêt en point d’intérêt, débutant par une immense stupa, largement plus large et haute que celle de Bodnath. Par la suite, nous nous sommes rendus aux ruines d’un gigantesque complexe monastique. Occupant presque un kilomètre carré, nous nous y sommes baladés un bon moment pour terminer par sa stupa. Encore une stupa? Oui, mais contrairement à toutes les autres, celle-là avait perdu son blanchiment à la chaux au cours du dernier millénaire pour ne montrer que sa surface de briques. Manquant de temps, nous avons piqué direct à l’arbre de Bouddha pour ne pas rater notre rendez-vous au restaurant avec le père d’Audrey. Rendez-vous auquel nous sommes de toute manière arrivés une bonne heure en retard, car il y a avait deux succursales du même restaurant en ville et nous attendions à la mauvaise…
Ce n’est pas de la petite stupa quand même…

Chennai, Tamil Nadu, Inde

Chennai (anciennement nommée Madras), 4e ville la plus populeuse de l’Inde, allait être notre première confrontation avec les mégapoles de cette nation. Or, depuis plusieurs jours déjà, d’autres visiteurs croisés sur notre route n’avaient que des  commentaires négatifs à son sujet. Et d’ailleurs, quand le seul argument qu’un guide de voyage parvient à trouver pour vanter une ville est la gentillesse de ses habitants, c’est un euphémisme pour indiquer qu’il n’y a pas grand chose à y faire. Des citadins sympathiques, il y en a partout et à peu d’exception près, ce n’est pas un critère qui permet de distinguer une agglomération d’une autre. Tout de même, nous avons l’esprit ouvert alors nous allions donner une bonne chance à cette ville.
Une fois revenus du tournage, nous sommes immédiatement ressortis après une courte sieste et sommes partis en quête d’une bière. Il nous a fallu une bonne heure et demi de marche pour en arriver au premier bar réputable de la ville. À la porte, on nous apprend que le code vestimentaire ne permet pas les pantalons courts. Deuxième endroit, trop cher, troisième endroit, idem. Finalement, on tente notre chance au TASMAC, le dispensaire gouvernemental d’alcool de l’état du Tamil Nadu. Parfois – comme à Madurai – il est adjoint d’une salle faisant office de bar. Dès la porte ouverte, un employé me réceptionne et me crie de partir. J’essaie de comprendre et finalement il me pointe Audrey; j’en comprend que c’est gentlemen seulement. Gentlemen mon oeil, dehors, c’est la déchéance la plus complète. Des tas d’Indiens se battent pour acheter leur dose à un pauvre comptoir protégé de barreaux métalliques et partent non loin la caler comme des junkies. Le sol est à ce point jonché de déchets que le béton en est caché  et partout dans les alentours, des gens saouls morts ou complètement bourrés. Pour vous en faire une idée, imaginez si tous les sans-abris de Montréal ne pouvaient acheter leur alcool que dans un seul magasin: voilà le TASMAC. Devant une manière si géniale de responsabiliser les gens face à l’alcool, pas étonnant que la population se plaigne autant et que le gouvernement tente de fermer ces endroits.
C’était donc mort pour le TASMAC. En fin de compte, nous sommes tombés sur un lieux aux prix et à l’ambiance potable, alors nous avons pu mettre un bouchon sur notre journée d’acting en regardant le cricket (et ne comprenant toujours pas le principe). Sur le chemin du retour, la de personnes dormant sur les trottoirs s’est avérée frappante. Tous des sans-abris?  Probablement pas, une bonne partie de ces gens doivent être venus de la campagne pour travailler et l’hôtel, ce n’est pas donné à tous. Comme autres représentants de la faune urbaine, les vaches. Profitant d’un répit dans le chaos routier, elles peuvent s’en donner à coeur joie dans les tas d’ordures. Vous croyez que ça mangeait de l’herbe les vaches? C’est ce qu’on leur donne oui, mais en réalité, qu’est-ce qu’elles ne feraient pas pour un tas de fruits pourris…

Heureusement, Chennai est située en bord de mer, alors ses habitants peuvent aller chercher un petit répit du bordel urbain. La plage est immense et même si l’ambiance qui semble y régner est analogue à celle dont nous avons fait l’expérience à Mahabalipuram, la foule est moindre. C’est d’ailleurs par là que nous sommes passés pour nous rendre au plus gros temple de la ville. Ce fut une déception, mais à la sortie nous sommes retombés sur nos voisins de table lorsque nous nous sommes payés la traite à un restaurant de Pondichéry. Ceux-ci se dirigeaient vers un festival de danse et de musique traditionnelles, alors c’est avec joie que nous les avons suivit.
Programme pour le deuxième jour, Fort George, une ancienne fortification du temps des Britanniques. Encore une fois, déception. L’endroit avait été investi de bâtiments gouvernementaux et à part un musée et une église, plus rien d’historique. Pour meubler le reste de la journée, nous avons faits maint détours par des petits quartiers pour tâter le pouls de cette ville frénétique. Le quartier du négoce du riz en vrac et autres épices/noix, un marché de pièces de machines et d’usinage (très photogénique) et finalement alors que nous approchions de l’hôtel, demi-tour à la vue d’une affiche annonçant un cirque non loin pour aller assister à une représentation.

Partout où nous passions à Chennai, les gens nous saluaient et venaient même nous serrer la main et prendre deux trois selfies. Un père à même tenu à ce qu’Audrey prenne sa petite fille, euh, correction, il l’appelait son fils mais devant notre incrédulité face à un enfant qui avait tout l’air d’être du sexe féminin, il a cru bon de tirer sa culotte pour nous donner la preuve biologique que l’on avait bel et bien affaire à un garçon habillé en fille. Tout ceci, c’est l’Inde, pas Chennai en particulier. La ville même s’est avéré être plutôt inintéressante et c’est sans regrets que nous l’avons quitté pour le Sri Lanka. Nous en gardons par contre un très bon souvenir…
 Tiens, ce marché de pièces de machines et d’usinage était si plaisant pour les yeux que je termine cet article en vous partageant de mes meilleurs clichés.









Mahabalipuram, Tamil Nadu, Inde

Le 26 janvier, c’est le jour de l’indépendance de l’Inde. Les transports, partie névralgique de la société, étaient opérationnels, alors nous avons pu nous rendre facilement jusqu’à Mahabalipuram, ville côtière célèbre pour ses vieux temples et sa plage. Jour férié oblige, les Indiens eux aussi étaient au rendez-vous.  Les sites archéologiques, de nombreux lieux de cultre millénaires creusés à même le roc, se sont avérés un peu décevants, partiellement en raison de la cohue et du prix exorbitant chargé aux touristes étrangers. La plage quant à elle s’est avéré être tout un spectacle.

La foule y était monstre. Ceci dit, cela ne faisait pas partie de nos intentions d’aller nous baigner, car l’endroit était souillé par dessus le marché. Mais de voir autant de locaux profiter de l’eau et d’un moment à l’extérieur de la ville était une expérience en soi. La plupart des gens se mouillaient tout habillé (ils sont prudes ces Indiens) et pour certains, cela semblait même être leur première journée à la mer.

Au retour de la plage, j’ai faussé compagnie à Audrey pour aller visiter quelques ruines par moi-même. À mon arrivée sur place, la lumière était déjà basse et dès les derniers rayons, le site s’est entièrement vidé et j’ai pu à mon aise m’amuser avec le mode longue exposition de l’appareil.

À nouveau auprès d’Audrey, alors que nous nous dirigions vers un restaurant, un Indien dans la cinquantaine bien mis et avec un anglais largement supérieur à la moyenne nous accoste et nous demande si nous serions prêt à figurer dans un film tamoule. Les repas seraient fournis et la compensation de 1000 roupies (20$) chaque. L’homme a été vague sur le rôle que nous allions jouer, mais de tout évidence, c’était celui de blancs de service. Après en avoir discuté pendant le souper, nous avons accepté l’offre. L’argent, on s’en foutais un peu, nous voulions seulement être certain que nous n’avions pas mieux à faire à Chennai, car nos jours y étaient comptés avant notre départ pour le Sri Lanka.

Tôt le lendemain, le chauffeur vient cogner à notre porte pour nous conduire sur le plateau. Avec nous, deux autres Canadiens. Arrivés sur place, on nous escorte jusqu’au dernier étage d’une tour de bureaux pour un petit déjeuner en vitesse puis nous redescendons deux étages plus bas. On apprend là que le scénario du film conte l’histoire d’un jeune professionnel dont le père, atteint de la maladie d’Alzheimer, disparaît de chez lui. L’équipe de tournage a investi des locaux de bureaux en location et on transformé l’endroit en une compagnie de développement logiciel fictive nommée One Soft. Rapidement, on nous fait enfiler des complets puis on nous retourne dans le lobby pour attendre notre tour. La première scène filmée sera celle du protagoniste arrivant dans les bureaux de la compagnie. Au loin, nous pouvions apercevoir le ballet scripté des figurants indiens affairés à leur ordinateur ou se déplaçant d’un cubicule à l’autre avec des dossiers.

Viens notre tour de faire les stars. On nous fait pénétrer dans un vaste bureau et asseoir devant des ordinateurs. comme si nous étions en réunion. La scène, qui sera reprise sous plusieurs angles, se décrit comme suit. Audrey, moi et Keiran (l’autre Canadien n’aura finalement pas été utilisé) sommes trois occidentaux en rencontre avec le héros du film pour discuter d’une possible fusion entre notre compagnie et la sienne. Pendant que celui-ci nous présente sa compagnie, il aperçoit une image (mentale? un cadre dans son bureau?) de son père disparu et fige. On se regarde tous l’air étonnés et Keiran demande à Audrey What’s going on?, elle répond I don’t know.  C’est tout. Le processus a dû prendre une bonne heure quand même, mais voilà réellement notre moment de gloire dans le cinéma international! Avec la quantité de prises de vues, il est à parier que nous passerons bien plus de temps à l’écran que dans le vidéoclip tourné au Tadjikistan.

Finalement, tout s’est déroulé plus vite que prévu et nous avons été déchargés en milieu d’après-midi. L’équipe nous a proposé de les aider à faire du doublage le lendemain, mais nous avons poliment refusé. De tout manière, avec nos accents francophones… En fait, les Indiens n’y voient (entendent…) que du feu. Comme le tournage se déroulait en banlieue de Chennai, notre prochaine destination, il a suffit d’un petit coup de taxi pour nous rendre à l’hôtel.