Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panamá

Fiou. Ça en fait des pays… Actuellement, nous sommes entre la ville de David au Panamá et d’ici la fin de la journée, nous serons à Panama City. Au cours des derniers jours, nous avons en effet passé tous les pays listés. Rapidement, sans trop de pause pour souffler, en mode “nous avons un objectif à atteindre”. Alors, on part, suivez-nous!

Guatemala au Panama
Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panamá

Quand on voyage, il y a le plan, puis le résultat. Nous en avons eu un bon exemple à notre arrivée à la frontière avec le Guatemala. Car oui, lorsque nous avons quitté San Cristobal de Las Casas, c’était avec la ferme (et préparée) intention de traverser la frontière. Alors en ce beau dimanche ensoleillé, nous quittâmes tôt, tels de bons petits voyageurs, le ventre plein, les papiers prêts et les informations consignées sur les heures d’ouvertures, etc. Nous arrivons donc un peu avant l’heure du midi à la frontière et notre première étape était d’aller à une banque, dont l’objectif était de « libérer » notre voiture de son permis d’importation temporaire et, par le fait même (fait non négligeable par ailleurs), nous rembourser quelques centaines de dollars américains pris en gage. Mononcle Google nous disait que la succursale était ouverte. Et comme ses opérations sont liées à la frontière, ce n’était pas fou de penser qu’elle le serait, même un dimanche… Que nenni… elle ne l’était pas. Bon, ben… on fait quoi? On attend, pas le choix.

Ciudad Cuauhtémoc – 10 août

On se rend donc dans un petit hôtel (il n’y en a que trois, malgré que ce soit une frontière connue et à pas pire débit, quant même). Tout est parfait, c’est pas cher, il y a la clim, un stationnement, une jolie petite cour. Nous en avons donc profité pour relaxer, préférant voir ce délai comme un congé au coeur de notre périple, plutôt qu’un pépin dans notre avanture. Et s’il n’y avait pas beaucoup d’hôtels, les possibilités pour manger étaient tout aussi restreintes. Mais c’est ce qui est chouette en même temps : dans un petit village, on fait comme les autres et on se réfère aux mêmes adresses.

Cuauhtémoc
Le petit parc central et la toute aussi petite église de Ciudad Cuauhtémoc
Cuauhtémoc
Quelques rues en quadrillé, et c’est fini!

Guatemala

Lac Atitlàn – 11 et 12 août

Pour s’y rendre, nous devions y mettre un nombre raisonnable d’heures, soit environ 4-5. Sur la route, à un moment, nous nous rendons compte qu’il y a beaucoup de camions qui sont arrêtés, mais que quelques motos et voitures dépassent. Alors on fait comme eux! Mais là, ça commence à être beaucoup de camions, et nous commençons à nous demander… quelle est la raison? Parce que cette dernière donnera le ton à notre décision : on fait bien ou pas? Alors nous en avons profité pour nous arrêter dans une station service, et ciel nous avons quand même bien fait de poser la question! C’était une manifestation, qui bloquait la route entre deux états du Guatemala, afin de protester contre le mauvais état de ladite route. Autrement dit, s’y pointer n’était pas recommandé, avec notre plaque étrangère, de surcroit. Nous avons donc fait un détour d’un peu plus d’une heure pour passer par un autre état.

Arrivés sur place, il fait noir, on descend des montagnes sur des routes escarpées, en première vitesse. Arrivés en ville, nous pouvons déjà goûter la bière fraiche sur nos lèvres pour nous récompenser d’une journée forte en émotions. Mais la ville (et Google) n’avaient pas terminé leurs plans pour nous. Car en avançant tranquillement selon le GPS, parfois… oh oh, c’est un sens unique, et pas dans le bon sens. Bon. On va évidemment ailleurs parce que les tuk-tuk derrière vont commencer à s’impatienter, avec raison. Et là, au fil des directions données, et fidèlement exécutées, on se retrouve dans une rue qui est supposée être destinée aux motos seulement… ohh ooohhhhh. La sueur sur mon front commence à perler. J’essaie que mes mains ne soient pas trop moites sur mon volant, mais n’empêche, là je suis coincée, dans un tournant, je ne sais pas si je peux avancer, et je vois à mon rétroviseur qu’il y a au moins quatre tuk-tuks et deux-trois motos derrière. En plus des piétons. Une seule possiblité dans l’immédiat : notre émissaire Antoine va voir au prochain coin de rue, que dis-je, de ruelle, voir si la lumière est devant. Parce que si elle n’est pas devant… ça veut dire qu’elle est derrière, et je sens déjà que le procédé sera complexe. Pendant ce temps, mon esprit commence à oublier que si nous sommes rendus dans cette fâcheuse position, c’est que l’on peut faire le chemin inverse, et déjà il s’imagine les ressources nécessaires pour sortir. La police locale, une grue, peut-être… Mais, que font les gens autour durant ce temps? Aucun klaxon, seulement beaucoup de patience. J’ai reçu ce calme comme une belle dose de respect et de compassion, et probablement quelques miettes de jugement, quand même.  Mais avant tout, ils n’en ont pas rajouté. Nous avons fini par pouvoir sortir de cette fâcheuse position et, finalement installés, nous avons profité du moment.

San Pedro de la Laguna, Lac Atitlan
Vue de San Pedro de la Laguna, sur le Lac Atitlán et ses montagnes, de notre hostel

Il y a quelque chose de surréel parfois, d’être planté sur une terrasse de toit. On ne peut que surveiller attentivement tout ce qui se déroule devant nous. Les nuages qui se meuvent parfois imperceptiblement, le vent qui se permet de nous flatter le visage pour nous confirmer qu’il est bien là, les lumières, de la rive jusque dans les plis montagneux, nous parviennent comme si l’on regardait une toile peinte avec attention. Nous avons aussi un accès privilégié au moment présent de plusieurs personnes, comme si l’on était des témoins secrets d’une guirlande de petits moments banals qui structurent la vie. Les promenades de soirée, les quelques rires échappés entre amis, les échanges tantôt philosophiques, tantôt énergiques, tenus au coin d’une rue. Et puis, finalement, la faune décide de s’y mettre, comme reprenant contrôle de son territoire. Les chiens se mettent à converser d’un village à un autre, possiblement d’une rive à une autre. Le boucan est tel, qu’une fois de temps en temps, un coq se met de la partie, peut-être pour tenter de faire cesser ces exagérations canines, ou simplement pour rappeler que c’est lui, le maître du chant. Dans tous les cas, toutes ces strates qui s’accumulent s’offrent comme un film, qu’il fait bon regarder.

Lac Atitlan
Lac Atitlán
Lac Atitlan
Lac Atitlán

Antigua – 13 et 14 août

Stationnement Antigua
À Antigua, on stationne dans le salon. Confortable….

C’est une chouette petite ville coloniale, où l’on peut bien manger, se promener. Un petit plus, nous avons l’oeil sur des volcans. Et l’un d’eux nous envoie des petits souffles de fumée de façon relativement régulière durant le jour. Et à la tombée de la noirceur, cette fumée s’efface et on n’y voit maintenant que la lave, crachée sporadiquement comme si le volcan faisait simplement son ménage. Mais l’excitation de voir l’ilumination rougeâtre débuter…! La ville m’a quand même fait penser à San Cristobal au Mexique : ses quartiers pavés, son accessibilité, sa générosité, sans négliger la magnificience de son environnement.

Atitlan

Encore des marchés et de la bouffe…..!

La ville, sous les lumières articielles ou naturelles, toujours digne et gracieuse.

Atitlan

Antigua – volcan et marché
L’un des volcan surveillant la ville
Antigua – volcan actif
Vous pouvez remarquer, la lumière commence à tomber et fait place à un peu de rougoiement. Subtil, mais savoureux! Après nous avons arrêté les photos pour profiter du spectacle

El Salvador – 15 et 16 août

El Zonte – 15 août

Poutine au El Salvador
Surprise inattendue sur la route!

Nous avons décidé de nous arrêter dans ce petite village, qu’Antoine connaissait de nom puisque son frère y était allé. Nous avons donc regardé un peu sur Google puis il nous a dirigé vers un potentiel hôtel sur la plage. Tout était parfait! La magnifique plage à quelques pas de notre chambre, l’air climatisé pour bien dormir, un resto pour se sustenter… Nous avons vite fait de débarquer nos baggages, d’enfiler nos maillots et de courrir dans les vagues suffisament grandes pour plaire aux surfeurs. Et je dois vous faire une petite confidence : un de mes bonheurs les plus purs, c’est de sauter dans les grandes vagues. Celles qui te font demander “j’essaie d’y aller par dessus ou je plonge dessous”? Celles qui vous ramassent comme si vous étiez un vulgaire petit bout de bois, vous garde dans ses bouillons durant quelques secondes, pour vous recracher sans que vous puissiez dire avec certitude où est le sable et où est l’air. Ce sont des moments que je ne voudrais jamais voir s’arrêter, où on dirait que l’enfant en moi prend tout le dessus : le jeu avant tout. Il faut que je m’en rappelle dans mes futurs voyages.

El Zonte

San Miguel – 16 aout

Après la soirée parfaite d’El Zonte, San Miguel m’a donné un petit choc. Mini, là, juste pour me ressaisir d’une bonne petite dose de réalité. Je remarque en enfilant aussi rapidement un grand nombre de villes d’Amérique centrale, qu’elles sont souvent basses, en termes de nombre d’étages bien sûr, mais souvent peu éclairées, et la nuit tombe tôt. Combiné à quelques autres facteurs, comme la présence nombreuse de déchets, la proximité avec un marché fermé ou un parc où plusieurs hommes nous regardent intrigués et marmonant quelque commentaire à notre endroit, j’ai frisonné devant son aspect lugubre par moment. En quittant notre hostel pour aller souper dans un endroit recommandé par notre hôte, nous avons justement dû traverser le marché où tout ce qui restait, c’était les marchandises abandonnées, dont l’odeur nous laisser penser que c’était peut-être à raison. avec quelques coquerelles, chats et chiens qui s’y promènent, au travers des quelques personnes qui ferment un étal ou déchargent un camion de sa livraison de bananes. Le tout enveloppé d’une espèce d’humidité légèrement visible, comme vaporeuse. Mais dans les faits, c’est plutôt la déstabilisation, puisée à tous nos sens, qui m’a fait sentir ainsi. Car objectivement, femmes et enfants se promenaient et ne semblaient pas trop s’inquiéter, et lorsque notre regard se posait à l’intérieur d’une maison, la tranquilité chaleureuse semblait y régner. Malgré tout, nous avons compléter la soirée à l’hostel plutôt que dans un des bars-discothèques des environs.

Honduras, puis Nicaragua – 17 au 19 août

La journée du 17 août fut chargée à souhait : lever, voiture, frontière, voiture, frontière (bis), voiture, souper, dodo. Passer une frontière, c’est déjà du boulot. Mais en passer deux en une journée? Cela peut avoir comme conséquence de puiser dans les réserves de patience qui s’égrainent… Non, pas besoin de change. Non, pas besoin d’aide. Non, pas besoin d’eau, de bonbon, ni de chips. Parfois en arrivant à une frontière, plusieurs personnes nous accueillent en même temps, souhaitant nous offrir un accompagnement dans la traverse de la frontière. Les conseils vont de “où se stationner” à “quels bureaux visiter”, en échange d’un pourboire. C’est un travail comme un autre, mais rajouter une autre personne dans les démarches n’aide pas nécessairement au processus. Par ailleurs, si nous ne le faisons pas nous-même, nous ne le comprenons, le processus. Et à chaque frontière on nous pose des questions sur la précédente, il est donc préférable de garder les mains sur le volant, littéralement et figurativement.

León – 17-18 août

Considérée comme plus intellectuelle, et l’un des berceaux fertiles à la révolution nicaraguayenne survenue en 1979, elle porte les couleurs de sa fierté. En effet, les drapeaux du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) flottent sur la ville, dans les rues, aux fenêtres… et les personnes ayant contribué à cette révolution importante pour l’histoire de toute la région de l’Amérique centrale sont honorées sobrement dans les rues du centre. On y trouve en effet une photo et un descriptif des faits d’armes des camarades.

En outre, la ville est jolie, présentant quelques immeubles qui valent le coup d’oeil. Mais pour l’université, on ne saura pas, on nous a interdit l’accès.

En quittant la ville, nous en avons profité pour visiter un volcan sur notre chemin, qui est actif et bien enfumé. C’est impressionnant de pouvoir se tenir au bord d’un cratère, jeter un oeil en son coeur (sans lave toutefois!), et au paysage qui s’étend tout autour.

Volcan Masaya
Volcan Masaya : toujours actif, mais trop de lumière pour voir le rougeoiement.

Église – Léon

Place – Leon
La grande place devant l’église de León

San Juan del Sur – 19 août

Sur cette petite côte, nous avons trouvé une belle petite baie saupoudrée de quelques bateaux. Il s’est rapidement mis à pleuvoir, par contre, alors nous nous sommes sauvés vers une petite terrasse couverte sur le bord de l’eau.

San Juan Del Sur

Costa Rica (Jacó) – 20 août

Considérant que nous étions tous deux déjà allés, et que la route s’y fait bien, nous n’avons passé qu’une nuit. Malheureusement nous sommes arrivés après le coucher de soleil, et il y a eu de la pluie le lendemain. Donc présence de plage, mais même pas de baignade… snif. Mais une légère éclaircie le temps de prendre une photo avant notre départ!

Jacó, Costa Rica
Les plages se suivent, mais le sable ne se ressemble pas tout le temps!

Panama (David) – arrivée le 21 août

Vu notre journée qui avait été occupée par la route et la frontière, nous devions nous arrêter à la ville de David, le soleil étant déjà couché. La côte à cette hauteur est quand même loin de la route, ce n’était donc pas une possiiblité, et de continuer un peu plus loin nous aurait obligés à rajouter quelques heures. En cherchant un hostel, je tombe sur un endroit qui s’appelle littéralement “Chambres en ville”. Je souris en voyant passer le visage de Francis Reddy dans ma tête, mais je suis surtout convaincue par les commentaires qui mettent en valeur la cour intérieure joliement entretenue. Arrivés sur place, coup de foudre. La voiture a son petit stationnement privé à l’ombre des bananiers, la récolte des cocotiers vient d’être faite, il y a une piscine et… un dessin du Château Frontenac! Et oui, le tenancier de l’hostel, qui ressemble plus à un humble resort au coeur de la ville, a habité plusieurs années au Québec. On le comprend rapidement à son accent, qui vient rejoindre le nôtre. Enchantés, nous décidons déjà, le soir-même, de demeurer une deuxième nuit pour se poser un peu. Nous avons bien fait, Luis a été d’un accueil plus que généreux, philosophant avec nous, ou nous aidant à partir nos briquettes ou à ouvrir nos noix de coco.

Chambres (et jardin!) en ville

Réflexions

  1. Au cours de notre traversée de l’Amérique centrale, nous avons rencontré plusieurs personnes, dont les desseins sont tous aussi divers. Nous avons par ailleurs été beaucoup plus en contact avec la faune touristique. Parce que oui, nous tous qui voyageons, sommes parties d’une faune bien spécifique, complètement sortie de son élément initial, avec divers degrés d’adaptation, certains plus réussis que d’autres. Par exemple, un Québécois établi à Antigua au Guatemala pour y servir poutine, lasagne et pain de viande, sans oublier le pudding chômeur. Un autre, originaire du Panama mais ayant habité longtemps au Québec, nous accueil avec notre propre accent chaleureux dans son petit coin de paradis rempli de fleurs et d’arbres fruitiers au coeur de sa ville. Puis il y a les voyageurs pus et durs. Lorsque l’on parlait de notre projet avant de le débuter, nous recevions souvent de la bouche de notre interlocuteur un “wow”, tandis que ses yeux trahissaient plusieurs sentiments. L’incrédulité, parfois, la peur, la surprise, la curiosité aussi. Comme si ces yeux ne souhaitaient pas transmettre un wow mais plutôt un “z’êtes des malades…”! Croyez-le ou non, ce sont parfois mes yeux qui transmettent maintenant ce sentiment de quasi détresse ne m’appartenant même pas. Par exemple, un mec que nous avons embarqué à la suite d’une frontière. le soleil allait se coucher peu de temps après, et il semblait chercher une solution qui ne se trouvait malheureusement pas dans son sac à dos. Nous en comprenons alors qu’il est parti de chez lui, en France, il y a 9 mois, avec quelques trucs dans son sac à dos, dont une tente, et la vive intention de quitter pour ne potentiellement jamais revenir. Habité d’une simple écoeurantite apparemment, il ne cherchait que le renouveau. Le bateau-stop lui aura fourni une opportunité. Pour ceux qui sont moins familiers avec le bateau-stop, c’est sensiblement la même chose que l’auto-stop, mais avec des tâches. Ainsi, si tu  réussis à te chopper un passage des îles Canaries à la Guadaloupe, ce qu’oui a fait, ce sera gratuit mais tu devras participer aux tâches du voilier. Tous y gagnent : les gens qui sont capitaines ont une paire de bras de plus, souvent nécessaire à l’opération, et le voyageur a son aventure. Ainsi, au fil de ses journées, il s’était retrouvé en même temps que nous au Nicaragua. Antoine avait par ailleurs bien résumé l’esprit de ce mec : ” Ouin, y’a pas grand chose qui stress c’te gars-là”. C’est difficile de mieux résumer. Il était à une frontière, pas d’argent, pas d’eau, une galette de quelque chose à grignotter, pas grand vêtements. Et il semblait confortable dans ses sandales et son bronzage : qu’est-ce qui pouvait lui arriver? Avoir soif, avoir faim, mal dormir? Possible, tout ça en même temps. Mais ça ne le stressait pas, parce qu’il avait confiance que peu importe, il trouverait et ne serait pas en danger de mort. Cette résilience, à tout casser soyons honnêtes, me fascine. Pas nécessairement parce qu’elle donne quelque chose, ou sert à quelque chose, sauf peut-être atteindre un niveau de liberté de niveau acrobatique. Mais peut-être me fascine-t-elle simplement parce que je ne saurais rejoindre ce gars : une mer ce certitudes et d’incertitudes nous séparent. Nous l’avons finalement laissé sur le bord de la route, à la noirceur, dans un endroit où l’on percevait quelques lumières de chaumières et hop, il est parti avec l’eau de nos bouteilles transvidées dans la sienne, une pomme qui nous restait, et l’avenance du pèlerin qui cogne à une porte pour piquer sa tente sur le terrain.

Nous avons aussi rencontré un couple de Russes, partis il y a environ 6 mois si ma mémoire ne me trompe pas. Ils ne pouvaient partir d’aussi loin que nous, vu que leurs passeports ne leurs permettaient pas d’entrer au Canada ou aux États-Unis, mais il avaient débuté leur traverse des Amériques au Mexique, en vélo, et comptaient se rendre au même endroit que nous, à Ushuaia. Eux aussi voyageaient avec peu, et considéraient même traverser le bouchon de Darien, pour le défi. Le bouchon de Darien, c’est ce petit espace d’environ 160 kilomètres de long et 50 kilomètres de large, qui sépare le Panamá et la Colombie, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Ledit bouchon, qui ne se surnomme pas ainsi sans raison, nous allons l’éviter en envoyer notre voiture par bateau en Colombie dans quelques jours. J’avoue que nous ne nous sommes même pas posé la question, à savoir si nous devions le tenter. Premièrement, une voiture, ça ne passe pas, un vélo non plus d’ailleurs : c’est le seul endroit où la Panaméricaine, la route liant le Nord de l’Alaska au Sud de l’Argentine, a été abandonnée. La route aurait du fendre la jungle en deux, ce qui a alimenté plusieurs résistances, et puis le terrain avait de fortes chances d’occasionner son lot de complications techniques. Maintenant, c’est donc un endroit ou quelques peuples vivent encore, mais qui est aussi bien connu dans le monde comme étant un passage de mirgrants important, dont le flot aura grandement augmenté au cours des dernières années de 2022, 2023, 2024 : https://www.ohchr.org/fr/stories/2025/05/monitoring-motion-migrants-darien-gap. La traverse est dangereuse en soit, puisque les humains sont confrontés à la jungle, féroce, mais aussi parce que le passage est contrôlé par les cartels. Le coût est donc très élevé, mais non assuré. Il faut vraiment avoir besoin de s’éloigner d’une vie difficile pour souhaiter faire cette traversée, et tous n’y parviennent pas: certains doivent rebrousser chemin, certains y meurent.

Au travers des rencontres de voyage qui sortent de l’ordinaire, il y en a plein d’autres. le groupe de boys qui profitent de leur été de congé entre deux sessions au bacc en admin pour aller faire du surf et se promener d’hostel en hostel. Ou la fille qui se promène pieds nus dans une petite ville côtière du Costa Rica, arborant sourire, bronzage et joli chapeau de paille, assumant pleinement son air bohème. Ou le couple de retraités qui viennent allier soleil et aventure. L’Amérique centrale est en endroit qui appelle bien des gens de tout acabit, et dans bien des cas rappelle!

C’est donc forte de tout ce que je sens avoir reçu, que je sens avoir besoin de me poser un peu. Nous savions que nous avions “peu” de temps, d’où la rapidité avec laquelle nous avançons: nous pourrons nous concentrer sur l’Amérique du Sud, la Patagonie, les grands espaces et le camping. La proximité de l’Amérique centrale nous permettra de lui revenir pour des vacances hivernales. Mais actuellement, j’ai envie de ralentir, de regarder le temps et les gens passer, de me faire à manger… et c’est justement le moment où nous allons probablement pouvoir commencer tranquillement à le faire.

Prochaine étape, bye bye voiture, on se revoit en Colombie!

Le Texas, le Mexique et les chroniques automobiles

Le Texas

Dans les états visités précédemment, le Texas était définitivement celui où nous avions le plus de chance de revenir. N’empêche, il fallait couper la route et l’envie de le visiter était bel et bien présente. Le Texas, plus que tout autre état américain, collectionne les stéréotypes et c’est ce qui fait son charme et le rend attachant (sauf quand on parle de politique). Des énormes pick-ups, des églises, d’immenses bannières sur l’autoroute vous accusant d’infidélité envers le seigneur et vous menaçant d’une éternité en enfer, on en a vu des masses.

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PXL_20250726_180802340On a aussi pu goûter à l’aimabilité de ses habitants et à son fameux BBQ (pas une mais deux fois). Et à Rome, on fait comme chez les romains alors pour clore notre séjour chez les texans, on s’est arrêté à un champ de tir où Audrey a pu s’initier au privilèges du second amendement. Premier service, un Glock 17 9mm, similaire à l’arme de fonction des policiers de chez nous. Comme plat de résistance, une copie civile d’un AK-47. Je crois qu’elle a été de maints détails sur son expérience.

Comme Audrey, j’avais pris un forfait introduction car la logique voulait qu’ils ne laissent pas tirer de façon autonome quelqu’un sans permis. Me rendant compte qu’en fait, la seule règle était d’être accompagné, j’ai promptement converti mon petit cours avec instructeur en la location d’un AR-15. Mon passé dans l’armée est loin derrière moi, mais ces heures à pratiquer le maniement de la C7 (version canadienne de la M16, dont laquelle le AR-15 est la version civile), m’ont inculqué une mémoire mécanique du maniement de cette arme. En peu de temps, j’étais de nouveau à l’aise. Avec précision et constance, j’ai promptement vidé mes deux chargeurs (Audrey a tiré un peu aussi), tout en ayant géré un enrayage comme on me l’avait enseigné il y a 20 ans.

Je dois me confesser, j’aime tirer, j’aime l’odeur de la poudre et j’aime les armes. Dans les mains de quelqu’un un tant soit peu entraîné et mal intentionné par contre, un AR-15 en particulier peut causer d’énormes dégâts.  C’est d’ailleurs cette arme qui est responsable de la majorité des fusillades de masse aux États-Unis. Il n’existe à mon sens pas de raison valable pour qu’un fusil d’assaut à l’origine conçu pour la guerre se retrouve dans les mains de la population. Fort heureusement, ce n’est pas le cas au Canada et cela contribue sans aucun doute à en faire un pays plus sécuritaire.

Pour en revenir au voyage, nous nous sommes arrêtés à trois villes au Texas. Dallas, la première, fut quand même agréable à explorer. C’est une énorme métropole, mais certains coins se marchent bien. Quant à Austin, nous avions de grandes attentes, car elle est de réputation beaucoup plus libérale et agréable à vivre que le reste du Texas. Comme de fait, la ville est plus compacte, plus verdoyante et effervescente de contre-culture. On y mange merveilleusement bien et il fait bon s’y promener. Laredo quand à elle, à la frontière avec le Mexique, est sans intérêt.

Austin

De toutes villes américaines visitées, c’est définitivement Austin qui remporte la palme et nous y retournerions volontiers.

Le Mexique

Hormis quelques des passages dans la péninsule du Yucatàn pour profiter de la plongée et des installations balnéaires, j’étais allé au Mexique seulement en 2007. C’était un petit 9 jours pendant l’été et nous avions fait un séjour rapide dans la capitale (il y avait pas mal plus de VW Beetle), à Acapulco et à Oaxaca. Autant dire donc que je connaissais peu l’endroit. Ceci dit, hormis un 5 jours à Mexico Ciudad, nous y sommes quand même passés rapidement, mais avons pu profiter de quelques autres parcelles de cet immense pays.

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Audrey vous a décrit nos différents arrêts en plus de détails: Monterrey, San Luis Potosi, Mexico, Cordobà, Coatzalcoalos, San Cristobal de Las Casas et Ciudad Cuothémoc. Quelques uns d’entre eux plus longs, les autres pour couper la traversée de ce pays qui, il faut le dire, est quand même énorme en terme géographique.

Tacos de tripa
Tacos de tripa, incroyable

Je me rappelais d’un Mexique plus pauvre et bon marché, mais cette fois-ci j’ai été quand même surpris par le coût de la vie. Il y a quand même un certain bonheur économique à voyager pour peu de dinero, mais le fait que mes dollars canadiens aillent moins loin qu’auparavant signifie une certaine hausse de la qualité de vie. C’est une grossière simplification, mais c’est quand même un peu vrai. Le Mexique m’a paru mieux organisé et mieux structuré que dans mes souvenirs. Tant mieux pour eux.

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Ce qui a définitivement été au rendez-vous par contre, c’est le bonheur gastronomique. Jeune voyageur peu expérimenté, je suivais auparavant à la lettre la consigne d’éviter la bouffe de rue. Mes souvenirs incluent peu de tiendas de tacos. Celui qui est resté gravé dans mémoire l’est à cause d’une salsa verde particulièrement forte et de l’inconfort gastro-intestinal qui m’a suivi jusqu’à 1 mois après mon retour en sol canadien. Or, ce n’est pas pour rien que la cuisine mexicaine s’est exportée partout autour du globe. Ce n’est pas une gastronomie pour l’élite, mais pour le peuple et elle se déguste au coin des rues. Comme Audrey l’a mentionné d’ailleurs, on est exposé qu’à la pointe de l’iceberg et c’est sur place qu’elle dévoile toute sa variété et ses saveurs.

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On en fait l’expérience à toute heure du jour (et de la nuit) assis sur des bancs de plastique à dévorer tacos, huarraches, quesadillas, gorditas et j’en passe. Elle est fraîche, toujours accompagnée de limes et de sauces fortes maisons ( qui se déclinent en rouge et vert). On peut même manger son taco une étoile Michelin. Oubliez le 5 services cérémonieux: il se consomme debout et en quelques bouchées: comme un vrai taco.

Taco étoilé Michelin
Le visage de deux personnes qui mangent un taco étoilé Michelin

 

La capitale est drastiquement différente des autres villes plus mineures et par moment on a littéralement l’impression d’une capitale d’Europe (avec un petit niveau de délabrement supplémentaire). Il fait bon visiter ses quartiers et s’arrêter dans ses parcs pour prendre une pause de marche. Le soir et la nuit, elle fourmille d’activité. Impossible de s’ennuyer. 5 jours n’étaient de toute évidence pas suffisants tout comme cela aura été trop peu de temps passé à Paris, Berlin et autres grandes agglomérations de ce monde.

PXL_20250804_014354848Les bourgades plus mineures ont souvent à offrir un centre-ville colonial et quelques petites places coquettes. N’empêche, le rythme est plus lent et le charme est total.  À ma grande suprise aussi, il fait bon visiter le Mexique à tous moments de l’année. Comme aux États-Unis, je m’attendais à une chaleur accablante mais montagneux qu’il est, beaucoup des attraits du Mexique se situent altitude, là où la température est tempérée et agréable.

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Faits qui nous ont sauté aux yeux, c’est l’absence d’anglais qui règne au Mexique. Son paysage sonore est quasi entièrement occupé par des rythmes lations et la population ne parle que peu anglais. Tant mieux pour nous qui voulons améliorer notre espagnol. C’est possible aussi dû au fait que l’on se tient à l’écart des circuits. Toujours est-il que c’est rafraîchissant que l’influence du gros voisin américain ne se fasse pas trop sentir ici. Du point de vue d’un étranger, je n’ai aucune difficulté à concevoir que le Canada ressemble au États-Unis, mais le Mexique lui, a sa propre personnalité.

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Moi, à Teotihuacan en 2007

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Chroniques automobiles

Voyager en taco (automobile vétuste pour ceux non familier avec ce québécisme) vient avec son lot d’aventures en soit. L’épisode du câble de transmission finalement s’est bien terminé et à relativement bon prix, car le concessionnaire ne nous a chargé que le 1h30 de travail indiqué par le manuel quand il en fallu dans les faits environ 7. Au Canada, la rouille compliquant toujours les choses, les mécaniciens ne se gênent pas pour facturer à l’heure.

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Mine de rien, nous avions déjà parcouru 5000 kilomètres alors la voiture était à nouveau dûe pour son changement d’huile. Localiser un petit garage à Cordobà fut chose plutôt simple. Tant qu’à faire aussi, j’allais leur parler d’une barre de direction à changer, car la suspension cognait et le véhicule louvoyait un peu sur l’autoroute. Fort heureusement, il y avait peu de clients ce matin là alors le petit mécano aux cheveux lissés et en souliers de cuirs cirés a accepté de nous accomoder. Par curiosité, j’avais fait évaluer le travail par un atelier à Mexico et quand je leur avait confié que c’était un véhicule nordique le ton de leur voix avait changé et craignant une grosse journée de labeur, ils ne pouvaient pas nous donner de rendez-vous avant une semaine; on avait laissé tombé.  J’anticipais une rude bataille contre la rouille, mais il n’en a pas du tout été ainsi et le travail s’est complété dans les temps prescrits. De plus, une inspection sommaire du reste de la suspension indiquait que le reste semblait en ordre.

Je ne pensais honnêtement pas qu’il allait y avoir une deuxième partie à la saga du câble, mais loin passé Mexico à Coatzalcoalos alors qu’Audrey était au volent, le bras de vitesse est redevenu mou comme la première fois. Coincés en 3e et dans une côté, nous avons réussi au prix d’une bonne odeur d’embrayage brûlé à sortir la voiture de la voie. En mode solution, un nouveau bris du câble n’a même pas fait partie de mon diagnostic différentiel du problème. Il était quand même neuf !

Aussitôt le capot ouvert, l’avarie m’a sauté aux yeux. Le support qui tenait le dit câble à la transmission était complètement détaché et un boulon manquait. Le mécanicien qui avait fait le travail à Okhlahoma City l’avait de toute évidence mal réinstallé. Le petit kit d’outils Canadian Tire a de nouveau connu du service et en quelques minutes j’avais réinstallé le tout et la voiture était de nouveau opérationnelle. Ses vitesses passaient d’ailleurs pas mal plus aisément, alors de toute évidence le problème se tramait depuis un certain temps.

Les garages automobiles, je les fréquentes quand je n’ai pas les outils qu’il faut ou le temps, mais pour autant qu’on s’intéresse un peu à la mécanique, on est toujours mieux servi que par soi-même (et c’est vrai pour bien des choses).  Je ne compte plus le nombre de fois que des mécaniciens ont mal faits leur boulot sur mes véhicules. Si votre mécano est minutieux et soigné, gardez-le précieusement comme vous gardez votre médecin de famille; c’est une rareté.

Nous n’étions pas tout à fait au bout de nos peines automobiles par contre. En déchargeant le véhicule le soir même, j’ai remarqué que les tapis aux pieds des passagers avant et arrière étaient saturés d’eau. Nous voyant éponger l’innondation, un Mexicain curieux nous à gentiement offert une bonne dose de sens-bon à la fraise chimique et nous a aussi dispensés de sa certitude qu’il y avait un trou dans la carosserie. Pour une voiture de cet âge et venant du Québec de surcroît, c’était une réelle possibilité. Cependant, nous n’avions pas roulés dans la pluie à ce point et le dessous de la voiture, je l’avais bien inspecté. Il était tard de toute manière et Audrey tenait à ce que le problème soit investigué demain.

Il y a quelques années, j’avais eu vent d’un problème similaire avec la voiture de mon cousin et au final, c’était l’air-climatisé qui se jetais dans l’habitable plutôt qu’à l’extérieur. Constatant le débit auquel les airs climatisés de l’hôtel crachaient leur eau de condensation, je me suis dit qu’il fallait que ça vienne de là. Sachant pertinament que je n’allais pas pouvoir fermer l’oeil sans avoir évacué au moins cette hypothèse, je me suis mis en mode recherche. Un petit tutoriel YouTube plus tard, j’avais localisé le tube d’évacuation de la condensation, constaté qu’effectivement il se jetais dans l’habitacle, puis l’avais promptement réinstallé dans son trou pour qu’il se déverse à l’extérieur. Pour une fois, c’était simple.

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Le tuyau est supposé aller dans le trou

La mécanique, c’est comme la médecine. On émet des hypothèses, ont fait des tests, on trouve le diagnostic et on répare. Chez l’humain par contre, la machinerie est diablement plus complexe, elle ne se démonte pas facilement, les pièces de rechange sont rares voir inexistantes et bien des problèmes ne se réparent pas.

Éventuellement, je détaillerai sur ce blogue les raisons qui nous ont poussés à acheter un vieux véhicule (et j’en ferai même une publication à part entière pour d’éventiuels aventuriers qui voudraient nous imiter). Pour le moment, je pense que nous sommes sur une bonne lancée et j’ai bon espoir qu’avec un minimum maintenance préventive on puisse se rendre jusqu’au bout.

Cordoba, Coatzacoalcos et San Cristobal de Las Casas (Mexique)

Entre México et la frontière avec le Guatemala, la route était un peu trop longue pour la faire d’un trait. Nous avons donc opté pour faire des escales .

Mexixo à Ciudad Cuauhtémoc

Cordoba

Nous avons donc passé une nuit à Cordoba, une jolie petite ville dont la place centrale est coquette.

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Cordoba
L’église de Cordoba, devant notre hôtel.

J’ai pu goûter à ce fameux chiles en nogadas, poivron vert farci de noix, nappé d’une sauce blanche et décoré de pomegrenade et autres herbes, le tout évouant le drapeau mexicain. L’expérience fut décevante, mais la rencontre de Salvatore, un expatrié napolitain aura au moins mis du piquant dans le repas.

Coatzalcoalcos

Puis, une nuit sur le bord de la mer dans le golfe du Mexique, tant qu’à y être, avant de poursuivre. Nous nous sommes donc arrêtés à Coatzacoalcos, un centre qui ne laisse pas nécessairement de trace particulière à notre esprit. L’une de ses caractéristiques principales est probablement d’être entourée de quelques rafineries. La ville s’est toutefois dotée d’une longue promenade sur le bord de l’eau, et de l’autre côté de l’avenue on trouve plusieurs restaurants et hôtels. Nous n’avons rencontrés aucun étranger mais beaucoup de monde tout de même, j’en viens donc à penser qu’il s’agit d’un endroit prisé des résidents des régions environnantes pour venir profiter de l’esprit des vacances. Son plus bel attrait fut sans conteste le coucher de soleil qui se reflétait dans l’eau. Une vraie poésie pour les yeux.

Coatzalcoalcos

San Cristobal de Las casas

Par la suite, nous pensions nous rendre jusqu’à la frontière, peut-être, ou nous arrêter à San Cristobal de Las Casas. Nous allions laisser la journée décider, selon nos humeurs et/ou limites. L’avantage de se rendre à la frontière était, justement, de se rendre à la frontière et de prendre de l’avance. L’avantage de rester dans cette petite ville était, sur papier, la possibilité de visiter une coquette petite église et un centre historique mignon. Je connais peu de gens qui sont allés au Chiapas, et encore moins dans cette ville. Je n’avais donc pas nécessairement intégré de recommandation formelle d’y aller. Déjà en arrivant aux abords de la ville, je ne savais plus où donner de la tête. Les maisons collorées qui se répandent au creux des collines qui nous entourent, les ruelles pavées, les gens qui se promènent et vaquent à leurs affaires, une ambiance que seule une ville des montagnes peut permettre. Celle qui allie urbanité et reclusion, dynamisme et calme.

La Posada del Abuelito
La porte de notre hostel, derrière laquelle les fleurs et leurs effluves nous accueillent.

Alors hop, on se stationne sur le côté, on cherche et trouve un hostel, on reste! Déjà, l’offre d’hostel était… florissante : un indice de ce que nous allions rencontrer. Notre hostel, une charmante propriété familiale nommée “Posada del abuelito” en l’honneur d’un grand-père à qui avait appartenu la demeure, était accueillant, chaleureux, rempli de jardins où les fleurs et la fraicheur de l’altitude venaient remplir nos narines. Et là, oh oh oh, que vois-je, qu’entends-je? Beaucoup de gens qui semblent avoir traversé un océan pour venir jus

Posada del abuelito
Une cuisine extérieure, pour apprendre ou pour échanger

qu’ici! D’ailleurs, une bonne proportion de Français. Je me suis demandé pourquoi… Peut-être parce que de notre coté, nous fuyons le froid hivernal vers les plages du Mexique, sans avoir le réflèxe d’y aller pour des vacances estivales en risquant un 13-14 degrés en demeurant dans les montagnes. Alors que les Européens ont bien assez de plages visant la détente de leur côté, ce qu’ils viennent chercher de notre côté de l’Atlantique s’oriente peut-être plutôt vers la découverte et la culture…

Le centre historique est en fait très grand, alors même en se promenant durant un moment, nous demeurons dans des rues coquettes, pavées et dont le lustre laisse savoir au piéton qu’il en a vu d’autres. Beaucoup d’autres. Et bien sûr, comme il appert que ce soit un petit joyaux (quoique possiblement moins connu des Québécois), il y a quand même beaucoup de touristes, et d’argent. Ce n’est pas trop dénaturant, ceci étant dit. On ne se sent pas nécessairement submergés dans des hordes de photographes amateurs, mais il y a plus de terrasses branchées où prendre un verre en manger. Il n’y a pas de grandes chaines hôtellières, mais par-ci par-là, nos yeux aurons le privilège d’entrevoir le luxe qui règne dans la cour intérieur et les chambres d’un petit hôtel de 1 ou 2 étages tout au plus.

Église – San Cristobal
Une magnifique église centrale à San Cristobal

Égise San Cristobal

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Étions-nous seuls dans les rues ? Détrompez-vous, cette photo a été retouchée par intelligence artificelle pour enlever tous les autres badauds. Le résultat est quand même convaincant.

Ce que je connaissais du Chiapas, c’est notamment ce qui arrive jusqu’à nos journaux. Au cours des années 90 et 2000, des soulèvements populaires pour une transformation sociale du Chiapas, via les actions militaires des Zapatistes notamment, visait la protection des droits des peuples autochtones et leur volonté de s’autoadministrer. Les tensions, si je puis me permettre cet euphémisme, sont demeurées importantes durant plusieurs présidences. Ces dernières n’avaient pas toutes la même stratégie, l’une préférant une réponse par la force, par exemple, et l’autre par la communication. Toutes n’ont pas eu la même réponse des gens non plus. C’était donc un peu naturel qu’à plusieurs endroits dans la ville, nous puissions voir des grafitis ou des murales incluant sans conteste un message politique ou social. Et plusieurs de très grande qualité, de l’art modeste à la Bansky à la fresque tout sauf modeste. Le mélange était gracieux et fluide.

Art mural
L’art mural, décoration et intention

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Je ne saurais terminer sans aborder la beauté et la diversité de la population, à l’image de son expression et de sa volonté de s’affirmer. J’avance en n’ayant qu’éfleuré le tissu social de la ville, mais il est très fréquent de voir, par exemple, deux femmes transiger au marché où l’une arbore fièrement ses deux nattes lui tombant jusqu’au bas des reins et sa jupe de peau de buffle (ou l’un de ses compaires), l’autre portant maquillage et habits selon la dernière mode. Le traditionnel et le contemporain sont très proches, partout, tout en étant diamétralement opposés de par leur nature. Mais ça fonctionne, et c’est beau.

San Luis Potosi et México, la Ciudad

Prélude -San Luis Potosi

Ce qui a de bien avec les déplacements à voiture, c’est qu’ils déposent sur votre chemin des endroits que vous n’auriez pas vus sinon. Comme cette petite ville de près de 3 millions d’âmes. Petite par comparaison seulement avec les autres visitées. Nous restons dans un petit hôtel trouvé près du centre historique, et les jolies rue où les maisons se déclinent en divers tons d’orangées sont invitantes. Nous profitons de la douceur des soirées dans les quelques parcs (à 1800 mètres, le jeans et le chandail son les bienvenus).

Frontière à CDMX
De la frontière du Mexique à sa ville du même nom

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México (1er au 6 août)

Cette ville se marche, se mange, se sent. Tantôt très européenne, comme dans les quartiers de Roma, La Condesa ou Coyoacán, et tantôt bien distinctive et ancrée dans son patrimoine riche, comme son université s’en fait le fier canevas.

Universidad Nacional Autonoma de México du Mexique
Universidad Nacional Autonoma de México du Mexique : Le campus a té déclaré patrimoine mondial de l’UNESCO. Notamment pour la collaboration d’un 60aine d’architecte, en faisant un exemple de l’architecture du milieu du XXe siècle. Également, la culture pré-hispanique du pays y a été mis en valeur.

Les marchés

Véritables refuges pour qui s’ennuie, on va au marché pour faire ses courses, acheter ce dont on ne savait pas qu’on avait besoin ou ce que l’on ne cherchait pas, ou simplement rejoindre quelqu’un. On s’y perd, on s’y plaît.

Marché de México
Dans les marchés, on trouve fruits et légumes, et tout ce que vous pourriez chercher (ou pas)

Les rencontres fortuites

Quand on crapahute de petit local en petit local, on croise des gens qui la plupart du temps, viennent nous parler. L’un parce qu’il pratique son anglais et souhaite nous poser 2-3 questions, sur notre vie ou sur les raisons qui nous ont parachutés dans son quartier. L’autre parce qu’il veut nous chanter une chanson canadienne dans un bar karaoke, où même l’animateur n’a aucun référent. Pas même Céline… le petit duo de client et animateur souhaite tellement qu’on leur donne un titre. J’étais tentée de demander Le bon gars de Richard Desjardins, mais c’était perdu d’avance. Ils ont finalement googlé quelque chose, j’imagine, et pour nous faire plaisir ont mis une chanson qu’ils avaient considérée comme Canadienne: une toune country d’un artiste dont nous n’avions bien évidemment aucune idée!

Nous avons aussi rencontré un Israélien de 18 ans, dont c’était apparement le premier voyage, perdu et dépassé par son propre sort. Son père ne répondait pas au téléphone et il était coincé hors de son hôtel. Le petit fait cocasse, c’est qu’il nous avoue avoir consommé des jujubes au cannabis, qu’il qualifie de très forts… ben là mon coco, à ta première nuit à l’étranger de toute ta vie, c’est effectivement recommandé de ne pas prendre de drogue! Mais il avait 450 pesos en poche (ce qui avait échappé aux bars du coin) et ne savait pas comment résoudre l’équation pour que ceux-ci se transforment en solution. Nous l’avons donc accompagné jusqu’à un hostel quelques 20 minutes plus loin pour qu’il ne dorme pas à la rue. Antoine l’a même bordé pour s’assurer qu’il était ok. Puis nous sommes repartis le sourire aux lèvres, réchauffés par les remerciements du jeune homme qui nous garantissait que notre karma était bon. Karma ou pas, c’est important de s’entraider.

Cantina
Un délicieux plat de poulet en sauce, et des escargots dans une sauce au cacao : les gourmandises d’une cantina de quartier

À notre dernière soirée dans cette magnifique ville, nous sommes retournés dans une cantina que nous avions visitée. Le concept? Commande un verre, un petit plat, un autre verre, un autre petit plat… tapas (ou botanas), quoi! Finalement ça semble être « paie tes verres, on te nourrit ». Bon deal. Nous avons traîné un peu les pieds, discutant avec les pilliers de bar, alors que les chaises commençaient à être relevées sur les tables. Mais la conversation était trop intéressante. Nous avons rapidement trouvé un terrain commun: le Canada et le Mexique ont toujours été des amis, mais depuis le 2e mandat de Trump? Des frères, unis, pour faire émerger la collaboration. On nous a d’ailleurs souligné que les québécois, nous ne sommes pas comme les autres autres “gringos”. La raison? Elle est simple. Essayer. Essayer de parler espagnol, essayer de comprendre à qui on parle, essayer de trouver ce qui nous unis. Pas simplement débarquer et imposer ce que l’on est ou ce que l’on croit (quoi que partout sur terre, l’humanité a un piètre résultat en terme de « ne pas imposer ce que l’on croit » et cela, depuis des millénaires).

La comida (la délicieuse bouffe!)

Comment parler de cet immense pays sans parler de sa nourriture. Elle a d’ailleurs largement dépassé ses frontières, même si pas toujours dans ses formes les plus authentiques. Mais elle demeure si généreuse, si goûteuse. Et le plaisir c’est aussi de manger dans la rue, peut-être assis sur un tabouret de plastique, ou adossé à un poteau. Qu’importe, on sauce, on plie, on ingère.

Michelin
Ici, nous avons mangé dans un restaurant étoilé Michelin! Le guide a donné cette distinction à cette taqueria pour la perfection de ses grillades. Un petit endroit où on mande debout, sinon dehors, er rapidement. MI-AM!

Les lieux

Dans certains quartiers, des immeubles très comtemporains viennent s’intégrer aux immeubles coloniaux. Et les églises, toujours importantes dans le quotidien de la ville, viennent créer un espace d’échanges, souvent accompagnées d’un petit parc, proche. Par ailleurs, nous avons marché plusieurs parc linéaires dans la ville. Et lorsque je dis linéaire, c’est littéral : un parc, entre deux voies automobile, qui va droit devant, sans se permettre de petite courbure. C’est une jolie façon de traverser une portion de la ville.

Un des immeubles qui nous aura vraiment impressionné, Antoine et moi, est la grande bibliothèque de la ville (Biblioteca Vasconcelos). Un immense bloc de béton, où l’intérieur ne semble être que métal, verre et papier. J’avais l’impression d’être dans le ventre d’un paquebot qui ne servait plus mais qui avait été réaffecté à d’autres desseins. Et la lumière relativement feutrée en cette fin de journée ainsi que le silence qui y régnait, donnait le sentiment de s’y mouvoir comme si nous étions des plongeurs qui découvraient un secret bien gardé par la mer. Une petite différence : en haut, le vertige était un partenaire de visite…

 

Bibliothèque

Une expérience toute mexicaine

Qui dit Ciudad de México, dit Lucha libre. De grandes arènes pour mettre en valeur la fausse chicane (et les encore plus fausses claques) d’une poignées d’hommes musclés et masqués. Mais attention, ce n’est qu’un prétexte fourni à la foule pour s’unir dans un chant, non, un hurlement bestial de groupe, destiné peut-être aux lutteurs, sinon à tout un chacun comme un cri de ralliement ou un simple symbole d’une appartenance commune. Ou peut-être encore plus simplement, un défoulement. Parce que dans le fond, tous gagnent et tous perdent, les uns après les autres. Et je dois dire que j’attendais les revirements, les invités surprises, les chaises, les tables, alouette! C’est resté relativement propret, avec un plan plutôt linéaire comme s’il s’agissait d’un compte pour enfants: y’a les fins, les pas fins, et on sait qui va gagner le match. Seule différence? Je ne pourrais dire qu’il y a une morale. Je dois par ailleurs en profiter pour lancer des fleurs à l’équipe de lutte de Limoilou (la North Shore Pro Wrestling si je ne m’abuse). Il y a quelques années nous étions allés voir un combat et ciel! Nous en avions eu plein la vue! Une table, sur laquelle repose une échelle, sur laquelle est acotté une autre table, sur laquelle une autre échelle… d’où se lance un lutteur (un gymnaste, devrais-je dire), pour atterrir quelques étages plus bas en brisant tout le matériel mais aucun os de ses camarades. Chapeau.

Lucha libre

Nous aurons passé cinq nuits ici, j’aurais pu en prendre plus, la ville semblant intarissable de petits coins à débusquer.

México, llegamos!

México, el país : arrivée le 30 juillet

J’en appelle aux grands voyageurs parmi les lecteurs, qui savent ce que passer une frontière terrestre peut signifier. Ou même se remémorent certaines frontières passées en autobus, ou par avion dans certains endroits, où la complexité définit le processus en lui-même. Pourquoi faire simple et optimiser quand on peut en faire un jeu et par la même occasion, créer de l’emploi. Et puis… la performance est-elle toujours nécessaire, hum? C’est une vraie question à se poser.

Cette fois-ci, nous avons été servis d’une façon que nous n’avions pas imaginée… Nous avons passé la frontière en, tenez-vous bien… 13 secondes top chrono. Oui, des secondes, pas des heures, ni même des minutes…. Sans montrer un passeport, ni notre assurance voiture, ni même nos multiples documents gouvernementaux produits à la sueur de notre front (j’exagère légèrement pour l’effet théâtral, puisque tout avait été complété diligemment la veille au soir et la matinée du même jour, avec une relative facilité). Donc, zéro intervention d’un garde frontière, alors encore moins une question sur nos intentions, notre destination, ce que l’on importe, niet, nada, ardjien. Nous avons simplement conduit sur l’autoroute, qui se déversait de l’autre côté du pont enjambant le Rio Grande faisant office de frontière, directement dans la ville mexicaine nous accueillant.

Là où le bât blesse, c’est que nous savions pertinemment que nous avions besoin d’une étampe sur deux-trois papiers. En voyageurs aguerris, nous étions donc conscients que prendre la voie de la facilité et simplement continuer notre chemin vers notre destination de Monterrey, pourrait être une erreur couteuse en temps et en argent plus tard. C’est là qu’a débuté la valse que notre automobile exerçait gracieusement avec les rues mexicaines, qui sont toutes organisées selon des sens uniques, cul-de-sacs et absences de stationnement. J’ai eu une douce pensée pour mon Montréal chéri à ce moment. Nous avons même, par erreur de bonne foi, entamé une intrusion à même l’une des sorties de la « douane », plaçant immanquablement notre fidèle Pontiac face à une horde de véhicules souhaitant sortir, sous les yeux oh combien non préoccupés d’un agent de sécurité de l’endroit. Une telle manœuvre en sol américain ou canadien aurait fait brandir des armes et résonné des cordes vocales ! Mais après quelques tours, nous avons finalement trouvé l’endroit recherché. Et comme à chaque fois que l’on voyage, rien ne se fait tout au même lieu. Il faut aller étamper un papel à un bureau, puis aller faire copier ledit papel à un autre bureau, pour ensuite aller le porter dans un autre bureau, pour se faire souligner le besoin d’avoir une copie des passeports, action qui ne peut se faire qu’à un énième bureau de copie (et pas le même que celui proposé à la 2e étape énumérée). M’enfin, 13 secondes pour passer la frontière, 2 cerveaux pour solutionner l’énigme, 2 heures pour régler l’administration. Ça prend des gens dégourdis !

Arrivée à Monterrey

De la frontière, tout au plus trois heures d’autoroute nous ont permis d’atteindre la ville des montagnes, comme elle est à juste titre surnommée. Elle est très belle et s’offre à nous dans la lumière orangée du coucher de soleil. De notre chambre d’hôtel, nous avons la vue sur la ville et les montagnes, et nous ne pouvons qu’être conquis.

Monterrey
Monterrey vue de notre chambre, au crépuscule

Si le Texas avait une saveur certainement mexicaine, le Nuevo León, état dans lequel nous sommes entrés et dans lequel se trouve Monterrey, a à contrario une certaine saveur texane. Simple question de perspective, il faut croire. Un peu de grill texan ici, un peu de chapeau de cowboy par-là… deux grands frères qui se confrontent mais qui se colorent l’un l’autre depuis des décennies, même des siècles. L’histoire respective des Mexicains et des Américains et de tous les peuples qui les ont construits sont indubitablement tressées, parfois avec une maille plus lousse par ci par là. Mais ce délicat travail laisse un tronc commun sur lequel chacun aura fait fleurir son avenir et son identité.

En arrivant dans la ville, nous avons fait un peu de travail/écriture/organisation, puis nous avons filé vers le centre-ville pour un petit repas. Nous nous sommes donc régalés, sur une terrasse de toit, de grillades avec petites salsas. « Attention, la verte est piquante », nous prévient le brave serveur, attentif à notre accent certain qui laissait présager une capacité limitée à encaisser le piment. Un petit Québécois averti en vaut deux, mais la viande elle-même a réussi à nous surprendre. Les deux gringos, le visage en sueurs, ont tout de même réussi à terminé leurs repas avec délectation. Les papilles, c’est comme un muscle, ça s’entraine; ça ira mieux au prochain repas. Et puis il y a la bière pour faire descendre le tout.

Au travers des rues, nous croisons beaucoup de gens qui se promènent, se rejoignent, vont discuter sur un banc. En tant que Canadiens nous avons peut-être un peu intégré un mode de vie où l’on mange et dort tôt, vu notamment notre hauteur dans les parallèles, mais le Mexique semble savoir profiter de ses soirées.

Au matin, nous avons rapidement pris le petit déjeuner dans les salles de l’hôtel bondées de travailleurs masculins. Monterrey est un centre industriel important du Mexique et je ne peux qu’imaginer que plusieurs industries assurent le logis à des gens qui viennent de régions plus éloignées.

L’entre-deux villes au Nuevo León

Alors là, j’ai été saisie. Un peu de temps avant Monterrey, nous délaissons les grands espaces plus plats et arides et l’autoroute se prolonge dans des plaines et des vallées, toujours entourées de magnifique relief. On se fait envelopper par les montagnes et les nuages cotonneux, qui nous accompagnent vers quelques centaines de mètres de plus dans les hauteurs du Mexique. À quelques occasions, une coulée de maisonnées vient lécher le pied des montagnes, comme une rivière qui prend l’espace qu’elle peut. Une coquette étendue blanche, parsemée de petits points colorés indiquant un arbuste, un bougainvillier, une fenêtre. Hormis certains quartiers, dont celui ayant attiré mon attention, qui était coloré de maisons bleu vif, vert croquant ou rose étincelant, le blanc ayant perdu tout ancrage. Ce dernier village s’accrochait au pan d’une montagne, comme on accrocherait une dentelle finement tissée à une fenêtre, ne serait-ce que pour la rendre plus chaleureuse. La Ville des montagnes sait présenter ses jolis atours, où les détails viennent combler le regard du visiteur.

Monterrey
Au départ de Monterrey, des villages colorés s’affichent au loin

Monterrey

Nous délaissons tranquillement derrière nous l’urbanité de Monterrey pour laisser de plus en plus de place au paysage. Le poids des millénaires a formé les montagnes, laissant au passage de majestueuses marques dans celles-ci, témoignant de chaque époque et chaque effort terrestre. La présence de seuls très courts bosquets, palmiers éparses et bas cactus nous permet de voir le sol pâle comme le cuir chevelu de l’horizon. Le relief est d’autant plus impressionnant, tangible, brut. Une fois de temps en temps, nous croisons une immense usine d’une industrie X, telle la cimenterie ou la métallurgie, ou un tout aussi immense centre de distribution. La combinaison du paysage sublime et de l’empreinte humaine est saisissante. Comme si Amazon et Shell avaient entrepris la Lune.

Bizarrement, la combinaison est belle… belle peut-être par sa laideur et sa contradiction, mais belle tout de même. Car bien que nous soyons sensibles à la protection de l’environnent et à la surconsommation, je demeure lucide : je consomme, et de lever le nez sur ce mélange usino-paysagesque manquerait de cohérence.

Monterrey
En quittant Monterrey, les montagnes dominent un lit de rivière asséché

(Des photos d’un cellulaire daté, en roulant, parfois au travers d’un denêtre… je ne gagnerai pas de prix pour ce résultat. Elles ne rendent pas grâce à la majestuosité de l’endroit, mais vous donne peut-être une idée)

Le Nuevo Léon, bien que non recommandé par le Canada, le considérant comme dangereux (guerres de gang, trafic de drogues et de personnes), aurait très bien pu être une destination de randonnée. À certains moments, nous avions l’œil sur plus de sommets que l’on peut en compter. Et parlant de la réputation non sécuritaire de l’état, au fil de l’autoroute, nous sommes arrêtés à quelques reprises à des barrages policiers, simplement parce que nous n’avons pas de plaque devant la voiture. Normal. Les policiers sont d’un, lourdement armés, et de deux, parfois à visage couvert. Pas exactement la même ambiance que chez nous. Toutefois, tous ont été très accueillants et gentils. Et savez-vous ce qu’ils nous demandent à CHAQUE fois : le petit torbinouche de papel étampé que nous avons passé 2 heures à essayer d’obtenir à la frontière. Et voilà, effort et détermination d’un couple de voyageurs, récompensé dans les heures suivant son entrée au pays.

De mon côté, j’ai choppé depuis plusieurs jours une affliction que l’on pourrait qualifier de… gossante (c’est le terme scientifique médical recommandé, j’ai vérifié). Probablement attrapée aux alentours d’Austin, nous soupçonnons que j’ai touché à un vilain végétal que je n’aurais peut-être pas dû. Dans sa grande autoprotection, il m’a généreusement affublée de mignonne petite cloques, majoritairement sur les bras, le cou. C’est aussi ça voyager : se retrouver avec un bobo dont on ne comprend pas trop l’origine, où que l’on ne peut qu’au mieux associer à un parc, un moustique, un lit ou un taco. Oh well, comme disent les Anglais, ça ne sera sûrement pas la dernière ! En attendant, patience et antihistaminiques.

Depuis notre arrivée au Mexique, tranquillement, les réflexes de voyageurs commencent à refaire surface. Comme traiter l’eau que l’on boit, ou amener du papier de toilette et quelques pesos lors d’un passage aux baños. C’est ce que les États-Unis n’avaient pas pu nous offrir, soit l’obligation de forcer une modification à nos actions instinctives. C’est ce qui me fait sourire lorsque l’on voyage, cet état quasi constant de surprise, du moins d’attention. On remarque des détails que l’on ne voit même plus chez nous, parfois parce que l’on a juste arrêté de s’émerveiller devant ce que nos propres villes ont à nous proposer. Lorsque nous partons, nous réussissons habituellement à ramener avec nous cette façon d’observer, qui reste quelques semaines voire mois. Une simple attention aux détails, à l’architecture des maisons, à ce qui garnit un terre-plein, à ce qu’un groupe de jeunes fait en riant franchement dans un parc, sans se préoccuper des gens qui sont autour. C’est quand ces détails ne s’accrochent plus à nous qu’il est alors signe de repartir en voyage.

Nous sommes actuellement à México pour quelques jours, nous vous en parlerons prochainement. Avec beaucoup de passion, je vous avertis, préparez-vous à recevoir odeurs, saveurs et couleurs!