Douchanbé, Tadjikistan

La capitale du Tadjikistan a la réputation d’être la plus ennuyante de l’Asie-Centrale. Elle n’est pour la majorité des gens qu’un point de départ ou d’arrivée pour la route du Pamir, de loin la principale attraction du pays. Pourtant, Douchanbé offre à ses visiteurs de nombreux parcs et monuments à la gloire de la nation … Avant d’aller y faire notre petit tour par contre, il nous fallait faire la demande de notre lettre d’invitation pour pour l’Ouzbékistan, processus qui s’est étiré jusqu’à 16h00 en raison d’une connexion internet désastreuse. Nous avons donc passé le reste de l’après midi et le début de la soirée à arpenter parcs et monuments et quartiers plus résidentiels. Décidément, il règne à Douchanbé un ambiance différente que dans ses consœurs d’Asie-Centrale. Est-ce son organisation davantage soviétique, son air de capitale d’un régime plus totalitaire qu’ailleurs, des années de guerre civile?

 

De retour à l’hostel et en attendant la pizza commandée pour souper, Audrey est allée fouiller dans la voiture pour voir ce qu’il y restait comme snacks et a déniché du fromage à bière, une tresse de fromage filamenteux fumé et salé que les Russes consomment comme amuse-geule. Elle avait été acheté à Och avant notre départ pour le Pamir (ce petit fait anodin prendra son importance dans les prochains articles…) Le reste de la soirée a été occupé par un long échange avec Mike et Sarah, un couple d’Irlandais en voyage de vélo (que j’ai initialement eu le malheur de prendre pour des Britanniques).

Encore encore un camp, Pamir – Douchanbé, Tadjikistan

  • Date : 9 octobre
  • Départ : 11h00
  • Arrivée : 17h00
  • Température : soleil
  • Route : excellente

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Le président tadjike saluant son peuple

À la sortie du Pamir, les villages se sont densifiés et les paysages sont passés du spectaculaire au standard. Enfin arrivés à Douchanbé, nous avons priorisé le lavage de nos personnes et de nos vêtements puis sommes partis en ville pour manger et nous dégourdir les jambes après toutes ces journées de route. Apparemment, il y avait à Douchanbé le plus haut drapeau au monde. Nous croyions que c’était celui de Baku en Azerbaïdjan ou celui à la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud qui se méritait ce titre mais bon… Par ailleurs, le président Tadjike s’est construit un charmant petit culte de la personnalité si bien que le pays est jonché de panneaux propagandistes au traitement graphique très amateur de lui saluant son peuple ou marchant d’un pas glorieux parmi les montagnes ou des champs en fleurs.

Les Tadjikes sont extrêmement fiers de leur pays et sont très accueillants et ce même jusqu’à la capitale. Nombre de fois Audrey et moi nous sommes faits approcher par des étrangers curieux de sa voir d’où nous venions et désireux de nous souhaiter la bienvenu dans leur pays. Déroutant, mais si agréable pour des voyageurs chez qui un réflexe d’appréhension de l’inconnu dans la ville a été conditionné par tant contacts mercantiles non désirés. À notre grande déception, le plus haut drapeau du monde n’était pas illuminé, donc impossible de l’admirer dans sa splendeur nocturne. Cependant, il régnait une bonne ambiance à notre retour à l’hostel, alors nous en avons profité pour échanger avec les autres voyageurs.

Nous avions réussi le Pamir (ou plutôt, la voiture a réussi le Pamir…) et nous en sommes félicités plusieurs fois dans la soirée. Notre arrivée à Douchanbé signalait la fin très prochaine du road-trip.

 

Le plus beau camp du voyage, Pamir – Encore encore un camp, Pamir

  • Date : 8 octobre
  • Départ : 13h00
  • Arrivée : 19h30
  • Température : soleil
  • Route : pourrie puis excellente 30 kilomètres passés Kalaikoul

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Ce matin là, Hippolyte à l’aide de ses jumelles à réussi à apercevoir deux femmes en burqa bleu pâle. Côtoyer les Afghans de si près sans pouvoir aller interagir avec eux nous faisait l’effet d’un zoo. C’était tout de même frappant de constater que de l’autre côté de la rivière se déroulait un quotidien aux antipodes du nôtre.

Audrey et moi avions bon espoir de pouvoir rejoindre Dushanbé en soirée. Il n’en a pas été ainsi. Premièrement, on s’est fait un déjeuner de luxe. Après, j’ai profité des talents de Dorian en mécanique pour qu’il m’aide à fixer une fois pour toute le silencieux et investiguer le problème de ralenti à froid et troisièmement, on a embarqué une Tadjike qui nous faisait arrêter partout pour ramasser des courses et faire la jasette à des connaissances.

Une fois arrivés à Kalaikoul, il était évident que nous n’allions jamais rejoindre la capitale ce soir. On a donc fait les courses et reprit la route. 30 kilomètres passés la ville, la route s’est soudainement changée en asphalte neuve (il paraît que c’était là que ce situait la retraite du président). Cependant, pas moyen de trouver un site potable. Quand finalement nous sommes tombés sur un endroit adéquat, les militaires sont venus gâcher la fête. L’emplacement suivant s’est avéré être une caserne militaire à proprement dit (Audrey, Olivier et Hippolyte s’en sont rendus compte en étant réceptionnés par le bruit des fusils qui s’arment). Éventuellement, il nous a fallu nous contenter d’un petit lopin rocailleurs près de la route. Qu’importe, nous étions en bonne compagnie.

Camp de l’autre côté de l’Afghanistan, Pamir – Le plus beau camp du voyage, Pamir

  • Date : 7 octobre
  • Départ : 10h00
  • Arrivée : 17h30
  • Température : soleil
  • Route : pourrie

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Surprenament le tronçon Khorog – Dushanbe, le plus fréquenté de la route du Pamir, est aussi le pire. Les 4×4 collectifs sont capables de couvrir la distance en un peu plus de 15 heures. En ce qui nous concerne, il nous en faudra bien plus, car nous moyennons à peu près 20 km/h. La route est une alternance de gros gravier et de restes d’asphalte sur fond de nids-de-poule. Par chance, le coup d’oeil a l’avantage d’être spectaculaire, et l’on circule réellement à flanc de falaise avec comme panorama d’imposants pics, de pittoresques villages afghans et tadjikes. Du côté afghan d’ailleurs serpente une route tout aussi sinon plus escarpée, mis à part qu’il ne circule presque pas de camions et d’autos, mais surtout des ânes, des troupeaux, des motos et des piétons.

La route est encore plus difficile du côté afghan

Un peu avant l’heure du dîner, nous avons été invités à visiter une toute nouvelle caserne militaire tadjike par un soldat que les français ont ramassé sur le pouce. Construite par les Chinois et probablement à leur frais, j’imagine qu’elle servira à sécuriser cette nouvelle « Route de la soie » qui est en train de s’installer dans la région. Peu après, alors qu’Audrey et moi nous sommes stoppés pour nous faire à manger, cinq enfants sont sortis d’une maison que nous croyions abandonnées pour nous offrir des pommes. Justement, nous avions achetés à Osh cahiers d’école et crayons pour ce genre d’occasion, alors nous ne sommes pas faits prier pour leur en distribuer à chacun. Ceux-ci sont repartis, puis sont revenus à la charge avec un bol de yogourt de chèvre. Aussitôt, nous avons répliqués avec pain, choux et autres restes de nourritures. C’est là que l’échange s’est conclu. Lorsque nous sommes repartis, la mère est sortie nous pour nous envoyer la main. Les Tadjikes sont de loin les gens les plus généreux qu’il m’ait été donné de côtoyer.

Quelques heures plus tard, nous sommes tombés sur ce qui allait être le plus beau site de camping du voyage. Perchés sur une sorte de promontoire à l’extérieur d’un virage, nous avions une vue spectaculaire de l’autre côté de la rivière sur un village afghan niché entre deux montagnes. Franchement, l’endroit était aussi prenant que le haut de la forteresse de Kotor au Montenegro. Rejoints par les Français et leur camion EDF une petite demi-heure plus tard, nous avons à nouveau partagé un repas et une soirée. Plus tard alors qu’Audrey était partie dormir, la lune à finalement fait son apparition et nous a permit de prendre de belles photos de la vallée de nuit.

Camp dans la vallé du Pyanj, Pamir – Camp de l’autre côté de l’Afghanistan, Pamir

  • Date : 6 octobre
  • Départ : 14h00
  • Arrivée : 18h00
  • Température : nuages
  • Route : pourrie

Somme toute, la nuit passée dehors par un huit degrés pluvieux s’est avérée plutôt confortable, car notre hôte avait pris soin de nous fournir pas moins de 4 grosses couvertures. Au réveil, tout le monde était évidemment un peu amoché, mais cela ne nous a pas empêché de nous faire un bon petit déjeuner (et de remplacer le pneu de la Golf dont la réparation avec encore lâché). Vers midi, Sven et sa copine croisent notre campement par pur hasard et s’arrêtent pour un café. Bref, on l’a pris vraiment relax et ce n’est que vers les deux heures que finalement les au revoir se sont distribués et que nos chemins se sont séparés : eux vers le Wakhan, nous vers Douchanbé. Audrey et moi aurions adoré partager davantage de moment avec ce groupe extraordinaire, mais malheureusement, ils voyageaient en sens contraire.

Miltitaires tadjikes en patrouille

Après un court passage à Khorog pour nous ravitailler et tenter à nouveau (sans succès) de retirer de l’argent. Vu l’heure tardive et la tombée du jour qui s’approchait, nous n’allions décidément pas nous rendre très loin. Qu’importe, il nous fallait prendre de l’avance le plus possible, car la route Dushanbe – Khorog allait bien nous prendre quelques jours. Un peu après la ville, apercevant un camion aux couleurs de l’EDF (Électricité de France) ainsi qu’un cycliste en processus d’installation de campement, nous avons décidé de les joindre pour la nuit.

Attention, mines!

Les roads-trips en Asie-Centrale semblent avoir cette particularité de n’intéresser que les personnalités formidables. Non pas qu’ils attirent certains types particuliers, mais toutes les personnes rencontrées auront au moins de l’audace, de l’ouverture d’esprit, le goût de l’aventure et une richesse personnelle hors du commun. À l’image de la soirée précédente donc, nous avons partagé un autre excellent moment en compagnie de Sara, une Danoise sur son vélo depuis deux ans et Dorian, Olivier et Hippolyte, trois Français revenant du Yakutsk (l’extrême-est de la Russie) (en fait, Hippolyte revenait de Chine avec son vélo et s’est joint à eux au Kazakhstan).